L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BINARD, Jean, Raymond




Matricule "46219" à Auschwitz

Jean Binard est né le 14 août 1922 à Amfreville-la-Mivoie (Seine Inférieure / Seine-Maritime) où il habite 3 rue André Durand. Célibataire, il est peintre en bâtiment.
Fiche d'internement à Compiègne
Jean Binard adhère aux Jeunesses communistes en 1936 et est membre de la CGT de 1936 à 1939. Selon sa fiche allemande d’otage, il est connu de la police française pour avoir distribué des tracts et par le S.D, l’un des services de la Police de sécurité allemande, comme un «communiste toujours actif».
Jean Binard est arrêté par la police française le 21 octobre 1941 à son domicile, comme « membre du Parti communiste ». Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés les 21 et 22 octobre. Selon une source que je n’ai pu vérifier, Jean Binard aurait été emprisonné à la caserne Phillipon de Rouen. Mais il est plus vraisemblablement écroué à la caserne Hatry avec tous les autres militants arrêtés le même jour puis remis, comme ses camarades, aux autorités allemandes qui le transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 25 octobre 1941. Trente neuf des militants arrêtés seront déportés à Auschwitz.
Liste de la Feldkommandantur 517
Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes dans laquelle Jean Binard figure : liste de communistes «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941».
Dans les commentaires qui accompagnent son nom, on peut lire qu’il est à la CGT entre 1936 et 1939, qu’il est membre de la Jeunesse communiste, qu’il a distribué des tracts et qu’il n’a pas parlé lors de l’interrogatoire. Le terme «verstocht» (endurci, entêté), se retrouve également sur sa fiche d’otage établie le 24 février 1942.
Recensement des communistes nés entre 1912 et 1922
Le 23 décembre 1941, il figure sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est», en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Recueil de Chansons de Jean Binard à Compiègne
A Compiègne où il reçoit le numéro matricule 1917, Jean Binard est affecté au bâtiment A3, chambre 8. Le 8 juin 1942, il commence un recueil de chansons pour «se désennuyer» Sur les paroles d’une des chansons les plus connues du Front populaire «Allons au devant de la vie» (paroles françaises de Jeanne Perret (1935) et musique de Dimitri Chostakovitch), il écrit «la chanson du camp» : «allons amis restons confiants / nous reverrons les foyers / et les chers absents que nous aimons». Et «Le sommeil» où il rêve à la Liberté.
Menu de Noël  1941 à Compiègne
A Compiègne, il est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. Sur le "menu" de Noël 1941 d’Albert Vallet, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt, Marcel Le Dret, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Jean Binard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
L'entrée du camp d'Auschwitz I
Fiche d'Auschwitz de Jean Binard
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 sous le numéro "46219" (archives du SIR Bad Arolsen). 
Le numéro « 45250 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, rendue compliquée par l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Jean Binard meurt à  Auschwitz le 5 janvier 1943.
1957 : annonce de l'acte de disparition
Sa mère, Emilienne Binard, reçoit un acte de disparition émanant du Ministère des Anciens combattants le 27 avril 1957.
La mention «Mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès (J.O. du 8 août 2008). Une rue d'Amfreville-la-Mivoie porte son nom : la plaque indique «Rue Jean Binard, militant communiste, résistant, arrêté le 23 octobre 1941».

Sources
  • Liste d’otages du 8 décembre 1941 : CDJC (Centre de Documentation Juive Contemporaine) XL III - 56.
  • Fiche d’otage : CDJC, XLV - 42.
  • Liste de jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Liste d'otages, traductions de Mme Lucienne Netter, professeur au lycée Jules Ferry, Paris.
  • Acte de disparition (17 avril 1957) et avis du transport de Compiègne "vers un autre camp" (15 juillet 1942), documents photocopiés par Louis Jouvin le 27 mai 1945.
  • Liste Louis Eudier (février 1973).
  • ITS Archives (Bad Arolsen : Karteikarte des Konzentrationslagers Auschwitz, Archives Digitales,  Doc. No. 504833#1 (1.1.2.1/0001-0123/0055A/0009).
  • © Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
Biographie rédigée en octobre 2011 (complétée en 2012 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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