L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BONNAMY Raoul, Gabriel


Raoul Bonnamy © Palaiseau Mag'
Matricule "45271" à Auschwitz

Raoul Bonnamy est né le 4 août 1907 à Palaiseau (Seine-et-Oise / Essonne) au 39 rue de Corbeil (devenue avenue de Stalingrad) où il réside au moment de son arrestation.
Il est marié avec Marguerite Chameroy (1). 
Raoul Bonnamy est agent hospitalier temporaire entre 1937 et 1939 dans plusieurs hôpitaux dont l'hôpital Necker (Paris 15ème). « Il travaille comme maçon avant de devenir garçon de salle, puis aide-soignant à l’hôpital Necker » (Palaiseau Mag’).
Il est membre du Parti communiste depuis 1937. Il et devient rapidement secrétaire de section. Il est gérant du journal des cellules communistes de Palaiseau, « Le Drapeau rouge ».
Georges Dudal qui fut déporté avec lui, pensait qu'il était conseiller municipal, mais ce n'est pas la cas. 
Annonce dans Le Populaire du 19 avril 1936
Par contre Raoul Bonnamy est très impliqué dans la vies associative locale. "Il est le fondateur de l’Union Sportive Ouvrière de Palaiseau, qui deviendra après-guerre l'Union Sportive de Palaiseau (in Wikimooc)Ci-contre une coupure du « Populaire » du 19 avril 1936, qui annonce un concours de boules, le challenge Albert, dont les inscriptions sont à prendre auprès de Raoul Bonnamy." Si le club fait la part belle au football, Raoul y anime aussi une section culturelle et un groupe de théâtre(Palaiseau Mag’).
« Le 26 août 1939, Raoul Bonnamy est mobilisé comme sergent au dépôt d’infanterie n° 74 à Chaumont (Haute-Marne). Il est affecté successivement comme sergent instructeur à un peloton préparatoire d’élèves officiers de réserve à Humes, près de Langres, cadre instructeur au centre d’instruction divisionnaire n° 13 en Alsace, sergent-chef auprès d’un peloton d’élèves caporaux et d’élèves sous-officiers. Le 24 mai 1940, il est versé au 21ème régiment d’infanterie dans la Somme. Il y est blessé légèrement mais refuse d'être évacué. Lors de la débâcle, il est de nouveau blessé à Longpont (Essonne), d'où il est évacué d'abord à Châteauroux (Indre) puis à Montpellier (Hérault) et enfin à Sète, pour y être opéré le 27 juin 1940. Démobilisé à Albi (Tarn) le 13 août, il retourne chez lui le 22 août pour reprendre finalement son travail à l'hôpital Necker le 11 octobre » (in Wikimook).
Raoul Bonnamy à Auschwitz
Raoul Bonnamy est arrêté le 26 octobre 1940, à son domicile, par la police française, "comme communiste". 
Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Raoul Bonnamy est interné au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt).
Le 27 juin 1941, il est remis aux autorités allemandes à leur demande (au sein d'un groupe de 88 internés de Seine-et-Oise). Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raoul Bonnamy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45271 (Liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau : la photo avec ce numéro d'immatriculation probable a été reconnue par sa nièce en 1990). 
La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce matricule a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

A Birkenau, d'après les souvenirs de Georges Dudal : il fut «tué à coups de matraque parce que remarqué à cause de sa physionomie : il avait un grand nez». Il serait mort selon lui vers septembre ou octobre 1942. Mais d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 117), Raoul Bonnamy est mort à Auschwitz le 8 juillet 1943. En tout état de cause, il était décédé avant le 14 août 1943 (date de la quarantaine au Block 11 pour la quasi-totalité des Français survivants).
La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 30 septembre 1987).
A Palaiseau, son nom a été donné à une place, située sur l’avenue de Stalingrad, à l'entrée de l'école Jules Ferry. Une cellule du Parti communiste a porté son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts, situé dans le cimetière communal.
  • Note 1 : Marguerite Bonnamy née Chameroy le 21 février 1899 à Palaiseau, fut agent de liaison de Roger Linet. « agent de liaison de la résistance FTPF. Elle logea des résistants recherchés avant d’être arrêtée le 31 janvier 1944 et conduite à Fresnes » (Le Maitron). Elle fut déportée à Ravensbrück le 31 janvier 1944 (matricule 27067), puis transférée à Zwodau, où elle est libérée en mai 1945. Le 20 janvier 1946, elle écrivait une lettre poignante à l'un des rescapés (sans doute Georges Dudal) "ayant été moi-même déportée à Ravensbrück, je suis à même de comprendre. j'avais grand espoir de retrouver mon mari, c'est ce qui m'a permis de tenir". Aujourd'hui , hélas, je n'ai plus d'espoir. Aujourd'hui quelques détails sur sa triste fin me seraient bien précieux". Marguerite Bonnamy-Chameroy est décédée le 18 octobre 1985 à Longjumeau.
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa nièce, Mme Clémence Chameroy (9 juillet 1990).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d'internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article17129, notice Bonnamy Raoul par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 4 mai 2015.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site internet Wikipedia, Wikimooc et Wikiwand, biographie de Raoul Bonamy.
  • Photo d'avant guerre de Raoul Bonnamy © in Palaiseau Mag' n° 94
Biographie rédigée en septembre 2011, complétée en février 2016,  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: