L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEMAIRE Gabriel, Albert




45778

Gabriel, Albert Lemaire est marié, il est serrurier au dépôt SNCF de Sotteville-lès-Rouen (matricule SNCF 42952).

Gabriel Lemaire est né le 29 août 1902 à Amfreville-la-Mi-voie (aujourd’hui la Mivoie) où il habite au 11 rue du Passage, au moment de son arrestation.
Il est adhérent de la CGT. Membre du parti communiste de 1936 à 1940, il est secrétaire de la cellule du Parti communiste d'Amfreville. Il est conseiller municipal d'Amfreville jusqu'à sa destitution en janvier 1940.
Le S.D, service de Renseignement allemand, indique : "Il a été placé six semaines, pendant la guerre actuelle, dans un régiment disciplinaire, car il est connu comme communiste actif". Le renseignement provient de la police française.
Gabriel Lemaire est arrêté le 22 octobre 1941. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés les 21 et 22 octobre. Ecroués à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Gabriel Lemaire est transféré à Compiègne le 25 octobre 1941 et y reçoit le matricule 1915.
Le 29 octobre 1941, la Feldkommandantur 517 envoie au commandement militaire de la région A (Saint Germain-en-Laye) une liste de 26 otages (pouvant être fusillés), spécifiant qu’il convient de séparer communistes et gaullistes. Le nom de Gabriel Lemaire y figure (CDJC XLIII-66, document ci-dessus). Onze d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Document CDJC

Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes (dont Gabriel Lemaire) : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941».
Lettre à St Germain
Les 5 et 7 mai 1942, deux courriers émanant du commandant en chef - département Justice Vju 238.42g sont adressés au commandant de la région militaire à Saint Germain sous l’intitulé «Sélection des individus pour des sanctions» (CDJC, document ci-contre). «Deux hommes actuellement internés au camp de Compiègne (Gabriel Lemaire et Gustave Petit) ont été désignés par le chef du district A pour être fusillés à titre de représailles. Il n’apparaît pas évident que les antécédents révélés par leurs fiches individuelles conviennent à cette désignation (détail de ces antécédents). Au cas où des éléments supplémentaires existeraient, il conviendrait de les y ajouter. Sinon il faudrait les rayer de cette liste d’otages et les libérer de leur arrêt de police» (1). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Lemaire est cependant déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Gabriel Lemaire est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «45778». Il est inscrit parmi les détenus entrés à l'infirmerie de Birkenau le 5 novembre 1942.
Gabriel Lemaire meurt à Auschwitz le 22 janvier 1943, d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 708).
Une rue d'Amfreville-la-Mivoie porte son nom. On peut lire sur la plaque : "Militant communiste, conseiller municipal, destitué en janvier 1940, arrêté le 22 octobre 1941". Wildau (ex RDA) près de Berlin, ville allemande jumelée d'Amfreville, a donné son nom à une place : Albert-Lemaire-Platz Wildau.
  • Note 1 : Les premières mesures allemandes de terreur sont appliquées bien différemment selon que leur mise en place dépend des militaires de la Wehrmacht (ici le département administratif de la justice militaire) peu soucieux d’appliquer à l’Ouest la méthode «polonaise» ou de la Gestapo. Lire dans «Triangles rouges» pages 33 à 42.
Sources
  • Liste d’otage du 29 octobre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XLII-66.
  • Liste d’otages du 8 décembre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XL III - 56.
  • Lettres des 5 et 7 mai 1942 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XLVa - 32.
  • Traductions de Mme Lucienne Netter, professeur au lycée Jules Ferry, Paris.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993, Caen.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" du 1.11.1942 au 15.07.1943 (archives du ‘BAVCC, Caen)
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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