L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VORANGET Maurice

Dépose Chaudière aux Quatre-Mares

Maurice Voranget est né le 5 février 1901 à Elbeuf (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite 11 rue Aimable Pélissier au Grand-Quevilly au moment de son arrestation.
Il est le fils de Constance, Désirée Dieudonné et de Léopold, Alphonse Voranget, ouvrier, son époux. Ses parents habitent au 21 rue des Bonvalets à Elbeuf.
Journalier en 1920,  (conscrit de la classe 1921, matricule 893), Maurice Voranget devance l’appel et s’engage pour quatre ans à la Maison de Rouen le 21 décembre 1920 comme matelot des équipages de la flotte. 
Son registre matricule militaire porte mention d’une condamnation par le conseil de guerre maritime permanent de Cherbourg à 6 ans de travaux publics pour : refus obéissance, rébellion (sans armes), outrage à supérieur par « paroles, gestes et menaces ». La sentence est exécutée à compter du 13 février 1921. 
En 1924, Maurice Voranget obtient une remise de peine de trois mois. Sa peine est définitivement suspendue par décision du ministre de la Marine le 14 juin 1924. Il est renvoyé dans ses foyers le 5 octobre 1924. Il est versé dans la première réserve de l’armée de mer (1er dépôt des équipages de la flotte) à cette date.
En octobre 1928, ayant été embauché comme homme d’équipes aux ateliers des Chemins de fer à Elbeuf-Saint Aubin, il est classé « affecté spécial » à la section des Chemins de fer de campagne (affectation confirmée en 1931 et 1935). Père de quatre enfants, il est alors classé dans la deuxième réserve (Maurice Voranget est marié et père de 4 enfants).
Selon Louis Jouvin, il travaille comme aide chaudronnier sur cuve à l'atelier SNCF des Quatre Mares de Deville-lès-Rouen. Militant communiste, il est aussi un des responsables du syndicat CGT des Cheminots .
Il est membre de la direction du syndicat des cheminots aux ateliers des Quatre-Mares et membre du Parti communiste. Militant antifasciste, il est secrétaire du comité Amsterdam-Pleyel du Grand-Quevilly. 
Le 3 octobre 1940 le commissariat central de Caen note que « son domicile a fait l’objet d’une visite de la part de la gendarmerie allemande ».
Maurice Voranget est arrêté le 22 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) 
Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure, dont 7 cheminots, sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Menu de Noël 1941, avec le nom de M. Voranget
A Compiègne, il est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. Sur le "menu" de Noël 1941 d’Albert Vallet, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, où des "rôles" ont été distribués, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt, Albert Champin, Marcel Le Dret, Maurice Voranget ("le policier"), tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Voranget est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "46201 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Maurice Voranget meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1280). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (Journal Officiel du 9 décembre 2001).
La stèle en gare de Rouen
Son nom est inscrit sur la stèle située dans le hall de la gare de Rouen «A la mémoire des cheminots du centre de Rouen morts par faits de guerre, fusillés ou morts en déportation - 1939-1945».

Sources
  • Témoignage de Robert Gaillard, arrêté le même jour.
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en janvier 1992).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © www.gaqm.fr/ Le Groupe Archives Quatre-Mares, à la mémoire des Cheminots de Q.M.
  • © Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
  • Plaque gare de Rouen © Danièle Robbe
Biographie rédigée en novembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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