L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CLOUET Maurice, André



Maurice Clouet est né le 18 juillet 1916 au Houlme (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), où il habite rue de la Vallée au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Louise, Alexandrine Lenud, lainière et d’Eugène, Adolphe Clouet, ouvrier teinturier.
Maurice Clouet est ouvrier métallurgiste (manœuvre selon Louis Eudier, liste CGT).  
Il a reçu une instruction primaire. Il a les yeux bleus, les cheveux châtain et mesure 1 m 71 (registre matricule militaire).
Adhérent des Jeunesses communistes (1935-1937), il est également adhérent à la CGT. 
Le 20 octobre 1937, il est appelé pour effectuer son service militaire au 155ème Régiment d’Infanterie. 
Maurice Clouet au service militaire
Le 1er juin 1938, il est nommé soldat de 1ère classe. Le 1er septembre 1938, il "passe" caporal. Le 1er février 1939, il est transféré au 91ème Régiment d’Infanterie (bataillon 105). 
A la déclaration de guerre, il est rattaché au dépôt d’infanterie 21, puis au dépôt d’infanterie 23, le 3 décembre 1939. Il est démobilisé dans la commune de Saramon (Gers). 
Il se marie au Houlme le 30 novembre 1940, à l’âge de 24 ans, avec France, Blanche Deschamps, ouvrière d’usine âgée de 21 ans. 
A partir de 1935 il est membre de la "Lyre prolétarienne" groupe artistique composé d'ouvriers et d'ouvrières qui présentent des revues théâtrales dans les communes industrielles de la vallée du Cailly et en 1936 dans les usines occupées par les grévistes (information Alain Alexandre).
Pendant l’Occupation, il est membre du Parti communiste clandestin, et distribue des tracts et des journaux.
Maurice Clouet est arrêté par la police française la nuit du 20 au 21 octobre 1941 comme «membre du Parti communiste». Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre les 21 et 23 octobre (1). Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La moitié d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Maurice Clouet est interné à Compiègne le 25 octobre 1941. Il y reçoit le numéro matricule 1909.
Montage photo
Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941». Le nom de Maurice Clouet y figure (document ci-contre). 
Jeunes communistes à déporter vers l'Est
Le nom de Maurice Clouet figure également sur la liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» à la suite de l’Avis du Commandant militaire allemand en France du 14 décembre 1941. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Clouet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro "46228 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. 
Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Lors de son enregistrement au camp, il se déclare comme plombier.
Maurice Clouet meurt à Auschwitz le 31 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 180).
Il a été déclaré « Mort pour la France» le 15 septembre 1948. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 19 octobre 1987, transcrit en 1989), acte de décès qui porte toujours la mention inexacte «mort en octobre 1942» : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Son nom est inscrit sur une stèle dans le cimetière de la commune du Houlme. il est également honoré sur le monument commémoratif situé à Rouen, 33 place Général de Gaulle, dans la cour du P.C.F. « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l' ESPOIR et le Désespoir ».
  • Note 1 : Deux de ses camarades du Houlme, internés à Royallieu, sont fusillés au début de 1942 : Lucien Levavasseur, né le 19 février 1910 à Montville, ancien secrétaire du syndicat CGT des textiles du Houlme, devenu secrétaire clandestin du syndicat CGT du textile des vallées du Cailly et de l'Austreberthe, qui habite 1 rue de la République au Houlme, est arrêté le 22 octobre 1941. Il est fusillé comme otage le 14 février 1942. Gustave Delarue, né le 13 décembre 1883 à Malaunay, militant syndical et conseiller municipal du Houlme, est arrêté en septembre 1941. Il est fusillé le 31 mars 1942 «dans la forêt de Compiègne» selon Louis Eudier. Dans son livre, celui-ci raconte que Gustave Delarue monta une revue à Compiègne - attendue avec impatience - pour le théâtre du camp. Le 31 mars 1942, à 5 heures du matin la Gestapo vient le chercher. «Il embrasse Roger Bonnifet et lui demande comme une faveur que sa revue soit jouée au théâtre du camp, comme si de rien n’était».
Sources
  • Mairie du Houlme : actes de naissance, mariage, décès (26 juin 1992).
  • Copie de son certificat de décès à Auschwitz établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (ACVG).
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établie à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes) et pages 86 et 87.
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Liste d’otages du 8 décembre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XLIII-56.
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» 23/12/1941 (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • Recherches et courriels de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français) : registre matricule militaire de Maurice Clouet).
  • Photo de Maurice Clouet militaire, collection Max Valentin. Envoi de Jean-Paul Nicolas (2016).
  • Documents concernant des « 45.000 » in : Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues. 
  • Par l’intermédiaire de Jean-Paul Nicolas, Alain Alexandre nous informe que la photo publiée dans leur livre comme étant celle de Maurice Clouet ne correspond pas à celui-ci : l'erreur résulte dans une présentation inhabituelle de trois photos sur une stèle en mémoire de plusieurs déportés, dont celle de Maurice Clouet, au cimetière du Houlme. Toutefois une photo de Maurice Clouet en compagnie de Gustave Delarue figure bien pages 16 et 17 de l'ouvrage..
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en novembre 2012 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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