L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


METTAY Jules, Eugène



Matricule "45873" à Auschwitz
Jules Mettay est né le 28 décembre 1897 au Petit Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Jules Mettay habite au 43 rue Saint Jacques à Dieppe au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Augustine, Alphonsine, Amelina Toutain, 36 ans, et d’Edouard Mettay, 37 ans, son mari. Son père est «garçon de magasin». Jules Mettay a cinq frères et sœurs. La famille habite au 15 boulevard Saint-Julien au Petit Quevilly.
Il commence à travailler comme tapissier. Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé pendant la guerre par anticipation, comme tous les conscrits de sa classe. Il est incorporé au 24ème Régiment d’Infanterie le 10 janvier 1916. Son registre matricule militaire indique qu’il est hospitalisé du 13 juillet au 5 septembre 1916. Il rejoint le régiment le 10 octobre et se retrouve « aux armées » le 20 du dit mois.
Il reçoit la Croix de guerre le 15 octobre 1918 (Ordre du jour n° 32 de la Division) : « S’est jeté sur l’adversaire à la tête d’un groupe de grenadiers qu’il entraînait par son exemple. A livré un combat acharné qui a contribué largement à nous rendre maîtres d’une position que l’ennemi avait l’ordre de tenir à tout prix ». Ordre du jour n° 334 du Régiment. « Soldat d’une grande bravoure, se trouvant en tête d’une patrouille, a malgré le tir de l’ennemi, continué à couper les fils de fer qui devaient livrer passage à sa patouille ».
Le 28 février 1918, il rejoint l’Armée d’Orient et se trouve affecté au 5ème Régiment d’Infanterie coloniale le 6 mars 1918. Il passe au 6ème bataillon colonial du Maroc le 29 juillet. Le 29 septembre 1919, il est « renvoyé en congé illimité », avec le « certificat de bonne conduite ».
Il trouve du travail à Lyon, où il habite en avril 1923 au 6 place Rouville.
Revenu en Seine-Inférieure, Jules Mettay se marie au Petit-Quevilly le 21 janvier 1929 avec Armandine, Louise, Julia, Wairy (1891-1973). Le couple aura 6 enfants (Madeleine, Jacques, Julien, René, Jeanine, Edouard (c.f. arbres généalogiques familiaux). Ils habitent alors au 47 rue Saint-Jacques à Dieppe.
Usines Robbe à Dieppe
Jules Mettay travaille comme ouvrier dans une usine de produits chimiques (production d’huiles) de Dieppe, aux Etablissements Robbe et frères.
Membre du Parti communiste, Jules Mettay est également militant cégétiste. Il devient le secrétaire du syndicat CGT des Produits chimiques de Dieppe. 
Il est rappelé aux armées par le décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939. Il est maintenu dans son emploi comme Affecté spécial à durée illimitée (14 octobre 1939). Mais il est rayé de l’Affectation spéciale le 4 novembre 1939 / référence faite au décret ministériel du 22 septembre 1939 (1) / et réaffecté au dépôt d’Infanterie n° 32 à Rouen. Le 9 novembre 1939, le tribunal militaire de la 3ème région « a déclaré Mettay, affecté spécial aux usines Robbe à Dieppe coupable d’infraction au décret du 26 décembre 1936 (2). Circonstances atténuantes admises, l’a condamné à 9 mois d’emprisonnement avec sursis ». Rappelé à l’activité le 11 novembre au 31ème régiment d’Infanterie, il y arrive le même jour. Faisant valoir ses droits, il est alors rattaché à la dernière classe de la deuxième réserve (père de quatre enfants, article 58 de la loi de recrutement) le 16 novembre 1939 et le 19 novembre il est renvoyé « provisoirement » dans ses foyers, sans affectation.
Il est alors domicilié avec sa famille au 43 rue Saint-Jacques à Dieppe.
Selon le Maitron, «Militant communiste, pendant l’Occupation, il appartint au réseau «Libération-Nord». La création de ce mouvement étant officiellement annoncée par le numéro de Libération du 30 novembre 1941, on peut s’interroger sur la réalité de de cette appartenance, Libération Nord ayant par ailleurs la vocation de rassembler des syndicalistes de la CGT et de la CFTC non communistes et de la SFIO clandestine.
Jules Mettay est arrêté une première fois le 17 juillet 1941 et passe en jugement au Palais de justice de Rouen.
Il est arrêté une deuxième fois le 21 octobre 1921, comme otage communiste, par les polices française et allemande. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. «Ainsi, à Dieppe, la liste était de 48 personnes : 33 anciens militants du parti communiste, trois militants socialistes, huit sympathisants communistes, presque tous dockers. Cette fois-ci il n’y eut pas de libération. Trois connurent le peloton d’exécution, neuf moururent en déportation et presque tous les autres furent déportés. Parmi eux (…) Charles Delaby, Jules Mettay et Robert Lefranc, moururent en déportation» (Gilles Pichavant « les années nuit et courage » in Le Fil rouge).
Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jules Mettay est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Jules Mettay est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45873 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.. Il se déclare tapissier.
Jules Mettay entre à l’infirmerie d’Auschwitz le 28 août 1942 et il meurt à cette même date du 28 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 802). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (Journal Officiel n°191 du 18 août 1995). Son nom est inscrit sur le monument aux déportés et fusillés de Dieppe.
  • Note 1 : Reconstitution de ligue dissoute à la suite de la dissolution du Parti communiste, et propagande notoire des doctrines de la IIIème internationale
  • Note 2 : Décret portant sur l’organisation de l’administration centrale.
Sources
  • Souvenirs de son fils, René.
  • Listes de déportés de Seine Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine-Maritime.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche de l'interrogatoire à Auschwitz, consultée en avril 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 36, p.297.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch. 3/T3)
  • Etat civil du Petit Quevilly.
  • © Archives en ligne de Seine-Maritime. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • © Généanet : arbres de Marilyn Mettay, Pascal Mettay et Daniel Heuze.
  • © Quiquengrogne Dieppe (photo Ets Robbe).
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
Biographie rédigée en octobre 2011 et modifiés en août 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: