L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAMPIN Albert Lucien Adolphe




Albert Champin est né le 8 avril 1904 à Limésy (Seine-inférieure - Seine Maritime). Au moment de son arrestation, il habite au hameau de Béquigny, au 54 rue Valbrière (Limésy, Seine-Inférieure - Seine Maritime). Il est le fils Jeanne Victoire Verdure et d’Adolphe Armand Champin son époux. Marié, il est père de cinq enfants (dont trois sont vivants en 1948).
Il effectue son service militaire au 22ème régiment d’aviation, du 13 mai 1924 au 7 novembre 1925. Sa fiche de signalement indique qu'il est employé de culture, qu'il mesure 1m52, cheveux bruns, visage rond, yeux bruns, et qu'il louche. Il est affecté dans la réserve au 302ème régiment d’artillerie de campagne.
Il habite Goupillères, qui jouxte la commune de Pavilly, le 15 juin 1929. 
Il effectue une période militaire le 3 janvier 1936, est classé réserviste comme père de quatre enfants.
Le 30 novembre 1939, il est classé comme «affecté spécial» en tant que monteur aux Chantiers de Normandie à Grand-Quevilly. 
Il est arrêté une première fois en avril 1940 pour «propos défaitistes» par la gendarmerie et relâché à l’exode. Il est rayé de l’affectation spéciale par décision du général commandant la 3ème région militaire le 7 mai 1940.
Pendant l’Occupation, il est arrêté à son domicile le 22 octobre 1941 pour «sabotage présumé, à la suite du déraillement sur la ligne Rouen-Le Havre» (mention au BAVCC). «Il est arrêté par les gendarmes de Pavilly à la suite d’un déraillement» témoigne sa femme en 1947. «Considéré comme otage, vu ses idées, appartenant au Parti communiste» (le maire de Pavilly en 1948). 
Son arrestation a lieu dans le cadre de la rafle qui touche une centaine de militants communistes, ou présumés tels, de Seine-Inférieure et qui fait suite au sabotage, le 19 octobre, de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen.


Ecroués à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
L’enquête de gendarmerie effectuée en 1952 pour l’attribution du titre de déporté politique ou résistant mentionne les éléments suivants : «militant communiste notoire, Champin Albert avait déjà été arrêté en avril 1940 par l’autorité militaire française, pour propos défaitistes, mais il avait été relâché rapidement en cours d’exode. A été effectivement arrêté à son domicile à Limesy par les gendarmes de Pavilly dans la nuit du 22 octobre 1941, date de la rafle des militants communistes effectuée dans la région rouennaise».


Menu avec la signature d'Albert Champin, noël 1941
A Compiègne il reçoit le matricule 1904. Il est affecté au bâtiment A2, chambre 8. Plusieurs internés de cette chambrée seront déportés à Auschwitz avec lui. Sur le "menu" de Noël 1941 d’Albert Vallet, repas fraternel organisé avec les pauvres colis reçus, on reconnait les noms ou signatures d'Emile Billoquet, Jean Binard, Emile Bouchacourt, Albert Champin, Marcel Le Dret, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Ursin Scheid est fusillé le 10 mai 1942 à Compiègne. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Champin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45350 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à mes tentatives de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, du portrait d’immatriculation publié ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve.


Albert Champin meurt à Auschwitz le 3 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 164). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 8 juillet 2009. Son acte de décès porte toujours la mention « décédé postérieurement au mois de juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) » : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Il est déclaré «Mort pour la France ». Il est homologué «Déporté Politique» en 1952.

Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté au Val de Fontenay, 2002).
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Courriel d'octobre 2012 de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron (livret militaire d’Albert Champin).
  • © Menu d’Albert Vallet : courriel de son arrière petit-fils, Didier Rivière (19/12/2012).
Biographie rédigée en septembre 2011 et complétée en octobre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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