L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BONNIFET Roger, Louis


Roger Bonnifet
Roger Bonnifet FNDIRP Dieppe


Roger Bonnifet est né le 27 décembre 1907 à Cherbourg (Manche), sa famille est domiciliée 658 route de Dieppe à Déville-lès-Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). 
Marié, sans enfant, il est ouvrier métallurgiste à la Compagnie Française des Métaux comme Ferdinand Thiault et André Bardel de Maromme qui seront déportés en même temps que lui à Auschwitz.
La CFM à Déville

Il est l’un des responsables clandestins du PCF, fin 1940. 
Au moment de son arrestation, il est travaille comme bûcheron (la police française a transmis aux autorités allemandes : «on sait qu’il travaille illégalement»).
Membre du Parti communiste, il est secrétaire adjoint du syndicat CGT des Métaux de Rouen. 
Mobilisé en 1939 comme sous-officier, il est démobilisé avec le grade de capitaine (liste FK 517, XLV-41).Il est employé comme monteur à la Compagnie Française des Métaux (il y travaille avec Ferdinand THIAULT de Déville et André BARDEL de Maromme).
Il est arrêté à son domicile le 22 octobre 1941, à 6 heures du matin, par des gendarmes français, en même temps que Ferdinand Thiault. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Roger Bonnifet est transféré à Compiègne le 25 octobre 1941 depuis la caserne Hatry.
Par cinq fois, le nom de Roger Bonnifet figure parmi les listes d’otages susceptibles d’être déportés ou fusillés.

Fin octobre 1941 sur une liste de représailles (XLV-41). 
Le 29 octobre 1941, la Feldkommandantur 517 envoie au commandement militaire de la région A (St Germain-en-Laye) une liste de 26 otages (pouvant être fusillés), spécifiant qu’il convient de séparer communistes et gaullistes. Le nom de Roger Bonnifet y figure. 11 de ces hommes seront déportés à Auschwitz (XLIII-66) (document ci-contre).
Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941». Roger Bonnifet figure également sur cette liste (XLIII-56).
Le 21 janvier 1942, en réponse à un télex de Rittmeister Wacker (chef du personnel de la région A / St-Germain-en-Laye), une nouvelle note du Feldkommandant major de la FK 517 de Rouen désigne Roger Bonnifet ainsi que 6 autres de ses camarades parmi les otages pouvant être fusillées à la suite de l’attentat d’Elbeuf le 21 janvier (un caporal de la Wehrmacht est tué par balles. 9 otages sont exécutés dont 3 de cette liste : Jacques Samson, Pierre Corniou, Jean Delattre). La note qui rappelle ses activités antérieures stipule «N'a pas encore encouru de sanction concernant l'interdiction de la propagande communiste du PCF, mais il n’a pas pu être correctement détecté» XLIII-49 (document ci-contre).

Le 9 février 1942, après l’exécution de 2 militaires de la Wehrmacht à Elbeuf (21 janvier) et Rouen (4 février), la FK 517 de Rouen désigne pour le commandement militaire de la zone A, 10 otages communistes et Juifs pouvant être fusillés (XLIII-86) (document ci-contre).
Deux de ses camarades de lutte, internés à Royallieu, sont fusillés au début de 1942 : Lucien Levavasseur ( Levasseur sur certains documents) , né le 19 février 1910 à Montville, ancien secrétaire du syndicat CGT des textiles du Houlme avait été arrêté le 22 octobre 1941. Il est fusillé le 14 février 1942. Gustave Delarue, né le 13 décembre 1983 à Le Houlme, militant syndical et conseiller municipal du Houlme, avait été arrêté en septembre 1941. Il est fusillé le 31 mars 1942 «dans la forêt de Compiègne» selon Louis Eudier. Dans son livre, celui-ci raconte que Gustave Delarue monta une revue à Compiègne - attendue avec impatience - pour le théâtre du camp. Ce 31 mars 1942, à 5 heures du matin la Gestapo vient le chercher. «Il embrasse Roger Bonnifet et lui demande comme une faveur que sa revue soit jouée au théâtre du camp, comme si de rien n’était». Georgette Delarue, son épouse, avait été elle aussi arrêtée le 21 octobre 1941.
L’épouse de Roger Bonnifet obtient un permis de visite pour Compiègne le 30 avril 1942 : ce sera la dernière fois qu’elle verra son mari. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Bonnifet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46221?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore également la date exacte de sa mort à Auschwitz, où il est battu «à cause de son grand nez, car les SS voulaient lui faire dire qu'il était Juif ». 
Pour Victor Louarn «Il est mort avec Christophe Le Meur» qui meurt le 23 janvier 1943. D’après le témoignage d’autres rescapés, atteint d'œdème, il est sélectionné pour la chambre à gaz avec d'autres déportés de son convoi (René Getti et Emile Drouillas). Roger Abada le décrit comme "Si digne. Dans le camion qui les emporte à Birkenau, ils chantent la Marseillaise». Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 octobre 1942 (dont René Getti et Emile Drouillas), ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités. On peut penser qu’ils sont morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.
L'état civil français a déclaré Roger Bonnifet «décédé le 30 janvier 1943 à Auschwitz». Eugène Garnier a également témoigné de sa mort dans la lettre qu’il adresse à la veuve de Paul Faurie : «Paul Faurie, Roger Bonnifet et l’un des frères Clément ont été tous les trois pris dans une sélection et destinés à passer à la chambre à gaz. (...) Ils ont été emmenés en camion et tous trois chantaient de toutes leurs forces La Marseillaise. Cet évènement a fait beaucoup de bruit dans le camp de Birkenau où il eut lieu, aussi bien que dans le camp d’Auschwitz où les SS eux-mêmes furent ébranlés par l’héroïsme de nos camarades. D’ailleurs, quand nous avons été libérés par l’Armée rouge, nous avons fait, André Faudry et moi, un rapport à la Commission d’enquête soviétique dans lequel nous avons cité cet évènement». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du (J.O. du 30 août 1987).
Le nom de Roger Bonnifet a été donné à une rue de Déville-lès-Rouen le 2 avril 1947 lors d’une délibération du Conseil municipal, qui baptisait le même jour 13 autres rues de la commune du nom de résistants dévillois.
Son nom a été donné à une rue de Déville-lès-Rouen le 2 avril 1947 lors d’une délibération du Conseil municipal, qui baptisait le même jour 13 autres rues de la commune du nom de résistants Dévillois.

Sources
  • Courrier de Philippe Ruc auteur de «Les déportés politiques, les résistants, les prisonniers et les requis» 1999. 94 pages. Edité par l'Association Déville d'Hier-Déville d'Aujourd'Hui. Sa lettre du 23 avril 1992 apporte des informations biographiques. Carte postale de Déville par Philippe Ruc.
  • Cassette audio (témoignage de Roger Abada).
  • Courrier de la mairie de Déville (25 mars 1992).
  • Louis Eudier «Notre combat de classe et de patriotes. 1934-1945» (pages 86 et 87).
  • Témoignage de Victor Louarn.
  • Liste de représailles octobre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XLV-41.
  • Liste d’otage du 29 octobre 1941 : CDJC XLIII-66.
  • Liste d’otage du 8 décembre 1941 : CDJC XLIII-56.
  • Liste d’otages pouvant être fusillés après l’attentat du 21 janvier à Elbeuf (CDJC) XLIII-49
  • Liste d’otages pouvant être fusillés après les attentats du 21 janvier à Elbeuf et du 4 février à Rouen (CDJC XLIII-86)
  • Liste d'otages, traductions de Mme Lucienne Netter, professeur au lycée Jules Ferry, Paris.
  • Photos FNDIRP Dieppe
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 19, page 422.
  • Photo CFM www.culture.gouv.fr/public/
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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