L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELABY Charles




Charles Delaby est né le 8 avril 1906 au Tréport (Seine-Inférieure / Seine-Maritime), il est domicilié à Dieppe (76). 
Marié, il est le père d’une fille d’un an au moment de son arrestation.
Charles Delaby est patron de chalutier. 


Les inscrits maritimes CGT Le Havre, juin 1936
Il est «inscrit maritime»(1). Membre du Parti communiste, il est secrétaire du syndicat CGT des Marins de Dieppe de 1936 à 1939 et membre de la Commission exécutive de l'Union départementale CGT de Seine-Inférieure entre 1938 et 1939.

Les 12 et 13 novembre 1938, la publication des décrets-lois du gouvernement Daladier remettent en cause des acquis essentiels de 1936. Le congrès de la CGT à Nantes décide d'une riposte d'envergure pour le 30 novembre. Le gouvernement réquisitionne les cheminots et les services publics, et organise méthodiquement l'échec de la journée de grève. A Dieppe : "Au matin du 30 novembre, le dispositif policier est impressionnant : Tout ce que le sous-préfet Moussinet a pu mobiliser comme forces de l'ordre a pris position à l'entrée des usines dès 4 heures du matin. Mais le port est paralysé par la grève massive des dockers. Cependant, malgré les consignes de calme et de refus de tomber dans la provocation, données par la direction de l'Union Locale aux militants, la présence de forces de police à proximité des rassemblements de grévistes conduit à des frictions difficilement évitables. Le port et sa proximité sont bientôt le lieu d'échauffourées brèves et parfois violentes (…). Plus loin, un autre groupe de dockers a interrompu le déchargement d'un chalutier boulonnais. Quelques caisses de poisson sont renversées. Il faut l'intervention du secrétaire du syndicat des marins, Charles Delaby, pour obtenir le retour au calme. Mais là encore les policiers dressent procès-verbal". Dans la matinée du 1er décembre, la police arrête Marcel Dufriche, Charles Delaby et Robert Ducroquet (…) : sept arrestations pour Dieppe. Le 8 décembre, a lieu le premier procès en correctionnelle : Marcel Dufriche et Charles Delaby sont condamnés à 3 mois ferme. Après un premier appel leur peine est confirmée. Un nouveau procès a lieu le 16 février 1939. Aux six condamnés étaient venus s'ajouter dix dockers de Dieppe également poursuivis. Le tribunal condamne de nouveau Dufriche à 1 mois, Ducroquet et Delaby à 2 mois (in Le fil rouge 76).
Pour Charles Pieters, alors responsable du syndicat CGT des dockers, leur défense est assurée par maître Brandon du barreau de Paris et maître Biez avoué de Dieppe. Charles Delaby est condamné à trois mois de prison ferme et 50 francs d'amende pour entrave à la liberté du travail.
Militant dans la clandestinité, Charles Delaby est arrêté le 16 septembre 1941. Après avoir été écroué dans les cachots du Palais de justice de Rouen, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 


Carnet de Guy Lecrux.  Comité des loisirs, réunion du 29 avril 1942 où figure le nom de Delaby
A Compiègne il est affecté au bâtiment A2, chambre 11. Il reçoit le numéro 2248. 
Plusieurs rescapés, dont René Maquehen se souviennent qu'il donnait des conférences sur la pêche pendant leur internement à Compiègne. 
Charles Delaby participe aux activités officielles du comité des loisirs (Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne).
Guy Lecrux, qui tient le procès verbal de la réunion du comité des loisirs du bâtiment A2 qui a lieu le 29 avril 1942, le mentionne comme un des participants du programme artistique de la fête prévue pour le 6 avril suivant, programme placé sous la responsabilité des « camarades Gaillard et Baillon. 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Delaby est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45435 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
On ignore la date exacte de son décès à Auschwitz.
Une place de Dieppe porte son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts (déportés et fusillés) square Carnot à Dieppe.
  • Note 1 : L’inscrit maritime est un marin enregistré auprès des Affaires maritimes et qui cotise à l'ENIM pour sa retraite. Avant la suppression du service national l'inscrit maritime était appelé dans la marine nationale et faisait partie de la réserve de l'armée de mer.
Sources
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • Listes reconstituées du registre de Compiègne par Mme Hieblot, BAVCC et Claudine Cardon-Hamet (N° 219 à 3865).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 24, page 228.
  • Témoignage de René Maquenhen.
  • Mairie de Bagnolet, où résidait sa femme à la Libération, au 64 avenue Raspail.
  • Travaux d'Eugène Kerbaul.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site internet «Le Fil rouge», Institut CGT d’Histoire sociale de Seine Maritime.
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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