L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOUTEILLER Raymond, Henri

Raymond Bouteiller le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule "45293" à Auschwitz

Raymond Bouteiller est né le 4 juillet 1901 à Yerville (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). 
Il habite 20 route de Sainte-Austreberthe à Pavilly, canton de Pavilly-arrondissement de Rouen) en Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Il est journalier.
Raymond Bouteiller est le fils de Marie, Rosalie Etancelin, 22 ans et d’Octave, Adolphe Bouteiller, 28 ans, journalier. Ses parents se sont mariés à Yerville le 28 janvier 1894. Il a un frère, Georges.
Il effectue son service militaire au 97ème régiment d’infanterie du 12 avril 1921 au 1er avril 1923. Il participe à l’occupation des pays Rhénans du 12 avril 1921 au 22 juin 1922, puis en demi-campagne du 23 juin au 13 mars 1923.
Il a les yeux bleus, les cheveux châtain foncés et mesure 1 m 68 (registre matricule militaire).
Versé dans la réserve, il est affecté lors de la déclaration de guerre au centre mobilisateur d’infanterie n°32, le 9 septembre 1939. Il est alors versé dans le «32ème travailleurs», surnommé «les Normands». Il est démobilisé le 31 août 1940 à Pavilly.
Pendant l'Occupation, son nom figure dans un rapport de la gendarmerie (le fait que son nom soit honoré dans la cour du PCF à Rouen peut laisser penser qu'il est communiste ou sympathisant et surveillé par la gendarmerie).
On ignore la date et les circonstances de son arrestation. Mais son lieu de domicile, Pavilly,  peut laisser penser qu’il a pu être arrêté en représailles au sabotage, le 19 octobre 1941, de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (au tunnel de Pavilly). Lire dans le blog :  Le Havre, sabotages et attentats (avril 1941-février 1942) et Le "brûlot" de RouenLa police recherche activement les auteurs du sabotage, à partir de descriptions d'un garde barrière. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre 1941.
Il a été remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Bouteiller est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Raymond Bouteiller est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45293» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Le jour de l'immatriculation, 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur

sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Entrée du camp principal à Auschwitz
Raymond Bouteiller meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 124). La mention fictive portée comme de raison du décès est «entérite et phlegmon». Cent-quarante-sept autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, et un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. Il est plus que vraisemblable qu’ils aient été tous gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, avec cette même date (parution au Journal Officiel n° 300 du 27 décembre 2009).
Raymond Bouteiller est déclaré «Mort pour la France» le 16 juin 1955 et homologué «Déporté politique» le 10 février 1955. 
Photo et relevé © Thierry Prunier
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Pavilly, place du général De Gaulle. Son nom est également honoré à Rouen, 33 place Général de Gaulle, dans la cour du P.C.F. parmi les 218 victimes des nazis, avec cette citation de Paul Eluard : « Frères, nous tenons à vous. Nous voulons éterniser cette aurore qui partage votre tombe blanche et noire, l'ESPOIR et le désespoir ». 
Après guerre, son frère Georges entame des démarches pour son homologation comme "Déporté politique".
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. (N°31851 et N° 49).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Claudine Cardon-Hamet, Les barbelés d’Auschwitz.
  • Recherches et courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français)
  • Registre matricule militaire de Raymond Bouteiller.
  • Courriel de M. Joël Bouteiller. son petit-neveu.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, et modifiée en 2012 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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