L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRIEU Honoré, Emile



Honoré Brieu @ collection Max Valentin
Matricule "46225" à Auschwitz

Honoré Brieu naît le 17 août 1889 au 62 rue Saint-Nicolas à Rouen (Seine-Inférieure /  Seine-Maritime). Il est le fils de Marie, Joséphine Leballeur, 38 ans, sans profession et de Jacques, Honoré Brieu, 29 ans, tailleur d'habits, son époux. 
Au moment de son arrestation, il habite au 17 rue de la Marne à Maromme. 
Il est alors douanier en retraite. 
Avant 1910, Honoré Brieu travaille comme "tailleur d’habits".
Conscrit de la classe 1909, il est incorporé le 4 octobre 1910 au 119ème régiment d’infanterie. 
Il est libéré le 25 septembre 1912, titulaire d’un certificat de "bonne conduite". Honoré Brieu est classé « affecté spécial » comme employé permanent de l’administration des douanes de Rouen du 19 juillet 1913 au 2 mars 1915.
A cette date, il est mobilisé et rejoint le 119ème R.I.
Le 30 octobre 1916 il est blessé par des éclats d’obus, devant le fort de Douaumont (plaie à la joue et au médius gauches).
Il se marie à Troyes (Aube) le 3 février 1917 avec Julia Camille Dhotel.  
Le camp de Langensalza
Le 24 mars 1918, il est fait prisonnier par l’armée allemande. Il est interné au camp de Langensalza, camp principal de prisonniers situé dans la province de Saxe, près d'Erfurt, jusqu’au 11 décembre 1918. Il est rapatrié par le centre du CR de Montigny-les-Metz et arrive le 11 décembre 1918 au dépôt de transition des isolés de la 20ème région.
Le 11 janvier 1919, il rejoint le 37ème R.I. Le 25 février 1919, il est cité à l’ordre du régiment (O.J. N° 576) : « Soldat très brave, fusiller mitrailleur, a , le 23 mars 1918, tout au cours d’une attaque, que pour enrayer un retour offensif d’un ennemi supérieur en nombre, fait preuve d’une belle qualité de courage et de dévouement. Blessé en combattant ».
Entre 1921 et 1925, la commission de réforme de Caen lui attribue une pension d’invalidité de 10 % (raideur du coude droit de 80° à 145° et légère diminution de la supination de l’avant-bras).
Le 26 juillet 1919, il est démobilisé et se retire au 21 rue Lecat à Rouen. 
En avril 1930, ils logent rue Sainte-Nicole, à Caen.  En décembre 1932, ils habitent rue de l’Église à La Mailleraye-sur-Seine en aval de Rouen.
Par un décret du 23 mars 1934, Honoré Brieu est décoré de la Médaille militaire avec traitement (avis du directeur des douanes du 14/4/34).
Le 27 février 1935 et jusqu’à la date de son arrestation, Honoré Brieu est domicilié au 17 rue de la Marne à Maromme (Rouen). 
Honoré Brieu est membre du Parti communiste depuis 1938 (selon sa fiche d’otage) et militant à la CGT (d'après Louis Eudier).
Cliquez sur la fiche d'otage pour l'agrandir
Il est arrêté une première fois en 1940 par la police française et condamné à 70 jours de prison pour avoir distribué des tracts communistes. Il est arrêté de nouveau le 21 octobre 1941, comme otage communiste. Fernand Chatel, dans son ouvrage «30 ans du lutte…» mentionne son arrestation en même temps que celle de Léon Poyer (n° 2090 à Compiègne, déporté et mort à Auschwitz), François Hubler (n° 2025 à Compiègne, déporté et mort à Buchenwald) et Raymond Duflo (fusillé le 31 janvier 1942). Julien Villette, également de Maromme, est aussi arrêté la même nuit. Leur arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre 1941) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (au tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Écroues pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Liste de représailles de la Werhmacht
Son nom est inscrit sur quatre listes d’otages établies en représailles aux attentats et sabotages successifs dans la région de Rouen (Liste de représailles de la Feldkommandantur 517 (CDJC XLV-41), liste d’otages du 29 octobre 1941 (XLIII-66), liste d’otages du 8 décembre 1941 (XL-III 56), liste en date du 8 février 1942 (XLII-46), qui mentionnent à chaque fois son arrestation en 1940 et sa condamnation pour distribution de tracts communistes. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Honoré Brieu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46225».
Honoré Brieu meurt à Auschwitz le 7 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz  (in Death Books from Auschwitz, tome 2, page 133). (Son nom y est orthographié, par erreur, Brien ainsi que sur le site du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau).
Il ne figure pas sur le site non officiel les morts dans les camps répertoriant, à partir des arrêtés du Journal officiel, le nom des déportés pour lesquels la mention "mort en déportation" doit être inscrite sur leurs jugements et actes de décès.
Carte éditée par la section du PCF de la vallée du Cailly
Vallée du Cailly
Carte souvenir recto-verso éditée à la Libération sous le titre “ils aimaient la France” avec les noms de 9 militants de la vallée du Cailly, fusillés ou déportés. Le nom d’Honoré Brieu y figure, mais sa photo, de mauvaise qualité n’avait pas été reproduite.

Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Fernand Châtel : "30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix", page 53 (brochure édité par la Fédération de Seine Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Archives du CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine): Liste d’otages et  du 29 octobre 1941 :  XLII-66,  Liste d’otages du 8 décembre 1941 : XLIII - 56 ; Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste en date du 8 février 1942) : XLIII - 46. Fiche d’otage :  XLV - 42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste officielle N°3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Courriel de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron à propos de l'orthographe du patronyme de Honoré Brieu.
  • Archives en ligne de Rouen, acte de naissance et registre matricule militaire.
  • Photo d'Honoré Brieu, collection de Max Valentin, transmise par Alain Alexandre, co auteur avec Stéphane Cauchois de « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues. 
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, et complétée en 2011, 2015 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: