L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE DRET Marcel



Marcel Le Dret est né le 22 mai 1897 au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). 
Il est le fils d'Anne, Marie Guillou, 22 ans et de Christophe Marie Le Dret son époux, tous deux domiciliés au 41 quai de Saône au Havre.
Conscrit de la classe 1917, et mobilisé fin 1915, il manque à l'appel du 28ème RI. Il est déclaré insoumis le 18 mars 1916 sous le n° 432. Comme pour tous les insoumis en temps de guerre, son nom est affiché dans toutes les communes du canton de son domicile. Les insoumis sont traduits devant le conseil de guerre et sont passibles d’une peine de prison de deux à cinq ans. Son registre matricule n° 4262 ne mentionne pas la durée de la condamnation qui lui a été appliquée.
Marcel Le Dret habite rue Alfred de Musset au Grand Quevilly (Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Il est métallurgiste aux Chantiers de Normandie.
Membre du Parti communiste, il est l'un des dirigeants du syndicat CGT des Métaux aux Chantiers de Normandie.
Marcel Le Dret est arrêté le 22 octobre 1941 à son domicile, comme «membre du Parti communiste». Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. 
Après son arrestation, madame Le Dret, avec Yvonne Jouvin et Emilienne Guillot (dont les maris seront également déportés à Auschwitz) a poursuivi  son action : elles ont initié des appels à réagir dans les queues de ravitaillement, et réussi à entrer dans un centre allemand de subsistances à Grand-Quevilly : les femmes et les enfants participant à cet « assaut » sont repartis avec des boules de pain, des saucissons, sous les yeux médusés des sentinelles allemandes, qui n'avaient su comment réagir face à ces mères de familles chargées d'enfants (note 1).
Menu de Noël de Marcel Le Dret à Compiègne
A Compiègne, Marcel Le Dret est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. Sur le "menu" de Noël 1941 conservé par la famille d’Albert Vallet, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt, Marcel Le Dret (garçon de table"), tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Le Dret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
L'entrée du Camp principal d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. 
Le numéro "45757 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Marcel Le Dret meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après l’acte de décès établi au camp pour l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 238). L’acte officiel de décès du ministère des Anciens Combattants établi le 24 septembre 1946 porte toujours la date fictive du 15 octobre 1942. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995.
Il est homologué "Déporté politique" le 25 mai 1953 (n°11760020). La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 9 avril 1994.
  • Note 1 : information de Mme Catherine Jouvin-Voranger, petite fille de Louis Jouvin (mel août 2014).
Sources
  • Etat civil en ligne du Havre.
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime (page 6).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
  • © Registre matricule militaire de Seine-Maritime.
Biographie rédigée en novembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: