L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRIAND Louis Marie





Louis Briand est né le 13 février 1901 à Trézény (Côtes du Nord / Côtes d'Armor). Il est le fils d’Anne Even, ménagère âgée de 36 ans et de Louis-Marie Briand, cultivateur, âgé de 32 ans. 
Louis Briand habite au 12 rue Gustave Flaubert au Grand Quevilly (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment de son arrestation (1).
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Servel, un faubourg de Lannion (Côte du Nord / Côtes d’Armor) au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 71, a les cheveux châtain et les gris, le front haut et le nez moyen, le visage ovale.
Conscrit de la classe 1921, Louis Briand s’engage volontairement à 18 ans pour 3 ans dans les Equipages de la flotte le 24 novembre 1919 et arrive au 2ème dépôt des équipages à Brest le même jour. 
Apprenti marin, puis matelot de 3ème classe le 14 janvier 1921. Il est « congédié » le 24 novembre 1922 (i.e. renvoyé dans ses foyers, avec le "certificat de bonne conduite" accordé, puisqu’il sera douanier) 
Il est employé des Douanes. Le 23 avril 1923 il épouse Mathilde Marie Le Sech à Brélévenez (Côtes du Nord / Côtes d'Armor). Le couple a une fille, Gilberte.
Il est un militant actif du Parti communiste et de la CGT. 
Il est versé dans la réserve de l’armée de terre en tant que douanier en 1932.
Il est mobilisé (décret de mobilisation générale) le 2 septembre 1939 et affecté en tant que soldat de 1ère classe au 23ème bataillon de douaniers. Il est versé au dépôt d’infanterie n°32 le 18 mars 1940. Il « passe » au dépôt d’infanterie n° 31 le 25 avril 1940. Il est dans la « zône des armées » du 10 au 26 juin 1940. Louis Briand est démobilisé le 6 août 1940 par le dépôt de démobilisation de Marmande (Lot et Garonne).
Pendant l’Occupation, il est arrêté le 23 juin 1941 dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici la caserne Hatry de Rouen), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des «ennemis actifs du Reich».
A la suite du sabotage qui entraîne le 19 octobre le déraillement du train Rouen-Le Havre à Quevilly-Couronnes - tunnel de Pavilly (Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen), son nom est porté par la Fedkommandantur 517 sur une liste de 26 otages communistes «fusillables», adressée le 29 octobre 1941 au commandement de la région militaire A à St Germain en Laye (11 d’entre eux seront déportés à Auschwitz). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Briand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45301 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. De même l'appel à reconnaissance d'une photo d'un numéro plausible n'a pas été reconnue par son arrière petit-fils M. Dominique Dard (novembre 2016). Elle a donc été supprimée de cette page. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz
Louis Briand meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d'Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 132).
Il est déclaré "Mort pour la France" le 1er février 1947, et il est homologué comme "Déporté politique" le 18 août 1954. 
Par arrêté du secrétaire d'État aux anciens combattants du 18 septembre 1987, paru le 25 octobre 1987 au Journal Officiel (p.12477), il est décidé que la mention «Mort en déportation » devra être apposée sur ses actes ou jugements déclaratifs de décès. 
Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : "décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz "(Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
  • Note 1 : Louis Briand domicilé à Chatou (Seine-et-Oise) ? Sur une liste de la FNDIRP (reconstituée et très incomplète) du convoi du 6 juillet 1942, datant de l'immédiat après-guerre, on trouve la ligne suivante, tapée à la machine : "BRIAND Louis 44 ans-CHATOU" suivie de la mention manuscrite "Aincourt", portée très probablement par René Petitjean de Clichy, rescapé du convoi. 
  • Une fiche du fichier national du Bureau des Archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC) renvoie également à Chatou (Seine / Yvelines). Elle porte les renseignements suivants  " Briand Louis, Domicile 40 bd République Chatou, A (arrêté) le 23-VI-1941: I (interné) Compiègne ; D (déporté) VII-1942. Res.
  • La concordance de certains renseignements laisse à penser qu'il s'agit  d'une même personne sans que l'on sache exactement comment intégrer la référence à la région parisienne. 
  • René Petijean était un militant du Parti communiste et de la CGT. Il est arrêté à son domicile à Clichy (Seine/ Hauts de Seine) par des policiers français, le 14 octobre 1940 "pour reconstitution de Ligue dissoute" (activité communiste clandestine). Il est d'abord emprisonné au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, près de Mantes dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d'Oise) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. René Petitjean aurait donc connu Louis Briand à Aincourt. 
  • Sur la base de ces mentions, on peut supposer sans aucune certitude qu'il a d'abord vécu à Chatou avant d'être interné au camp d'Aincourt, à la suite d'une première arrestation. 
  • Registre matricule militaire.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de son petit fils, M. Dominique Dard (nov. 2016).
Sources
  • Liste de Louis Jouvin (1972), Liste de Louis Eudier (p2), Liste de la CGT (p 2).
  • Liste d’otages XL III 66, Centre de Documentation juive contemporaine (CDJC).
  • Liste d'otages, traduction de Mme Lucienne Netter, professeur au lycée Jules Ferry, Paris.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Certificat de décès n° 76120 L.T. 2801 (Direction Départementale de la Seine Inférieure)
  • Archives en ligne des Côtes d’Armor (Trézény). 
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en septembre 2011, complétée en octobre 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. * Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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