L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COQUET René, Maurice


René Coquet le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45394" à Auschwitz

René Coquet est né le 29 novembre 1908 à Mont Saint-Aignan (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Selon sa fiche au BAVCC, il habite au 65 rue du Renard à Rouen (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Toutefois son nom a été honoré uniquement à Darnétal, où son épouse Simone Coquet, habitait, route de Rouen, en 1948.
Il est employé des Postes.
René Coquet est arrêté le 21 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
A Compiègne, sur la place d’appel, Le lieutenant Kuntz appelle son nom (c'est vraisemblablement celui de Cocquel [Georges Cocquel, matricule 700] qui a été appelé). René Coquet sort des rangs et sait qu’il va être fusillé le lendemain : "(...) A cette époque Compiègne était le camp d'otages et toutes les semaines, sur la place d'appel, on appelait des camarades. Ceux-ci sortaient des rangs et passaient la nuit dans une petite baraque à l'entrée du camp et le lendemain matin, ils tombaient sous les balles d'un peloton d'exécution. Combien en ai-je vu partir de ces camarades... Un soir on a appelé un nom. C'était un vendredi, jour de représentation théâtrale. L'appelé est sorti des rangs, disant adieu à ceux qui, impuissants, le regardaient partir, puis 2 heures après il est revenu. Il y avait eu erreur sur le nom, et le lieutenant Kuntz aimait que les choses soient en règle. Notre camarade, le soir même tenait sa place au théâtre. Peut-être de Rouen, ce camarade est-il toujours vivant ? Alors il se reconnaitra...". Témoignage de Maurice Hochet, de Flers (1). Le passage ci-dessus a été retenu par Maurice Rideau de Bléré, rescapé du convoi, qui écrit à René Arnould le 25 janvier 1973. Il indique d'abord avoir bien connu ce camarade de Rouen dont parle Maurice Hochet, mais, malheureusement, il a oublié son nom. Mais il précise : «Il est vrai que quelques heures après son retour au camp il participa au spectacle prévu ce soir-là, et bien qu'encore très touché du choc qu'il venait de subir, il n'en Iaissa rien paraître et tint son rôle jusqu'à la fin. Je crois que ce jour-là les S.S étaient venus chercher quatre camarades pour les fusiller, dont ce camarade de Rouen, qui fut ramené au camp, après que l'officier S.S. se fut aperçu qu'il y avait une erreur de nom quand il fit l’appel avant d'emmener nos quatre camarades pour les fusiller. Ce qui mérite d'être dit, c'est le courage dont ils firent preuve. Peu après être revenu au camp notre camarade nous a dit qu'au poste de garde, en attendant que les S.S. viennent les chercher, ils avaient fait une belote pour que le temps leur semble moins long. Ce camarade ne pourra se reconnaître comme tu l'espérais. Il est mort à Auschwitz peu de temps après notre arrivée ».
A la suite de ce témoignage, Roger Arnould a sollicité plusieurs rescapés de la région Rouennaise : Robert Gaillard, Louis Jouvin et René Demerseman. Ils ont tous trois indiqué que le Rouennais dont il était question était René Coquet, et qu’il était postier.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Coquet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.  
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
René Coquet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45394» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
René Coquet est mort à Auschwitz-I le 9 juin 1943 selon cette même liste (il y est inscrit sous le nom de Cognet René).
Témoignage de Maurice Rideau
Maurice Rideau a été témoin de sa mort. «Nous étions au block 19, qui fut par la suite affecté au Revier, le chef de ce block un colosse d'une brutalité incroyable, un triangle vert allemand, qui frappait sans raison, uniquement pour le plaisir de tuer, à coups de poing, de pied, de schlague ou ce qui lui tombait sous la main, tous ceux qui passaient près de lui. Il était surnommé «le tueur». Un soir à l'appel notre malheureux camarade qui était près de moi mangeait un rutabaga qu'il avait eu je ne sais comment. En passant pour nous compter, le chef de block Ie vit, fonça sur lui, le fouilla, lui fit ouvrir la bouche et à grands coups de paume de la main lui enfonça le reste du rutabaga qu‘il avait trouvé dans une de ses poches, et le frappa jusqu'à ce qu'il tombe à terre et ne put se relever. Quand après l'appel notre camarade fut emmené au Revier, je crois qu'il était déjà mort».
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 12 décembre 1977 2010 paru au Journal Officiel N° 0095 du 26 février 1988). Cet arrêté mentionne « décédé en 1943 à Auschwitz (Pologne).
René Coquet a été homologué «Déporté Politique» le 21 septembre 1953 et déclaré «Mort pour la France» le premier avril 1954. Son nom est gravé sur la stèle commémorative «1939-1945» à Darnétal.
  • Note 1 : le "Patriote Résistant" n° 392 de juin 1972 dans la rubrique "Témoins 40-45" â propos du camp de Royallieu. Maurice Hochet est né en 1919. Il travaille aux filatures de Flers. En 1936, il est secrétaire de la jeunesse communiste de la ville, puis adhère au Parti Communiste. Pendant l’Occupation, il milite clandestinement aux côtés d’Eugène Garnier. Il est arrêté le 24 novembre 1941, en possession de 200 tracts. Jugé, il est interné à Compiègne le 24 novembre 1941. Déporté à Sachsenhausen, Natzweiler puis Dachau. Il sera le secrétaire départemental de la FNDIRP après la mort d’Eugène Garnier (source «La Résistance dans l’Orne», AERI. Stéphane Robine).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Extraits du «PR», lettre de Maurice Rideau à Roger Arnould.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Frontstallag 122 : in Présentation de «Peindre la Mémoire» / Exposition de Francine Mayran.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en décembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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