L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CREIGNOU Jean, François, Henri


"46229" à Auschwitz

Jean Creignon Photo © Valère Creignou
Jean Creignou est né le 13 juillet 1908 à Grosley-sur-Risle (Eure). Il habite au 116 rue des Charrettes à Rouen (Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Cette rue a disparu après les bombardements.
Il a un garçon Christian de son premier mariage, et une fille, Françoise en secondes noces.
Jean Creignou est ouvrier du bois (et il est alors adhérent à la Fédération CGTU des ouvriers du bois), puis employé au Gaz de France dans le quartier Saint-Sever à Rouen. 
Il fait son service militaire dans la marine, sur le cuirassé «Provence».
Jean Creignou est membre du Parti communiste, militant de la CGTU (fédération Gaz de France), puis secrétaire de l'Union locale CGT de Rouen de 1936 à 1939 après la fusion syndicale.
Hostile au pacte germano-soviétique, il est néanmoins interné au camp de Meuvaines (Calvados) en 1939, comme «suspect communiste mobilisable». 
«Le camp de Meuvaines était une ancienne colonie de vacances qui avait été entourée de barbelés, complété par des grilles et un chemin de ronde éclairé par de hauts lampadaires électriques. Il s’agissait à l’origine d’une «caserne», ouverte début mars 1940, permettant de contrôler et d’isoler tous les suspects communistes mobilisables. En avril 1940, on y comptera jusqu’à 45 «pensionnaires», la plupart originaires de la Seine Inférieure, [dont] Fernand Renault, Roger Grelet, secrétaire des cheminots de Sotteville, Tesson, secrétaire du syndicat des dockers de Rouen, Jules Duhamel, secrétaire du syndicat du port de Rouen, Jean Creignou, secrétaire de l’union locale de Rouen, mais aussi André Pican, instituteur, membre du bureau régional du PC, et de nombreux militants et conseillers municipaux communistes de Seine-Maritime» (André Tollet, cité par Gilles Pichavant).
Jean Creignou s’évade du camp de Meuvaines au moment de la capitulation. 
Pendant l’Occupation, il fait partie du même groupe de Résistance que son frère Valère et que Marcel Denis de Bolbec.
Jean Creignou est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par la police allemande (en même temps, écrit Valère Creignou, que Jean Maurice (du syndicat des mariniers de Rouen, Gabriel Lemaire (conseiller municipal communiste d’Amfreville-la-Mivoie, déporté et mort à Auschwitz), et Ursin Scheid (secrétaire du syndicat CGT de la Métallurgie, fusillé à Compiègne). Leur arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici la caserne Hatry de Rouen), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour-là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Jean Creignou reçoit à Compiègne, le numéro matricule 1398. D’après son frère cadet Valère, lui-même interné à Compiègne, «il fut tenu en quarantaine par ses camarades communistes en raison de son attitude en 1939».
Le 29 octobre 1941, en représailles au sabotage le 19 octobre 1941 de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre au tunnel de Pavilly (lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen), son nom est inscrit - par la Feldkommandantur de Rouen - sur une liste envoyée au commandement militaire de la zone A, de 26 communistes pouvant être fusillés (document ci-contre : montage de la première page et du paragraphe concernant Jean Creignou).
Jean Creignou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Le jour du départ du convoi, il jette une lettre sur le ballast depuis le wagon à bestiaux qui l’emporte vers Auschwitz. Elle sera postée et arrivera à destination : il y indique leur itinéraire : «Bar-le-Duc, 17 heures…».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46229» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Jean Creignou meurt à Birkenau le 17 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 187). « Il dut travailler au creusement d'une tranchée de canalisation d'eau devant relier Birkenau à Auschwitz. Jean Creignou se révolta contre un des « kapos » qui surveillaient, fut mordu par les chiens et tué à coups de matraque. Ses compagnons l'enterrèrent sur place. (cité dans Maitron, Valère Creignou d’après le «témoignage d’un rescapé Rouennais en 1948-49, décédé peu de temps après». Peut-être s’agit-il de Daniel Nagliouk, décédé en 1963).
Jean Creignou est homologué «Déporté politique». Malgré les démarches de son frère, il semble que son nom n’ait pas été honoré à la Libération. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 18 novembre 1988, paru au Journal Officiel du 29 janvier 1988). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 1er janvier 1943 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995.
Les trois frères Creignou avaient épousé trois sœurs. Les deux frères de Jean Creignou ont été également internés à Compiègne : Louis, né en 1909, condamné à 1 an de prison le 26 octobre 1940 pour distribution de tracts communistes, et Valère, né en 1912, ancien secrétaire fédéral du Parti communiste de Seine-Inférieure. Sa belle-sœur - Fernande Creignou épouse de Valère fut également internée à Compiègne.

Sources
  • Renseignements communiqués par son frère, Valère, et correspondance en 1983 avec Roger Arnould.
  • Photo en marin, transmise par Valère Creignou.
  • Témoignages d’Auguste Monjauvis, Robert Gaillard, Louis Jouvin.
  • Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste se référant à un ordre du 8 février 1942). (Centre de Documentation Juive Contemporaine, XLIII-46).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir.), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 23, page 328.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • ©  Camp de Meuvaines, in Les camps d'internement français (site philatélique et d'histoire / Michel Annet
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Gilles Pichavant : Les années "Nuit et Courage", la CGT dans la Résistance en Seine-Maritime, citation d’André Tollet. 
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en janvier 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: