L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAUMOND Maurice François André




45361


Maurice Chaumond à la SNCAM
Maurice Chaumond est né le 18 juin 1916 au Houlme (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Il est officiellement domicilié chez son père, rue Henry Bailleul à Caudebec-en-Caux au moment de son arrestation, mais travaille à Paris dans une usine d'aviation.
Il est le fils de Constance, Louise Froissard et de François, Louis Chaumond son époux.
Maurice Chaumond a un frère aîné, André, et une sœur aînée, Marthe Chaumond (épouse Godalier). A la mort de leur mère, en 1920, c’est Marthe âgée d’une vingtaine d’années qui s’occupe de lui,  avec leur père François Chaumond.
Célibataire, il est d'abord employé chez l’épicier voisin à «l’épicerie fine Deboos». Il part ensuite travailler dans la région parisienne à l'usine métallurgique SNCAM (Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Midi), mais il revient chez son père chaque samedi. Son frère André, de 18 ans son aîné, est chef de gare à Nantes.
Maurice Chaumond est « placé dans la 5ème partie de la liste » à l'issue du conseil de révision de 1937, c'est-à-dire qu’il est réformé temporaire, « ajourné faiblesse ». Il  passe devant la commission de réforme en 1938 qui l'ajourne à nouveau. En 1939 il repasse devant la commission de réforme et est cette fois-ci reconnu apte, « placé dans la 1ère partie de la liste ».

A la déclaration de guerre, il est « appelé à l’activité le 28 novembre 1939 ». Travaillant à Paris, il ne rejoint pas immédiatement le centre de mobilisateur. Il se présente au dépôt de Seine Inférieure 32, le 16 janvier 1940, et au centre de recrutement de Rouen le 31 janvier 1940. Il rejoint son bataillon (le 122ème bataillon de l’Air basé à Chartres) le 2 février 1940. Maurice Chaumond est démobilisé fin août 1940. 
PV d'enquête de la Sureté générale
Pendant l'Occupation il est surveillé par la Sureté générale de Rouen : sur instructions du Commissaire divisionnaire de Police Spéciale concernant l’activité du mouvement communiste dans les communes de Villequier, Caudebec-en-Caux, Saint-Wandrille, Le Trait, Vatteville-la-Rue et Saint Nicolas-de-Bliquetuit, l’inspecteur de Police Spéciale « R… », après enquête, envoie un rapport à celui-ci le 15 mars 1941. Il y réfute l’opinion recueillie auprès de la plupart des autorités locales selon lesquelles le mouvement communiste y serait en sommeil. « De l’enquête effectuée, il ressort que malgré l’apparente inactivité de l’ex-Parti communiste, les militants de ce parti dissous se livrent à une propagande sournoise » qu’il résume pour chaque localité. 

PV d'enquête à Caudebec-en -Caux
Pour Caudebec il écrit « dans cette localité, le nommé Chaumont, communiste connu, a marqué une certaine activité. A plusieurs reprises au cours de gardes de câbles téléphoniques allemands, il a demandé après Messager et Loison (1), sans toutefois les rencontrer à ces gardes. Le 16 février, il a été vu par plusieurs personnes à Vatteville, au lieu-dit « Le Vieux Chêne » porteur d’une musette contenant des paquets enveloppés. Il a été rencontré un peu plus trad sur la route de Villequier à Caudebec-en-Caux. Le Lendemain des papillons communistes ont été trouvés collés au lieu-dit « Le dos d’âne » sur la route de Villequier à Caudebec. Pendant cette même période des réunions auraient eu lieu à Caudebec-en-Caux, chez un certain Duval (2). A ces réunions Chaumont se serait rencontré avec Duval, la femme Duval » et deux autres personnes dont l’une serait probablement Roussel Daniel, communiste dangereux de Saint-Wandrille »(3).

Il est arrêté au domicile de son père, retraité, à Caudebec par la gendarmerie française (chef de brigade "M…"), le 21 octobre 1941 comme «membre du Parti communiste». 
Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés les 21 et 23 octobre. Il est écroué comme la plupart de ses camarades à la caserne Hatry de Rouen. Tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Il est immatriculé sous le numéro 2073.

A Compiègne il écrit à sa famille par l’entremise d’amis, Mme et M. Georges Duval Le Quai à Caudebec (lettre ci-contre).
Le 23 décembre 1941, Maurice Chaumond figure sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).

Lettre jetée du train
Le jour du départ du convoi, il jette une lettre depuis le wagon («un 8 chevaux en long», écrit-il) en gare de Châlons-sur-Marne. Cette lettre sera transmise à destination, comme des centaines d’autres. Il y annonce à ses amis Duval qu’ils partent pour l’Allemagne et ne savent pas s’ils pourront écrire. Il leur demande de prévenir son frère et son père. «Je suis en bonne santé et bon moral». Il les remercie pour le colis qu’ils lui ont envoyé par l’intermédiaire de Henri Peiffer, qui est dans le convoi avec «le père Lecoq» (lettre ci-contre).

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Chaumond est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.


On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45361?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. 
Ce numéro a pu être validé en octobre 2012 grâce à la photo présentée plus haut de Maurice Chaumond avant guerre sur un hydravion. (4)
Maurice Chaumond meurt le 18 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 165). Cent quarante huit autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942. Un nombre important d’autres détenus du camp étant enregistré à ces mêmes dates, on peut penser qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
Maurice Chaumond est déclaré "Mort pour la France" en 1946. Il est homologué comme «Déporté politique». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 14 novembre 1987.
Son nom figure sur le monument aux morts de Caudebec-en-Caux.
Ce n'est qu'à la fin de la guerre que sa sœur apprend sa mort : «quelqu'un est venu lui apporter la montre de Maurice (…). Ce monsieur était en déportation avec Maurice et d'après mes tantes, il venait du Havre et/ou de Paris. Le seul qui corresponde, à mon sens, est Roger Collignon, natif du Havre et qui travaillait sur Paris dans une usine d'aviation, comme Maurice » (Sylvie Zègre, arrière petite nièce de Maurice Chaumond).


  • Note 1 : Georges Loison, beau-frère d’Henri Messager entre en même temps que celui-ci dans l’illégalité en novembre 1940 après une perquisition. Il est fusillé au Mont-Valérien le 11 août 1942.
  • Note 2 : Georges Duval était cordonnier à Caudebec le long du quai de Seine. Son épouse et lui hébergeaient occasionnellement les enfants Messager pour permette à Simone Messager de se rendre au Trait à vélo afin de soigner ses poumons. Les Duval habitaient sur les arrières de Caudebec dans une usine : la ville avait été rasée en 1940 et la population se relogeait comme elle pouvait. Georges Duval sera également arrêté et interné administratif à Compiègne (Jean Paul Nicolas).
  • Note 3 : Document de police n°57-393, recueilli en février 2008 par André Messager, fils d’Henri Messager. Celui-ci était secrétaire du syndicat CGT des pétroles, membre du bureau fédéral du Parti communiste clandestin depuis novembre 1940. Il est arrêté le 18 février 1942 à Cherbourg, et sera fusillé au Mont-Valérien le 21 septembre 1942 (in Maitron). Les époux Duval cités par l’inspecteur sont des amis de Maurice Chaumond.
  • André Messager a confié ce document à Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français), qui me l’a transmis. 
  • Note 4 : Cette photo m'a été adressée par Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron. Il étudie depuis cinq ans la répression, sous l’Occupation, des syndicalistes du raffinage à Port-Jérôme Gravenchon et à Caudebec. Cette photo était en possession de M. Bourdin qui l'avait reçue d'Alain Huon , photographe à Caudebec.

Sources
  • Mairie de Caudebec 24 mars 1992.
  • Lettre de Mme Odette Lepetit (15 avril 1992) dont les parents amis de la famille Chaumond ont été eux aussi arrêtés. Elle m’a communiqué la photocopie d’une lettre de Compiègne et la «lettre du train» de Maurice Chaumond.
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» 23/12/1941 (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Liste Louis Eudier (annexes de son livre) «Notre combat de classe et de patriotes. 1934-1945».
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Courriels de Jean Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron. Octobre 2012. 
  • Documents de police communiqués à Jean-Paul Nicolas par André Messager, fils d'Henri Messager, cité dans ce rapport.
  • © Courriel de Mme Sylvie Zègre, arrière petite fille de Marthe Chaumond-Godailier. octobre 2012.
Biographie rédigée en octobre 2011, modifiée en octobre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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