L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VERNICHON Maurice, Alphonse



Le cargo «Winnipeg» sur lequel Maurice Vernichon était embarqué




Matricule 46188 à Auschwitz

Maurice Vernichon @ Union Locale Cgt du Havre 
Maurice Vernichon est né le 26 avril 1910 à Graville Sainte-Honorine, commune rattachée au Havre en 1923 (Seine-Inférieure/Seine-Maritime). Il y habite impasse Hormann, boulevard Sadi Carnot au moment de son arrestation.
Il est militant communiste et membre de la CGT.


Juin 1936. Les inscrits maritimes CGT du Havre
Maurice Vernichon est «inscrit maritime» au Havre. Maurice Vernichon s'engage dans les Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne (1). Il est marin sur le cargo «Winnipeg», affrété en 1938 par la compagnie France-navigation, créée en 1937 à l'initiative de l'Internationale communiste. Ce navire ravitaillait clandestinement en armes l’armée républicaine espagnole et transporta en juillet 1939, à l’initiative de Pablo Neruda, 2000 réfugiés républicains espagnols au Chili (2).
Pendant l’Occupation, il appartient à «la première organisation clandestine de l’été 1940 à celui de 1941, constituée d’éléments jeunes, ouvriers et instituteurs plus une bonne partie des anciens des Brigades internationales et de la compagnie France-Navigation : Emile Famery, Roger Lhéverder, tous issus du 4ème canton, de l’ancienne commune de Graville» (Marie-Paule Dhaille-Hervieu).
Il est arrêté le 27 janvier 1941 par la police française «pour distribution de tracts dans les queues pour le ravitaillement, avec Bellenger et Couillard» (in «30 ans de luttes»). Jean Quellien a fait le récit de leur arrestation : «L'inspecteur F.., de la 3ème Brigade mobile de Rouen, signa les documents de la prise en charge, les remit au commissaire H... du commissariat central et, après avoir pris congé de ses collègues, dégringola l'escalier. En bas, le fourgon de police, moteur au ralenti, n'attendait plus que lui pour démarrer. Il sauta dans la cabine, près du chauffeur, qui embraya aussitôt. A l'intérieur, assis entre les gardiens impassibles, les trois hommes menottés s'interrogeaient sur leur destination. Bellenger, Vernichon et Couillard avaient été appréhendés, pris en flagrant délit de distribution de tracts dans les files de ménagères venues au ravitaillement. Alerté, Alie avait dépêché l'un de ses adjoints dans la cité havraise afin de lui ramener les coupables qu'il voulait confronter avec d'autres délinquants, et notamment avec Arthur Lefebvre. Toujours dans la perspective de démanteler l'organisation communiste de Seine-Inférieure, qui, il devait se rendre à l'évidence, s'était reconstituée, le policier rouennais ne négligeait aucune occasion pour parvenir à ses fins. Mais, une fois de plus, son initiative échoua. Malgré les longues séances d'interrogatoires, émaillées des habituels sévices, il ne tira aucun renseignement de ses prisonniers».
Maurice Vernichon est condamné à 13 mois de prison le 19 mars 1941 par le tribunal du Havre pour distribution et possession de tracts communistes. Il est interné à la prison du Havre.
Au moment de sa libération, le 27 février 1942, il est remis aux Allemands à leur demande. Ceux-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Vernichon est déporté à Auschwitz avec ses camarades Léon Bellanger et Marcel Couillard dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46188 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Maurice Vernichon meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1275). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001.
Il est homologué «Déporté Politique» le 1er février 1954 (°1103.09392).
Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation du Havre «Le 29 avril 1990, l'urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument».
Une rue du Havre porte son nom. En 1945, son nom est donné à une cellule du PCF.
Dans un article du Fil Rouge 76 consacré aux militants des Tréfileries, Jacques Defortescu et Richard Zelek racontent que chaque 12 septembre au moment des cérémonies de la Libération du Havre, et jusqu'à la fermeture de l'usine, une délégation venait fleurir la plaque à la mémoire de Louis Richard. "Un peu plus loin, toujours sur le boulevard Jules-Durand, se trouvait une autre plaque commémorative à la mémoire de Maurice Vernichon, du syndicat des marins CGT. Bien souvent nous allions aussi la fleurir". 
Ses deux frères, Robert et Jules Vernichon, travaillaient aux Tréfileries du Havre (TLH). Jules travaillait  à l’usine 1 et était président de la Mutuelle, Robert à l’usine 2 et sera Président du Conseil de parents d’élèves au Havre (© Le Fil rouge 76 n° 45 P. 32)
  • Note 1 : Une centaine de Havrais s’engagent dans les Brigades Internationales : à des engagements spontanés, émanant de jeunes communistes de la communauté espagnole du quartier des Neiges (…) s’ajoute une série de départs (33 français et 15 espagnols le 20 novembre 1936) liés à des décisions politiques, celle de l’Internationale communiste de former des brigades internationales. Les Partis et sections (rayons) communistes étant en charge du recrutement. Ceux du Havre n’échappent pas à la règle puisque leur secrétaire, Edmond Parisse, est décrit comme étant en charge de l'enrôlement des volontaires havrais, puis de l’acheminement de volontaires étrangers, en particulier les nombreux Américains, débarquant au Havre. C’est ainsi qu’une centaine de volontaires havrais, dont deux membres de la direction de section, Jules Le Troadec et Roger Hauguel, s’enròlèrent dans les Brigades. Les autres étant de jeunes ouvriers déchargés de responsabilités familiales, journaliers comme Charles Drouet, marins comme Augustin Gruenais,  Roger Lhévéder ou Maurice Vernichon, dockers... Furent-ils assez nombreux pour constituer une unité autonome, une colonne internationale à laquelle ils donnèrent le nom de Roger-Laurens ? ll semble qu'ils furent affectés à la Xlllème brigade dite Dombrowski, 3° bataillon Henri-Vuillemin, et à la XVème dite Lincoln, bataillon franco-belge, engagé dans la défense de Madrid  (in Marie-Paule Dhaille-Hervieu, «Communistes au Havre: histoire sociale, culturelle et politique, 1930-1983» page 112) .
  • Note 2 : Lire l’histoire du cargo Winnipeg. Site www.frenchline.com.histoire maritime.
Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime (page 10).
  • "30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix", page 53 (brochure édité par la Fédération de Seine Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Récit de Jean Quellien, ancien professeur d'Histoire contemporaine à l'Université de Caen, ancien directeur de l'UFR d'Histoire à l'Université de Caen, in La résistance normande beaucoudray.free.fr/gestapo.htm. L’inspecteur de police Louis Allie s’est mis au service des Allemands et par son zèle au sein des brigades spéciales a causé la mort de nombreux résistants communistes. Il est fusillé le 27 février 1944.
  • Documents fournis par Madame Sylvie Barot, conservateur des Archives du Havre (23 mars 1994).
  • Marie-Paule Dhaille-Hervieu, «Communistes au Havre: histoire sociale, culturelle et politique, 1930-1983», Publication de l’Université de Rouen-Le Havre, 2010, pages 112 et.134.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste «officielle n°3» 1/19 BAVCC.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb Le Havre (relevé Thierry Prunier)
  • © Photo du Winipeg, in l’Humanité du 17 novembre 2009 (l’Odyssée du Winnipeg)
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
  • Photo de Maurice Vernichon @ Union Locale Cgt du Havre : exposition photographique de 78 personnes fusillées ou déportées. Photo transmise par Jean-Paul Nicolas (janvier 2015).
Biographie rédigée en novembre 2011 (complètée en janvier 2015)par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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