L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELESTRE Jacques, Pierre



Jacques Delestre est né le 27 novembre 1909, officiellement à Fulham (Londres, Royaume-Uni), mais selon les souvenirs de sa famille, il serait né sur un bateau entre la France et l'Angleterre (pays où travaillent ses parents). Il est le fils de Marie Delestre, femme de chambre et de Pierre Bertolino, cuisinier de nationalité italienne (il est naturalisé en 1940), qui devient son époux en 1909 à Fulham. Jacques Delestre a une sœur, Jeanne Poirson, et trois frères : Jean, l'aîné, Albert (Pierre) et Daniel, le cadet.


Les JC de Dieppe. Défilé 1936.
Il est possible que ce soit Jacques Delestre qui porte le drapeau
En 1930, Jacques Delestre est docker. Il est responsable de la Jeunesse communiste à Dieppe. Membre de la direction de la section du Parti communiste de Dieppe, il milite au syndicat CGTU des dockers de Dieppe avec Charles Pieters (1). Il est memebre de la direction du syndicat.
Jacques Delestre habite rue Saint Rémy à Dieppe (Seine-Inférieure / Seine Maritime) au moment de son arrestation. Il est marié, et le couple aura un garçon, Jacky.
En 1936, Jacques Delestre s'engage dans les Brigades internationales pour défendre la République espagnole. Il revient en France, probablement qu’en 1938 d’après sa nièce.
Jacques Delestre, Charles Pieters et trois autres militants distribuent à Dieppe l'appel à la résistance de Maurice Thorez et Jacques Duclos (daté du 10 juillet 1940). Pendant l'Occupation il est un militant actif dans la clandestinité.

Militant communiste connu de la police, Jacques Delestre est arrêté en juin ou juillet 1941, peut-être dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille syndicalistes et communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.   
Après avoir été écroué dans les cachots du Palais de justice de Rouen, Jacques Delestre arrive à Compiègne dans la deuxième quinzaine de juillet et y reçoit le numéro matricule 1440 (son camarade Robert Arpajou (2), secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Dieppe, arrêté le 26 juin à Dieppe reçoit à Compiègne le numéro 1439).
En mai 1942, Jacques Delestre retrouve à Compiègne un de ses frères, Pierre (Albert) Bertolino (voir sa biographie dans le blog), qui sera comme lui déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jacques Delestre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro «45444» figurant dans mes trois ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jacques Delestre meurt à Auschwitz le 1er septembre 1942, d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218).
Une rue de Dieppe porte son nom gravé également sur le monument aux morts (déportés et fusillés) dans le square Carnot à Dieppe.
Les trois frères Bertolino sont morts en déportation à Auschwitz et Gusen
(de gauche à droite
 Jacques, Jean, Pierre)
Un autre de ses frères, Jean-Marie BERTOLINO (pseudonyme sous l’Occupation : Jean Bellon) (lien avec le Maitron en ligne), secrétaire de l’union locale de Toulon, puis de l’UD CGT en avril 1939, il est arrêté en novembre 1940. Il s’évade du camp de St-Sulpice-la-Pointe en 1943. Il constitue le maquis FTP Faïta de Haute Provence. Arrêté le 26 novembre 1944, il est déporté à Mauthausen-Gusen et y meurt le 19 avril 1945.
    Charles Pieters
  • Note 1 : Charles Pieters est décédé le 20 janvier 2011. Ancien maçon, puis docker, ancien boxeur, résistant. Né à Dieppe en 1914, syndicaliste dès son entrée dans la vie active, membre de la jeunesse communiste dès 1932, puis du Parti communiste. Il est profondément marqué par la disparition de son frère pendant la Guerre d’Espagne et rejoint la Résistance dès juillet 1940. Arrêté le 30 novembre 1940, il s’évade de la prison Bonne nouvelle de Rouen en septembre 1941. Arrêté à trois autres reprises, il s’évade trois autres fois, et notamment le 7 mars 1942 du camp de Compiègne (avant celle du tunnel, c’est une des seules évasions, rapportée par Georges Cogniot, André Tollet et lui-même) et se réfugie chez la mère de Jacques Delestre. Déporté à Buchenwald en 1944, il participe à l’insurrection du camp. A la libération il est président de la FNDIRP de Dieppe. De 1971 à 1983, il est élu municipal au sein de l’équipe d’Irénée Bourgois dont il sera le premier adjoint. Pour cette implication dans la vie locale et ses faits de résistance, Charles Pieters avait reçu l’insigne de Commandeur de la Légion d’honneur le 1er septembre 2009.
    Robert Arpajou
    Note 2 : Robert Arpajou, né le 29 juin 1886 à Maureillas (66). Secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Dieppe. Il est arrêté le 26 juin à Dieppe. Il reçoit au camp de Compiègne le numéro 1439. Il est déporté à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943. Il y meurt le 6 avril de la même année.
Sources
  • Souvenirs de son fils, Jacques.
  • Lettres de Charles Pieters à Roger Arnould (juillet, août 1979).
  • Charles Pieters, Témoignages contre l’oubli, Le Temps des Cerises, août 1995.
  • Courriers et documents photographiques de Mme Danièle Laresse, sa nièce (1989) pour la constitution de la biographie de son père, Albert Bertolino.
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine-Maritime.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site Internet « Rail et mémoire ».
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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