L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BASILLE Maurice


Matricule "45201" à Auschwitz

Maurice Basille est né le 9 octobre 1908 à Raffetot (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). 
Le 32 rue Alexandre André en 2010
Au moment de son arrestation, il habite à la «Cité Standard» de la «Petite campagne» (1) au 32 rue Alexandre André à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Inférieure / Seine-Maritime).
Il travaille comme opérateur (tuyauteur) à la raffinerie de pétrole SFAR (Standard Franco-Américaine de Raffinage), usine de Port-Jérôme-Notre-Dame de Gravenchon.  
Maurice Basille effectue son service militaire en 1929. Il est incorporé le 29 juin 1929 au 129ème régiment d’infanterie. Puis au 2ème régiment de Zouaves stationné à Oran. Il est libérable le 24 juillet 1930 et libéré le 15 octobre 1930. Il passe au Centre mobilisateur n° 52 de l’infanterie le 15 avril 1933. Il est versé dans la réserve au 3ème régiment du train le 15 janvier 1938.
En 1934, il habite rue Auguste Vacquerie à Villequier, chez M. Godefroy, boulanger.  « Mon père, au début de son travail à la raffinerie de Gravenchon, était logé chez sa cousine Mme Godefroy, boulangère, pour plus de commodité, sa maman habitant Montivilliers, chez qui il résidait avant son service militaire en contre-partie d'aide au besoin » (Monique Phillipart).
Maurice Basille est marié. Le couple a une fille, Monique. 
Il vient habiter la cité-jardin de la "Standard" au Hameau Saint-Georges en 1936. Maurice Basille est employé par la SFAR de 1936 jusqu’à sa mobilisation, le 4 septembre 1939 (contrairement à ses camarades Maurice Bonvin, Louis Daens et Henri Messager licenciés après la grève du 30 novembre 1938). Il est mobilisé au 3ème régiment du Train, 353ème compagnie auto.
1940
« Sa femme et sa petite fille demeurent à cette adresse pendant son passage de 10 mois sous les drapeaux. A son retour durant l’été 1940 : les raffineries de Basse-Seine ont toutes flambé vers le 10 juin. La Sfar réembauche un effectif limité dont ne fait plus partie Maurice Basille ainsi que d’autres indésirables… Il est contraint de retrouver un emploi : il le trouve chez Morineau, entreprise de construction métallurgique qui avait construit la raffinerie Vacuum-Oil  de Gravenchon en 1933. Ayant cessé d’appartenir à la Standard, il conserve néanmoins sa maison dans la cité, la destruction de la raffinerie étant considérée comme un cas de force majeure. Sa femme et sa fille continueront à habiter rue Alexandre André le temps de la guerre » (Jean-Paul Nicolas).
Rescapés de Dunkerque
Par le témoignage de sa fille, Monique Phillipart, on sait qu'il participe à la bataille de France en mai 1940 et qu'il est un des rescapés de  Dunkerque.
Maurice Basille est arrêté le 22 octobre 1941 par trois gendarmes français.
Le registre de la gendarmerie de Lillebonne a tenu la «Liste des personnes de sexe masculin arrêtées pour activité anarchiste ou communiste depuis l’Armistice», «individus arrêtés par mesure administrative sur instruction verbale de la sous-préfecture de police». 
Ils sont au nombre de 6, arrêtés le même jour, ce 22 octobre 1941, dans la nuit ou au petit matin : Un syndicaliste anarchisant, Louis Avenel, et cinq militants communistes : Maurice Basille, Raymond Baudry, Marcel Dupray, Auguste Normand, Fernand Quesnel.
Registre de la gendarmerie de Lillebonne
Pour Maurice Basille, arrêté à 0 heures 50 à Notre-Dame de Gravenchon, on lit les mentions : «Marié, 1 enfant. Rien à dire sur les membres de sa famille. Il était affilié au Parti communiste en tant que trésorier de la cellule régionale « Tabacka ». Très actif et surveillé de près, avait été soupçonné de distrivutions de tracts communistes à Notre Dame de Gravenchon. Une perquisition fut effectuée le 30 septembre 1941 par la 3ème brigade mobile. Sans résultat ».
Il est incarcéré au quartier allemand de la prison du Havre en préventive (sa mère habitait Montivilliers), puis il sera transféré à Compiègne. 
«Je ne crois pas me tromper en affirmant que la police française s’était servie du fameux « carnet B », le fichier de toutes les personnes ayant des responsabilités au Parti communiste ou dans des organisations sympathisantes – tel le comité Amsterdam-Pleyel). Je ne connais pas leur nombre, peut-être une centaine». «Nous étions deux frères dans une même prison, mais nous ne pouvions pas avoir de contacts » (Jean Basille). 
PV d'arrestation. Les noms des gendarmes ont été masqués
Le procès verbal d'arrestation du 22 octobre 1941 établi par la gendarmerie de Lillebonne le confirme : « Vu les instructions de Monsieur le sous-préfet du Havre en date du 21 octobre 1941, à 19 heures, nous ordonnant de procéder à l’arrestation de l’ex-militant communiste notoire susceptible de répandre des idées subversives ou de créer des incidents à la faveur des évènements et de la situation actuelle, sommes rendus à Notre-Dame de Gravenchon, hameau Saint-Georges, au domicile du nommé Basille, que nous avons mis en état d’arrestation pour être transféré au Havre à la disposition des autorités administratives. Fouillé, l’intéressé n’a été trouvé porteur d’aucun objet susceptible de lui nuire ».
La gendarmerie de Lillebonne surveillait depuis longtemps les militants communistes. L'arrestation de Maurice Basille est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen A partir de listes pré-établies par la Préfecture, une centaine de militants communistes, ou présumés tels, de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. 
Maurice Basille est écroué dans le "quartier allemand" de la prison du Havre, créé semble-t-il à cette occasion, d'après Jean Basille.
Tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.  
Maurice Basille est interné à Compiègne le 30 octobre 1941. Il y reçoit le numéro matricule 2290. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Basille est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Maurice Basille est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45201» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. La comparaison de la photo d'immatriculation et sa photo d'avant guerre le confirme.
Il est affecté au «Kommando Schlosserei» (atelier de serrurerie) du camp principal.
Maurice Basille meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 56). Ce certificat porte comme cause du décès «Herzinsuffizienz» (insuffisance cardiaque). Il convient de souligner que cent-quarante-sept autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. Il est plus que vraisemblable qu’ils aient été tous gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 7 mai 1987 paru au Journal Officiel du 30 juin 1987. Cet arrêté porte toujours la date de décès fictive du 15 septembre 1942 : Même voisine, il serait souhaitable que de manière générale, le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Sa famille sera de retour à Villequier en 1944.
Le nom de Maurice Basille, inscrit sur le monument aux morts de la commune (rue Hélène Boucher), fut honoré sur une plaque apposée sur le local de la CGT de Notre-Dame-de-Gravenchon, avec celui de G. Loison, Henri Messager, Louis Daens «en hommage aux militants de la CGT, victimes du nazisme, morts pour leur engagement dans le combat pour la liberté, 1939-1945». Cette plaque a été déplacée depuis sur les nouveaux locaux de la CGT (Lillebonne-Gravenchon) transférés à Lillebonne (1 bis rue Fauquet-Lemaitre) et inaugurée le premier mai 2001. 
  • Note 1Maurice Basille comme employé de la Standard, disposait d’une maison avec  son jardin dans la cité Standard de « la petite campagne ». «C’était le nom de cette cité, véritable vitrine sociale pour la Standard, maisons modernes et confortables, vie « à l’américaine » dés 1933». (recherches de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron).
  • Note 2 : Son frère Jean, instituteur, né en 1921, est aussi un militant communiste. Il est arrêté le 2 octobre 1941, incarcéré lui aussi au quartier allemand de la prison du Havre. Il est condamné à 5 ans de prison. Ecroué à la prison de Poissy, à la centrale de Blois et transféré à Compiègne en février 1944. Il est déporté le 27 avril 1944 à Birkenau (Lire l’article de Paul Le Goupil Transport parti de Compiègne le 27 avril 1944), le convoi des «185000» dit des « tatoués », puis à Buchenwald en mai. Il est rapatrié en mai 1945.
Sources
  • Témoignage de son frère, Jean Basille, arrêté en avril 1941 et déporté le 30 avril 1944 (lettre du 22 janvier 1991).
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800). (BAVCC).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
  • Gilles Pichavant : Les années "Nuit et Courage", la CGT dans la Résistance en Seine-Maritime. 
  • © Claudine Cardon-Hamet, Les barbelés d’Auschwitz.
  • © Témoignage de la fille de Maurice Basille, Mme Monique Philippart recueilli par Jean-Paul Nicolas. 
  • © Photos de famille : fonds Monique Phillipart.
  • © Courriels d'octobre 2012 de Jean-Paul Nicolas : Livret militaire, PV d'arrestation.
  • © Le 32 rue Alexandre André, in Google Maps.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, modifiée en décembre 2011 et octobre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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