L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRETON Henri, Albert


Fiche d'otage d'Henri Breton

Henri Breton est né le 20 septembre 1896 à Saint-Sauveur-de-Pommeraye (Manche). 
Il est le fils de Renée, Maria Félicia et d’Albert, Valentin Breton, son époux. Ses parents habitent au 14 rue Boïeldieu à au moment du recensement de leur fils pour le conseil de révision.
Il habite au 75 rue Dumont à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Henri Breton mesure 1m 67, a les cheveux châtain et les yeux gris, le front ordinaire et le nez moyen, le visage ovale. Il travaille comme chaudronnier à Sotteville-les-Rouen au moment du conseil de révision. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, Henri Breton est mobilisé par anticipation (en avril 1915) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est affecté le 11 avril 1915 au 129ème Régiment d’infanterie. A l’instruction au dépôt du 129ème jusqu’au 30 novembre, il « passe » au 24ème Régiment d’infanterie le 1er décembre 1915, aux armées ».
Il passe au 69ème Régiment d’infanterie le 25 avril 1916. Il est blessé le 30 juillet 1916 à Curlu (Aisne) au cours des combats pour la reprise des tranches des cloportes et des crabes.
Henri Breton est à nouveau blessé le 28 avril 1917 au cours de l’offensive Nivelle au Chemin des Dames, à Verneuil-Courtonne (Aisne).
Il est cité à l’ordre du régiment (O/J n° 240) le 29 septembre 1917 : « bon soldat, brave au feu ». Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Il est à nouveau blessé le 28 août 1918 à Bieuxy (Aisne).
Il passe au 60ème Régiment territorial gardant un camp de Prisonniers de guerre le 22 décembre 1918. Il est démobilisé le 29 mars 1919 « Certificat de bonne conduite accordé ».
Le 10 avril 1919, Henri Breton est embauché à la Compagnie des chemins de fer de l’Etat. Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement (le 16 juillet 1919) dans la réserve de l’armée active, à la section des chemins de fer de campagne, en tant qu’« Affecté spécial » (c'est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
Trois commissions de réforme successives le maintiennent « bon service armé », (Commission de réforme du Grand-Quevilly octobre 1920, sans pension), puis en reconnaissant un préjudice imputable au service pour « sclérose du sommet gauche » (CR Rouen 1926 : sclérose pulmonaire / avec pension d’invalidité de 20%) puis « sclérose apicale » (CR Rouen 1928, avec pension d’invalidité de 10 %).
En juin 1928, il habite au 103 boulevard du 14 juillet à Sotteville-lès-Rouen. En novembre 1931, il déménage au 12 rue Dumont, puis au 323 rue de la République qui est l’adresse de la Maison du peuple de Sotteville-lès-Rouen, entièrement construite par les ouvriers, principalement cheminots (1). En 1932, il reçoit la médaille militaire. 
En 1933, il est membre du Conseil d’administration de la Maison du peuple de Sotteville. En 1934, il est trésorier de la 19ème U.R.U., puis gérant du bar Renaissance, propriété de la Maison du peupleSon registre matricule militaire indique « retourne rue Dumont le 15 février 1936 ».

Henri Breton est marié. Il est chaudronnier en fer (dossier individuel au DAVCC) à la SNCF.
L’atelier de chaudronnerie en fer à Quatre Mares 
Sa fiche d’otage indique «Maschinenaufsteller» (monteur ou installateur). 
Selon Louis Eudier, il est adhérent à la CGT et membre du Parti communiste, ce que confirme sa fiche d’otage (25 février 1942) qui indique «militant communiste et propagandiste actif» et «trésorier de la cellule communiste du dépôt de Sotteville». Sur une des deux listes de représailles où son nom figure, il est mentionné qu’il est membre du Parti communiste depuis 1936, et qu’il a distribué des tracts.
En 1939, il est avec Marcel Dumont le poste de receveur de la cellule communiste du dépôt. Il héberge chez lui Hubert Laubach, militant allemand, ancien brigadiste en Espagne, qui assure la liaison entre les groupes communistes de Sotteville, de Saint-Étienne-de-Rouvray et d’Oissel. L’épouse d’Henri Breton est membre du Comité mondial des femmes contre le fascisme et la guerre.
Après l’interdiction du Parti communiste, Henri Breton et Hubert Laubach restent actifs dans la clandestinité, selon la police, en contact – entre autres – avec Émile Billoquet.
Henri Breton est arrêté le 29 novembre 1941, à la suite de l'attentat commis la nuit précédente à Rouen contre la librairie des soldats allemands. Il est écrit sur sa fiche d’otage : «Wegen Verdachts der Mithilfe beim Anschlag auf die Frontbüchhandlung in Rouen » (soupçonné d'avoir aidé à l'attaque contre la librairie du Front à Rouen).  Fernand Châtel a raconté cette attaque «Le 28 novembre «Marc», un jeune cheminot breton qui travaille à Sotteville(2), lance une bombe dans la vitrine de la librairie allemande de Rouen, rue Jeanne d’Arc. L’engin a été confectionné dans un bout de chaudière de locomotive».
Sans doute incarcéré dans une prison de Rouen, Henri Breton est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 15 janvier 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 2391. 

Henri Breton est inscrit sur une liste de représailles de 40 noms de la Feldkommandantur 517 (CDJC, XLV 41 n° 39). Son nom figure sur une autre liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (CDJC, XLIII-46, n° 14). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Breton est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45224 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Barbelés d'Auschwitz
Henri Breton meurt à Auschwitz le 17 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 132).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 15 mars 2010 paru au Journal Officiel N° 0095 du 23 avril 2010. Cet arrêté porte toujours la date fictive du 30 septembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français. Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son nom est gravé sur le monument aux morts de la commune de Sotteville-lès-Rouen. Sur proposition du maire Roland Taffereau, une rue porte son nom. Henri Breton est cité sur le site Internet du Groupe Archives Quatre Mares comme étant inscrit sur les monuments aux fusillés ou victimes de la déportation des établissements S.N.C.F. de Sotteville-lès-Rouen (stèle de la fédération du Parti communiste de Seine-Maritime). Selon Louis Eudier sa famille habitait en 1945 21 rue J. Lebac au Petit-Quevilly.
  • Note 1 : « A la fin de la guerre de 1914-1918, il y eut une prise de conscience des travailleurs sur la nécessité de s’occuper eux-mêmes, de leur devenir citoyen et social. Ils étaient organisés au sein de partis, syndicats, associations. Un terrain a été acheté rue de la République. Les cheminots principalement, et les autres travailleurs ont fait tomber leur veste. Je me souviens que mon père, après sa journée de travail et ses 4 tonnes de charbon, allait remuer le béton à l’aide de crocs, car la bétonnière n’existait pas. Ils ont monté les murs avec des parpaings. Je n’ai, hélas, pas de photos de cette aventure, le monde ouvrier était courageux, mais pauvre (il n’avait pas d’appareil photo). L’idée était de créer un endroit où se réunir. D’autres ont travaillé à la menuiserie. Je peux dire que la Maison du Peuple a été construite, de bas en haut, par les travailleurs, avec des imperfections évidemment ». Léon Leroy, cheminot retraité, président de l’association «Mémoire de la ville», auteur de deux livres sur sa ville natale. 
  • Note 1 : «Les attentats ont été souvent réalisés avec des engins fabriqués par les cheminots eux même. En effet, Messieurs Chénier, Lefèvre et Menez et leur équipe de jeunes bretons communistes des ateliers de Q.M. fabriquent, outre des clés à tire-fond pour déboulonneurs de rails, des corps de bombes qui bourrées de “cheddite” (explosifs à base de chlorate de potassium ou de sodium et de dinitrotoluène), feront sauter les compresseurs de Quatre-Mares, immobilisant les ateliers pour une longue période» (in site du Groupe Archives Quatre Mares : L'Histoire des Ateliers de Quatre Mares).
Sources
  • Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste en date du 8 février 1942) : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XL III - 46.
  • Fiche d’otage du 25/2/1492 (Centre de Documentation Juive Contemporaine fiche XV-42 N° 205)
  • Fernand Chatel "30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix", page 60 (brochure édité par la Fédération de Seine Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin  et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste se référant à un ordre du 8 février 1942). (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLIII - 46).
  • Liste d’otages de 51 noms de la Feldkommandantur 517 (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLV – 42).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel consulté en octobre 1993.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Relevé Sotteville-lès-Rouen, Jean Mamez.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Photo in Site Internet du Groupe Archives Quatre Mares, L'Histoire des Ateliers de Quatre Mares
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en 2011 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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