L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RECHER, Albert Marie Eugène


Albert Récher est né le 5 novembre 1893 à Elbeuf (Seine-Inférieure/Seine-Maritime). 
Il habite au 14 rue de la Rigole à Elbeuf au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Augustine, Georgette Jouffray, 19 ans, rentreuse de lames (1) et de Cyrille Récher, 23 ans, dégorgeur en tissus de laine, son époux. Ses parents travailleur dans une des quarante fabriques textiles de Caudebec et habitent 15 impasse Leroy à Caudebec.
Conscrit de la classe 1913, matricule 811, Albert Récher est incorporé le 27 novembre 1913. Mobilisé au groupe cycliste de la 1ère division de Compagnie, il passe au 26ème bataillon de chasseurs à pieds sur décision du général gouverneur militaire de Paris le 25 mars 1915. A la date du 25 mars 1915, il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme pour « emphysème pulmonaire, insuffisance et rétrécissement mitral ». Comme une des commissions de réforme proposera ultérieurement une pension, on peut penser qu’il a été victime d’un gaz de combat utilisé au début de la guerre (comme à Ypres en avril 1915). S’ensuivront une série de passages en commission de réforme, de réaffectations dans des services auxiliaires (janvier 1916, au 2ème groupement d’Aviation). Il est réformé temporaire (15 mai, 20 novembre 1916).
Le 24 février 1917, Albert Récher épouse à Elbeuf Marguerite, Mathilde Lambert. 
Le couple aura quatre enfants. Ils habitent 49 rue des trois cornets à Elbeuf.
Le 5 octobre 1917, il est classé service auxiliaire apte à servir aux armées par la commission de réforme de Rouen, et rappelé le 21 novembre 1917. 
Il « passe » au 103ème Régiment d’artillerie lourde. Il est déclaré inapte définitif par la commission de réforme d’Evreux du 26 décembre 1917. Mais il est à nouveau en « sursis d’appel » de septembre au 15 novembre 1918 et rentre au corps le 26 novembre. Il est proposé pour une pension d’invalidité temporaire par la commission de réforme du Grand-Quevilly le 18 mars 1919. Il est démobilisé le 27 juin 1919, avec un certificat de « bonne conduite ».
Il travaille vraisemblablement alors aux chemins de fer à Oissel comme homme d’équipe (classement dans la réserve au titre d’Affecté spécial aux chemins de fer de campagne).
En octobre 1937, le couple Récher et leurs enfants habitent au 14 rue de la Rigole à Elbeuf .
les anciens Etablissements kuhlmann avnt destruction (1994)
A la veille de la guerre, Albert Récher est classé « affecté spécial » au titre des « usines à démarrage rapide » (2) aux établissements Kulhmann à Oissel (usine de produits chimiques).
Dès la déclaration de guerre, Albert Récher est rayé du renforcement (son « affectation spéciale ») le 9 octobre 1939, comme la plupart des militants communistes et / ou syndicalistes affectés spéciaux considérés par le général commandant la 3ème Région militaire comme « dangereux pour la  sûreté de l’Etat ».  Il est réaffecté d’office au Dépôt d’artillerie 303. Mais il est rattaché à la « dernière classe de la réserve » en tant que père de quatre enfants, puis réformé définitivement le 1er décembre 1939 par la commission de réforme d’Evreux pour « sclérose des sommets avec laryngite ».
Connu des services de police pour distribution de tracts communistes, Albert Récher est arrêté le 21 janvier 1942 à Elbeuf. 
Son arrestation est probablement ordonnée à la suite de la mort d’un caporal de la Wehrmacht, tué par balles le 21 janvier 1942 à Elbeuf. 9 otages sont exécutés. D’autres sont arrêtés.
Albert Récher est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) vers le 16 février 1942. Il y reçoit le numéro matricule 3614.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Récher est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz 1946
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est à l'heure actuelle inconnu. Toutefois, son arrière petite-fille vient de récupérer des photos de famille et procède à son identification.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner au camp principal (Auschwitz I) soit approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Albert Récher meurt à Auschwitz le 11 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 989).
Un arrêté ministériel du 31 janvier 1997 paru au Journal Officiel du 8 mars 19957 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé fin avril 1942 en Allemagne ». D’une part il s’agit sans doute d’une erreur de transcription (avril 1942 au lieu d’avril 1943). D’autre part il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» (Sterbebücher von Auschwitz )et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Albert Récher a été homologué «Déporté Politique». Sa veuve habitait au 19 rue Henri à Elbeuf quelques années après la Libération.
  • Note 1 : La rentreuse - noueuse assure les opérations de rentrage et de nouage qui font partie de la préparation au tissage.
  • Note 2 : Usines aptes à entreprendre rapidement la production - dès le début d’un conflit - de produits primordiaux pour la Défense nationale. Une note manuscrite classée « secret » en explique la teneur (C.f. © site de Louis Renault).
Sources
  • Courrier de Paul Le Goupil. Instituteur, Résistant, arrêté le 13 avril 1943, déporté à Auschwitz, puis à Buchenwald, il a notamment effectué des recherches sur les actes de décès des déportés de Seine-Inférieure (16/09/2002).
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne» (matricules 283 à 3800) collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  •  © Archives en ligne de Seine Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Etablissements Kuhlmann  ©  Archives du ministère de la culture.
  • Courriel de son arrière petite-fille, Nadège Louer (février 2017) concernant l'identification du matricule.
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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