L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUCROCQ, Adélard, Albert




Matricule "46232" à Auschwitz

Adélard Ducrocq est né le 24 février 1889 à Gamaches (Somme). Il habite 6 rue d’Egypte à Eu-la-Chaussée (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Adélard Ducrocq est le fils de Rosalie, Blandine De Ruelle, ménagère, âgée de 28 ans et de Pierre, Siméon Ducrocq, pâtre communal, âgé de 36 ans, son époux. Il a plusieurs sœurs et frères, dont Albert, Siméon de la classe 1913.
Conscrit de la classe 1909, Adélard Ducrocq, est classé dans la première partie de la liste de 1910 en tant que « soutien de famille » par le conseil de révision. Il est est incorporé au 39ème régiment d’infanterie comme soldat de 2ème classe le 5 octobre 1910. Son registre matricule militaire (orthographé Ducroq) indique qu’il habite Incheville (Seine Inférieure), où il travaille comme journalier. Il mesure 1m 72 a les cheveux et sourcils châtains, les yeux marrons, le front ordinaire et le visage ovale. Il a des taches de rousseur comme signes particuliers. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Le 25 septembre 1912, il est « envoyé dans la disponibilité de l’armée active », « certificat de bonne conduite accordé ».
Il est embauché à la Compagnie des chemins de fer du Nord le 1er octobre 1912. Affecté au dépôt de Valenciennes, il habite au 133 rue de Lille dans cette ville, le 29 octobre 1912. A ce titre, il va être classé « affecté spécial » dans la réserve de l’armée active, au titre de la 5ème section des chemins de fer de campagne comme employé permanent des chemins de fer du Nord le 1er février 1914.
A la déclaration de guerre, il est considéré comme « appelé sous les drapeaux, maintenu dans son emploi du temps de paix ». Si son registre matricule indique que cette affectation spéciale compte du 2 août 1914 au 31 juillet 1919, il a très certainement été appelé au front, comme ce fut le cas pour plusieurs autres de ses camarades. En effet Adélard Ducrocq est revenu «asthmatique comme c’est pas permis, à cause des gaz de combat» écrit Roger Arnould qui l’a bien connu (ils militent ensemble pendant deux ans, au temps du Front populaire). Il adhère à l'Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC).
Adélard Ducrocq se marie à Eu-La-Chaussée le 23 décembre 1920 avec Pauline, Gabrielle Phillipon. Le couple a un enfant.
Il travaille comme « facteur enregistrant » à la gare de cette ville au moment de son arrestation.
Militant communiste (il a été salarié du Parti communiste), il est secrétaire de l'Union locale CGT de Eu et trésorier de l’Union locale des syndicats confédérés C.G.T. de Eu, Le Tréport, Mers et la vallée de la Bresle. 
Il est membre de la Commission exécutive de l'Union départementale (1938-39). Roger Arnould l’a bien connu : ils militent ensemble pendant deux ans, au temps du Front populaire. «C’était un exemple à suivre, un vieux routier». Au moment de la grève du 30 novembre 1938, ils sont séparés : Roger Arnould est alors muté à Dunkerque.
Le 1er mars 1940, les documents de trésorerie de Eu, Le Tréport, Mers et la vallée de la Bresle sont saisis et placés sous scellés par la police (son nom est mentionné avec ces archives «séquestrées»).
Adélard Ducrocq est arrêté le 17 juillet 1941, à la gare d'Eu, pendant son service. Il est "soupçonné de propos communistes" (fiche au DAVCC) et transféré à Compiègne à la demande des autorités allemandes. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), vraisemblablement le 18 ou le 19 juillet 1941. Il y reçoit le numéro matricule 1404.
Le 29 octobre 1941, la Feldkommandantur 517 de Rouen envoie au commandement militaire de la région A (St Germain-en-Laye) une liste de 26 otages pouvant être fusillés, spécifiant qu’il convient de séparer communistes et gaullistes. Le nom d’Adélard Ducrocq y figure. Onze d’entre eux seront déportés à Auschwitz (document ci-dessus - Liste XLII-66).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Pendant le voyage vers Auschwitz, il se trouve dans le même wagon que René Maquenhen. Lorsque celui-ci envisage de s’évader par la lucarne du wagon, il lui présente les risques qu’il encourt, et le danger qu’il fait courir à ses camarades. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le camp de Birkenau
Adélard Ducrocq est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46232», selon la «liste officielle N°3 des ACVG». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Adélard Ducrocq meurt à Birkenau le 10 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 243).
Il a été déclaré «Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué
Son nom est inscrit, avec celui d’un autre cheminot «45.000», Lucien LEDUCQ, sur la plaque commémorative dédiée «à la mémoire des agents de la SNCF tués par faits de guerre 1939 1945», apposée sur un quai de la gare de Mers-les-Bains (Somme).

Sources
  • © Archives en ligne de la Somme. Etat civil de Gamaches.
  • © Registres matricules militaires de Seine-Maritime.
  • © Institut d’Histoire sociale de la CGT : «Archives séquestrées» : 1 PA 13. Relevé des scellés des documents du trésorier, Adélard Ducrocq, saisis par la police le 1er mars 1940.
  • Témoignage de Roger Arnould, résistant, déporté à Buchenwald, documentaliste à la FNDIRP, à l’initiative des premières recherches sur le convoi du 6 juillet 1942.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Liste d’otages du 29 octobre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XLII-66.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 26, p. 109
Biographie rédigée en octobre 2011, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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