L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BACHELET Charles, Victor, Cécile.



Charles Bachelet
Charles Bachelet est né le 23 septembre 1895 au Grand Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il habite au 15 rue Sadi Carnot au Grand Quevilly au moment de son arrestation.
Charles Bachelet est le fils de Louise Françoise Montlaur, 28 ans, tisseuse et de Léon, Alphose Bachelet, 28 ans, maçon, son époux.
Il est journalier en 1914 (1). Il sera après guerre Boiseur-cimentier, puis charpentier en bois en 1937.
Registre matricule militaire

Conscrit de la classe 1915, il est mobilisé le 19 décembre 1914 au 76ème Régiment d'Infanterie.  Il passera au 19ème RI. Il est plusieurs fois évacué pour maladie (1916, 1917, 1918) mis revient au front à chaque fois. Il est cité à l'ordre du régiment en janvier 1918, et le 30 novembre 1918. Il est décoré de la croix de guerre.
Charles Bachelet se marie au Petit-Quevilly le 26 juin 1924 avec Alphonsine, Hortense, Blanche Fleury, tisseuse. Le couple a deux enfants dont Irène qui naît en 1922. Ils habitent alors au 10 rue de la Nouvelle Eglise au Petit-Quevilly.
En 1927, la famille habite au 187 rue St Julien à Rouen. Ils déménagent et habitent le 14 mai 1928 au 15 rue Sadi Carnot au Grand-Quevilly.
Il est un membre actif du Parti communiste et de la CGT.
Rattaché classe 1911 (père de deux enfants), il est mobilisé le 1er septembre 1939 et affecté au Dépôt d'infanterie du 31ème RI.
Militant communiste connu des renseignements généraux, Charles Bachelet est arrêté le 22 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente-neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Charles Bachelet est interné à Compiègne le 28 octobre 1941. 
A Compiègne, il reçoit le numéro matricule 2038. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Bachelet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation, 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45188». En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé en comparant la photo d’immatriculation correspondant à ce numéro, avec sa photo d’avant-guerre. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Charles Bachelet meurt à Auschwitz le 6 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 38). Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. L’acte de décès du ministère des Anciens Combattants en date du 9 juillet 1946 indique la date «15 octobre 1942». Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu). Charles Bachelet a été homologué «Déporté politique» le 4 juin 1955 (n°11760465), carte délivrée à sa fille, Irène Launay née Bachelet.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 7 juin 1987.
  • Note 1Il est papetier selon Louis Jouvin ou cheminot selon Louis Eudier (toutefois son nom ne figure pas sur la plaque commémorative SNCF à Rouen). Il est néanmoins possible qu'il ait été charpentier aux ateliers SNCF en 1937.
Sources
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin, et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne» (matricules 283 à 3800), collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (BAVCC).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Rail et mémoire».
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Archives en ligne de Seine Maritime : état civil et registre matricule militaire
Biographie rédigée en novembre 2011 (complétée en août 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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