L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEBEL Roland, Jean


Roland Lebel est né le 22 janvier 1920 au Havre en Seine-Maritime (anciennement Seine-Inférieure). Il est le fils de Rachel, Ernestine Lestiboudois et de Raoul Lebel son époux. 
Roland Lebel habite d’abord au 9 rue des Viviers, sinistré à cette adresse, il s’installe au 22 rue Saint Julien au moment de son arrestation.
Il se marie en 1941 avec Alice, Henriette Homo. Le couple a une petite fille de cinq mois au moment de l’arrestation.

Le Havre juin 1936, 
les inscrits maritimes CGT
Marin pêcheur «à la petite pêche» jusqu’à l’Occupation. 
Roland Lebel est syndicaliste, selon Louis Eudier.
Pendant l’Occupation Roland Lebel navigue encore un temps «à la petite pêche» (les inscrits maritimes étaient exemptés du travail forcé - organisation Todt- pour la construction du mur de l'Atlantique), puis il travaille pour le compte de l’armée allemande.
Il est arrêté le 24 février 1942, à la suite de l'attentat de la Place de l'Arsenal au Havre. Les Allemands opèrent, immédiatement après, une rafle notamment dans les cafés de la place. Annonce est faite que 30 otages seront fusillés si les coupables ne sont pas découverts (20 otages juifs et communistes internés à Compiègne seront fusillés). La rafle se poursuit le lendemain au Pont de La Barre en direction des milieux communistes et syndicalistes. Lire dans le blog Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941-février 1942
Claude-Paul Couture, instituteur, correspondant du comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, dans une étude sur la Seine Maritime de 1939 à 1945 a relaté son histoire sous le titre : l'inexorable destin d'un otage.
"A la suite de l’attentat de la place de l’Arsenal au Havre, effectué par le groupe Chatel de la 2ème compagne de FTP et dirigé contre un détachement de la Kriegsmarine, un certain nombre de français de la région havraise sont raflés à travers la ville et le port puis arrêtés comme otages. Parmi eux, il y a Roland Lebel, marié, père d’un enfant, arrêté le 24 février 1942.
Dans les jours qui suivent, la famille s’inquiète et entreprend des démarches. Le 26 mars 1942, l’Administrateur en chef de 1ère classe de l’Inscription Maritime, Bronkhors, Chef du Quartier du Havre, informe le sous-préfet du Havre qu’il vient d’apprendre, seulement, l’arrestation par l’autorité allemande du marin-pêcheur Lebel et que cette arrestation a été opérée dans les mêmes conditions que celle des autres
marins qu’il avait déjà signalés dans une lettre du 21 mars. Il ajoute : « Lebel est actuellement incarcéré a la maison d’arrêt de Rouen. Je ne peux fournir que de bons renseignements sur ce marin. Je vous demande de bien vouloir intervenir auprès de la Kreiskommandantur en vue d’obtenir sa libération ».
Or, le 21 mars, le préfet Bourgeois était déjà intervenu, sitôt informé par une note reçue de la kommandantur du Havre, auprès du Feldkommandant, à Rouen, en précisant que « l’arrestation de Lebel ne peut qu’étonner ».
Le 27 mars 1942, sous le timbre : Feldkommandantur 517-V-1-/1321, le Dr Kuhr, Oberkriegsverwaltungsrat, au nom du Feldkommandant répond au Préfet de la Seine-Inferieure : «La mise en liberté de Lebel ne peut pas avoir lieu pour le moment». Cette lettre parvient à la Préfecture le 30-3-1942.
Le préfet régional Bouffet en informe le sous-préfet du Havre le 6 avril 1942. Entre temps, un complément d’enquête a été ouvert par les autorités havraises.
On, cherche très sincèrement, du coté des autorités françaises, à faire libérer l’otage qui, pourtant, dés ce moment, est déjà virtuellement un homme mort.
Le 31 mars 1942, le commissaire central du Havre transmet au sous-préfet le rapport qui lui a été demandé et dans lequel on relève : « Marin-pêcheur, Lebel Roland, né le  22 janvier 1920 au Havre, a été arrêté par la police allemande à la suite de l’attentat du 23 février 1942. Lebel, marié depuis 1941, est père d’une fillette de 5 mois. Précédemment domicilié 9, rue des Viviers, sinistré a cette adresse, sa famille habite maintenant 22, rue Saint-Julien au Havre. Il naviguait il y a quelques mois encore a la petite pêche mais travaillait depuis peu pour le compte de l’armée allemande. Il est arrêté le 24 février au matin alors qu’il attendait au Pont-de-la-Barre le camion qui devait le conduire a son travail sur le port. Les renseignements recueillis sur son compte sont bons sous tous les rapports. Il est a noter que son frère a été tué au cours de la campagne de France le 15 mai 1940. Une intervention en sa faveur pourrait être faite auprès des autorités occupantes avec un maximum de succès étant donné les bons renseignements recueillis sur le compte de l’intéressé ».
En juin 1942, Lebel, jusque là détenu au quartier allemand de Bonne Nouvelle, est brusquement transféré à Compiègne en dépit de toutes les démarches entreprises par les autorités françaises. Le préfet tente une seconde et ultime intervention près du Feldkommandant de Rouen, le 3 août 1942, car il se doute que les autorités allemandes sont sur le point de prendre une décision irréversible.
Le 19 août 1942, le commandant de la Police de Sûreté dans le ressort du Commandement militaire en France, services de Rouen, sous la référence H. Pol. 7323/42, répond au préfet : «En réponse a votre lettre citée, plus haut, nous vous informons qu’une mise en liberté de Roland Lebel, interné par l’autorité allemande, ne peut plus avoir lieu. Signé : X.SS-Obersturmfflhrer ». Copie de cette lettre sans appel est adressée par la préfecture de Rouen au sous-préfet du Havre, le 3 septembre 1942, lequel la transmet à l’Inscription Maritime pour information.
Le 1er octobre, l’Administrateur en chef de 2ème classe de l’Inscription Maritime Minet, nouveau Chef du Quartier du Havre, relancé sans doute par la famille, écrit au sous-préfet pour chercher a savoir les motifs pour lesquels la mise en liberté de l’intéressé. ne peut plus avoir lieu. Le sous-préfet transmet cette demande au préfet le 3 octobre. Sur la lettre figure la mention : « Doit-on répondre à M. le Sous-Préfet du Havre ? ». C’est probablement  le Chef de cabinet ou le secrétaire général qui se pose la question car il est sans illusions et préfère que son supérieur endosse la responsabilité. Une réponse prudente - peut-être celle du préfet lui-même - s’ajoute au crayon noir : «Lui dire par téléphone qu’on ne peut rien faire ». Il sera enfin ajouté au crayon bleu dans un coin de la feuille : « Fait le 12-10-42 ». 
Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. "Communistes au Havre"
Roland Lebel est transféré en juin 1942 de la prison Bonne Nouvelle au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Une deuxième intervention du Préfet de Seine-Inférieure a lieu le 3 août près d'un mois après son départ pour Auschwitz. Le Commandement militaire en France, services de Rouen, lui répond le 19 août 1942 (II. Pol. 7323/42) «une mise en liberté de Roland Lebel interné par l’autorité allemande ne peut avoir lieu pour le moment».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roland Lebel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45739 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Roland Lebel meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 700). Son acte de décès, établi le 7 février 1947, fixe sa date de décès en « décembre 1942 à Auschwitz ». Comme cent-quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates, il est vraisemblable qu’ils aient été tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 10 février 1994, qui porte toujours cette date de décès fictive. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil  d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Roland Lebel est déclaré «Mort pour la France» le 5 décembre 1947. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation du Havre «Le 29 avril 1990, l'urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument».


Sources

Claude paul Couture CRDP Rouen
  • Claude-Paul Couture, instituteur, correspondant du comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, auteur de «En Seine Maritime de 1939 à 1945» CRDP Rouen, 1986, article concernant Roland Lebel : «L’inexorable destin d’un otage» dossier du CRDP de Rouen (1992), pages 15 et suivantes. 
  • «Liste Boisard» des «Habitants du Havre morts dans les camps de concentration et dont il a été possible de retrouver les noms», établie en 1968 et fournie en 1973 par Louis Eudier à Roger Arnould, documentaliste à la FNDIRP. 
  • Renseignements fournis par Mme Sylvie Barot, conservateur des Archives du Havre(18 juin 1992).
  • Acte de décès de l’état civil du Havre.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1993.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb» Le Havre (relevé Thierry Prunier).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • "Communistes au Havre" Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983", par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l'Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en 2011 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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