L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BELLET Lucien


Matricule "45224" à Auschwitz

@ Collection Jacqueline Flumas (2)
Lucien Bellet est né le 18 avril 1907 à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Inférieure). Au moment de son arrestation, il vient d’emménager 3 (ou 13) impasse Bellevue à Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Inférieure/Seine-Maritime). 
Il est le fils d’Eugénie Cauchois et de Louis, Eugène Bellet son époux. 
Lucien Bellet est titulaire d’un CAP de tourneur sur métaux pour artillerie préparé à Vernon.
Il a les yeux marrons, les cheveux châtain, et mesure 1 m 59 (registre matricule militaire).  
Ouvrier métallurgiste, il est tourneur sur métaux et travaille chez Lethuillier-Pinel (entreprise qui existait toujours en 2006). 
Il est marié avec Germaine Clatot, et est père de 5 enfants «Lucien, Jacqueline, Yvette, Jean-Claude et Denise, tous encore en vie (et en plein forme !) » écrit sa petite fille, Sandrine Bellet en 2006. Lucien Bellet est délégué syndical CGT, membre du Conseil syndical CGT des métaux de Seine-Inférieure. 
Il effectue son service militaire comme artilleur-tourneur de deuxième classe au 3ème groupe d’ouvriers d’aéronautique, du 11 mai 1927 au 5 novembre 1928 (1ère classe). Versé dans la réserve, il est affecté au centre mobilisateur d’infanterie n°32.
En juillet 1931, il habite Le Houlme, 21 rue du Cailly.
Le 19 juillet 1938, son livret matricule indique qu'il est «Affecté spécial» aux Etablissements «Les successeurs de Lethuillier-Pinel», 40-44 rue Méridienne à Rouen, en qualité de tourneur, pour 60 jours. Puis "pour une durée illimitée" le 10 octobre 1939. Père de quatre enfants, il est classé dans la deuxième réserve le 8 mars 1940.
Il est adhérent au Parti communiste, mais il rend sa carte au moment du pacte germano-soviétique.  A partir d’avril 1939, il habite Impasse Bellevue à Notre-dame-de-Bondeville.
Il est arrêté le 21 octobre 1941 par les gendarmes de Maromme, en raison de ses activités syndicales passées. «La veille de son arrestation, des gendarmes de Maromme, ville voisine, se sont présentés à son domicile. Suivant mon oncle ou ma tante, témoins directs, l'heure varie. Ma grand-mère s'y trouvait avec ses 5 enfants, mais mon grand-père était en déplacement à l'usine Blin, à Elbeuf. Elle n'a pas cherché à cacher où il était, car elle savait qu'elle risquait la vie de ses enfants et la sienne. Ils l'ont trouvé le lendemain, à l'hôtel où il logeait avec un collègue».  Si sa famille a pensé qu’il avait été dénoncé (il venait en effet juste d’emménager à Sotteville-lès-Rouen, aucune administration ne connaissait sa nouvelle adresse), il est certain que son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Lucien Bellet est interné «à la caserne Hatry à Rouen, où, semble-t-il, le moral était bon. Ensuite, ma grand-mère a su qu'il était à Compiègne, et lui a écrit là-bas (les lettres sont perdues)» (1). Il est transféré à Compiègne le 25 octobre 1941, affecté au bâtiment 14 et reçoit le matricule n° 2044. Louis Daens de Bolbec (45418) dans la dernière lettre adressé à sa femme et datée du 4 juillet 1942, lui annonce leur départ «pour une destination inconnue» et il lui demande de «prévenir madame Lucien Bellet de Notre-Dame-de-Bondeville». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Bellet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.  
Sa photo d'immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45224» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Lucien Bellet meurt à Auschwitz le 1er novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 67). Il est déclaré «Mort pour la France». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel  du 30 08 2007. Cet acte a été rectifié à cette occasion selon la règle des 5 jours ajoutés à la date du départ du convoi «décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) et non fin 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable qu’à l’occasion de cette rectification, le ministère n’ait pas pris en compte la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 !  Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Notre-Dame-de-Bondeville et il figure parmi les 172 noms de militants fusillés ou morts en déportation inscrits sur le monument érigé par l’Union départementale CGT à Rouen. Son épouse est décédée le 1er septembre 1981.
  • Note 1 : «Après c’est le vide, jusqu'à ce jour de 1993 où au hasard de recherches généalogiques, j'ai demandé son acte de naissance, et constaté qu'on avait ajouté sa date de décès. Ce fut un choc pour toute ma famille, chacun cherchant à comprendre pourquoi personne ne nous en avait avertis. On peut ajouter aussi que ma grand-mère a mis 10 ans pour voir reconnaître son statut de veuve de guerre. Enfin depuis quelques semaines, mon père et ses frères et soeurs ont touché une indemnisation du préjudice subi. 63 ans après». Témoignage de Sandrine Bellet.
  • Note 2 : Photo parue dans l'ouvrage d’Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues.
Sources 
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime page1.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Mme Sylvie Barrot  conservateur des archives du Havre (18 juin 1993)
  • Liste établie par Claude-Paul Couture, instituteur, auteur de «En Seine Maritime de 1939 à 1945» CRDP Rouen, 1986, correspondant du comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale (correspondance du 20 janvier 1993).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • Courriels de Sandrine Bellet, sa petite fille, institutrice (18 janvier 2006 et 5 janvier 2008). 
  • Recherches et courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français) : livret matricule de Lucien Bellet.
  • Octobre 2015 : Courriel de Jean-Paul Nicolas m'adressant des photographies parues dans l'ouvrage d’Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et complétée en novembre 2012 et 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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