L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AMIEL Joseph, Marius




Matricule "45170" à Auschwitz

Marius Amiel est né le 11 janvier 1913 à Tuchan (Aude). Il est le fils de Marie, Augustine, Molli et de Joseph, Jean-Baptiste Amiel son époux. Ses parents sont cultivateurs.
Marius Amiel est employé comme chauffeur-livreur. Il habite au 5 rue de Brémont à Noisy-le-Sec, jusqu'en 1937.
Marie et Marius Amiel, 3 avril 1936
Il se marie le 3 avril 1936 à Enghien-les-Bains avec Marie, Antoinette, Madeleine Malosse (dite Antoinette), manutentionnaire. 
Puis il est embauché comme manœuvre  à la SNCF (Poste U gare d'Austerlitz). Le couple vient habiter à Paris le 14 mai 1937, au 58 rue de Clisson (13ème), dans le quartier de la Gare (près de la gare d’Austerlitz). Il y réside au moment de son arrestation. Une fille, Hélène, naît de leur union le 13 août 1939.
Pendant l’Occupation, il est receveur du syndicat de Paris Sud-Ouest de la Fédération Nationale des Chemins de Fer. Il distribue des tracts du Parti communiste clandestin. 
Les services de la Préfecture de police sont alertés par «La recrudescence de la propagande communiste clandestine ayant été constatée dans les milieux cheminots, notamment à la gare d’Austerlitz », des enquêtes et filatures minutieuses sont effectuées par des inspecteurs de la Brigade Spéciale des renseignements généraux (1). « Les inspecteurs sus nommés (« TH… » et « LE… »), ont acquis la certitude que le nommé Amiel s’occupait très activement de la diffusion de tracts communistes clandestins (…) ».
Marius Amiel est arrêté le mercredi 23 juillet 1941 à 10 h à son domicile par ces deux inspecteurs de la BS, qui perquisitionnent son logement et y trouvent 200 tracts, des listes de souscription et plusieurs carnets à souche à placer à des militants et sympathisants communistes. Lire dans le blog : La Brigade Spéciale des Renseignements généraux
Lors de son interrogatoire par le commissaire André Cougoule, chef de la BS, il reconnaît  les faits. Marius Amiel a pensé qu’il avait été dénoncé (c’est ce qu’il écrit dans la lettre reproduite ci-contre, adressée à sa tante depuis La Santé). En fait il a été filé par les inspecteurs de la BS des RG qui ont enquêté sur tous les militants communistes connus des services de police avant guerre.
Inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), Marius Amiel est conduit au Dépôt avec deux autres militants, Maurice Daudin et Albert Mariel. 
Lettre depuis la Santé, 7 août 1941
Marius Amiel est écroué à la prison de la Santé (11ème division, cellule 4).
Dans sa lettre de la prison de la Santé (7 août), Marius Amiel écrit qu’il a été jugé en flagrant délit le 25 juillet 1941 en même que deux autres du PO (l’ex Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) était une des six grandes compagnies privées de chemin de fer dont les réseaux ont été fusionnés en 1938 pour constituer la SNCF. Le dépôt des locomotives du PO était à Noisy-le-Sec). 
L’un de ces cheminots est Maurice Daudin, arrêté le même jour et condamné à 8 mois de prison : il sera déporté à Auschwitz dans le même convoi.
Marius Amiel est lui aussi condamné à 8 mois de prison pour propagande en faveur de la Troisième internationale. Dans cette même lettre, il craint d'avoir perdu sa place au Chemin de fer, et s'il ne s'en fait pas trop "après la guerre il y aura du travail pour tout le monde" c'est pour son père qu'il s'inquiète et il demande à ses proches de ne pas dire à ses parents qu'il est en prison et a perdu sa place "ils en feraient une drôle de vie, surtout avec avec la santé qu'il a".
Le règlement de Poissy
Le 16 août 1941, il est transféré à la "Maison centrale" de Poissy (affecté à la papeterie 12, n° d’écrou 1861).
Poissy, le 7 septembre 1941
Le 7 septembre il écrit à sa soeur jumelle (Marcelle) et à son frère (Raymond), qu’il espère voir sa femme Antoinette et sa fille Hélène le lendemain (elles sont alors hébergées à Enghien) Documents ci-contre et ci-dessous.
Centrale de Poissy,  le 8 septembre 1941
Le 8 septembre 1941, il écrit à Georges Calvet (le mari de sa soeur Marcelle) et le 7 décembre à Marcelle.
Marius Amiel est ensuite écroué à Fresnes. Sa date de libération est prévue au 17 mars 1942, ainsi qu’il l’écrit à son frère et à sa soeur le 7 septembre 1941).
A la date d’expiration de sa peine, sur décision du préfet de Paris et après un temps passé au Dépôt de la Préfecture de Paris, il est interné administrativement au camp de «séjour surveillé» de Voves (Eure et Loir) ouvert le 5 janvier 1942, où il arrive le 16 avril 1942 avec 60 autres prisonniers du Dépôt. Le 10 mai 1942, il est transféré avec 80 autres internés sur réquisition du MBF au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). A Compiègne il reçoit le n° matricule 5713 et est affecté au bâtiment C5, chambre 11.
Carte lettre de Compiègne du 15 juin 1942
Le 15 juin 1942, il écrit à sa mère et à son frère qu’il est en "bonne santé". 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Amiel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marius Amiel le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45170" : la photo d’immatriculation portant ce numéro figure en couverture de mon dernier ouvrage sur le convoi des «45.000». 
Couverture de "Triangles Rouges"
Sa fille l’a reconnu et ainsi confirmé le numéro «probable» que je lui avais attribué dans ma tentative de reconstitution de la liste de départ du convoi. Ce numéro figurait avec un point d’interrogation dans les listes publiées dans mes deux premiers ouvrages.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date du décès de Marius Amiel à Auschwitz. Le 3 juillet 1946, le ministère des Anciens Combattants a fixé fictivement celle-ci au 31 décembre 1942 sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation rescapés Georges Hanse et Etienne Pessot. 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 28 mai 1987.
Marius Amiel a été homologué comme «Déporté politique».
Homologation "Mort pour la France"
Attestation du réseau Résistance Fer
Sur attestation du réseau «Résistance-Fer», il est homologué le 3 décembre 1950 comme sous-lieutenant au titre des Forces Françaises Combattantes, pour services accomplis en tant qu’agent P2, en qualité de chargé de mission de 3ème classe.
Son nom est inscrit sur la plaque de la Bourse du travail, rue du Château d'Eau : «A la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France - Lorsqu'on ne tuera plus ils seront bien vengés et ce sera justice » Paul Eluard.
Une commémoration en son honneur a eu lieu lors des journées de la Déportation à Tuchan (photo et mel de Charly Villedieu, 26 avril 2015).
Tuchan avril 2015

Sources
  • © Documents et photos communiqués par sa fille Hélène Vernet (novembre 2011).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Liste des 81 internés du camp de Voves transférés à Compiègne. Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Fichier national de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie complétée en 2012 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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