L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELAUNAY Georges



Georges, Jules Delaunay est né le 31 août 1894 à Graville-Sainte-Honorine, commune rattachée au Havre en 1919 (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au 128 boulevard François 1er au Havre au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Alice, Camille, Célina Feret, 29 ans, sans profession et de Georges, Jules Delaunay, 33 ans, charpentier. Ses parents habitent au 257 rue de Normandie à Graville-Sainte-Honorine.
Le 17 août 1914, il est condamné par le tribunal du Havre à une peine de prison de 15 jours pour port d’armes prohibées. Assez grand pour l’époque (1 m 71, il a les cheveux châtain et les yeux bleus. Il a un niveau d’éducation primaire développé (niveau 3).
Georges Delaunay, conscrit de la classe 1914 est incorporé le 1er septembre. Lors de son incorporation, il indique la profession de commis de bureau.
Il arrive au 151ème Régiment d’Infanterie le 13 septembre 1914. Après l’instruction, il est envoyé en renfort sur le Front le 20 février 1915. Rentré au dépôt en juin, il est reparti au Front est blessé le 30 juin 1915 par un éclat d’obus lors une contre offensive allemande dans l’Argonne, à Bagatelle. Comme tous les soldats de son régiment, il va alterner les montées en ligne et les évacuations avec retour au dépôt. Evacué le 16 septembre 1916, parti en renfort le 5 janvier 1917. Il est hospitalisé pour un ulcère à la jambe droite... Rentré en renfort le 17 octobre, il est évacué, malade, le 21 octobre 1917. Il remonte au Front le 26 décembre 1917. En permission le 13 mai 1918, il est évacué à l’hôpital du Tremblay, d’où il sort le 24 juin pour être transféré à l’hôpital militaire de Rouen le 26.
Il est transféré au 129ème d’infanterie. Georges Delaunay est démobilisé le 12 septembre 1919.
Georges Delaunay épouse Marthe, Hélène, Christiane Osmont (1) le 14 septembre 1920 au Havre.
Georges Delaunay est condamné par le tribunal correctionnel du Havre à 15 francs d’amendes pour coups, le 25 février 1931 (sans autre précision).
Il est rappelé à l’activité par le décret de mobilisation générale du 1er septembre 1939. Il est mobilisé au 31ème Baba 7ème bataillon où il arrive le 2 septembre. Affecté au Dépôt d’infanterie 32, le 15 octobre 1939, il passe au dépôt de rattachement des compagnies de travailleurs militaires le 1er avril 1940, au dépôt 303 à Vernon.
Georges Delaunay est démobilisé le 20 septembre 1940 par le Centre de démobilisation du Havre. Il se retire au 128 boulevard François 1er au Havre.
Georges Delaunay travaillerait alors comme cuisinier (d’après sa déclaration lors de l’immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942).
Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. "Communistes au Havre"
Georges Delaunay est arrêté le 13 ou le 23 février 1942 au Havre (date de l'attentat de la Place de l'Arsenal au Havre). Lire dans le blog Le Havre, sabotages et attentats : avril 1941/février 1942
Georges Delaunay est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Delaunay est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. . Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45439 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner au camp principal (Auschwitz I) soit approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Georges Delaunay meurt à Auschwitz le 22 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218).
Il a été déclaré «Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 30 janvier 2008. Cet acte de décès porte toujours la date fictive du 30 novembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
  • Note 1 : Il est possible que son frère soit Lucien Osmont, né en 1904, résistant, membre du comité de libération du Havre, élu Conseiller municipal puis adjoint au maire de 1959 à 1965.
Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC) relevé en avril 1992)
  • © Site Legifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

  • "Communistes au Havre" Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l'Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
Biographie rédigée en novembre 2011, complétée en août 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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