L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOCQUILLON Eugène, Gaston, René




Matricule "45261" à Auschwitz

Eugène (dit Gaston) Bocquillon est né le 29 octobre 1892 à Sampigny (Meuse). Il est le fils de Marie-Sydonie (sic) Gillet, 23 ans, couturière et de Paul Bocquillon, 26 ans, mécanicien, son époux. Gaston Bocquillon habite au 5 rue des Rosiers à Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.Gaston Bocquillon est mouleur en fonte au moment du Conseil de révision. 
Conscrit de la classe 1912, il est appelé et incorporé le 9 octobre 1913 au 13ème bataillon de Chasseurs. Celui-ci entre « en campagne » à partir du 2 août 1914.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 60, a les cheveux châtain et les yeux gris, le nez petit, le visage ovale. Il a un tatouage en forme de rose des vents en haut de l’épaule droite. Il a un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire). 
Il est évacué pour maladie le 15 mai 1918 à l’hôpital C 35 de Dormans. Rétabli, il passe au 4ème groupe cycliste le 20 juin 1918.
Il est envoyé au centre démobilisateur de Bar-le-Duc en août 1919 et mis en congé illimité de démobilisation le 25 septembre 1919 (certificat de bonne conduite accordé). « Il se retire à Juvisy ».
En octobre 1919, il habite au 25 avenue Victor Hugo à Choisy-le-Roy.
Le 11 février 1920, à Braux (Ardennes), Gaston Bocquillon épouse Louise Hortense Bobo. Le couple a deux filles, Huguette, l'aînée et Georgette (selon sa fiche au BAVCC il est veuf au moment de son arrestation).
En mars 1920 le couple habite au 5 rue Barbès à Ivry.
Gaston Bocquillon est successivement mouleur (modelage bois) chez Panhard automobile, (Paris XIII), puis chez Hispano à Colombes, et puis chez Gnôme et Rhône (motocyclettes), boulevard Louis Seguin au Petit-Gennevilliers.
En septembre 1921 il reviennent habiter à Choisy-le-Roy au 15 avenue de la République.
En mars 1927, ils emménagent au 5 rue des Rosiers, un petit pavillon à Juvisy-sur-Orge, que la famille habitera jusqu’à son arrestation. L'avenue porte désormais son nom.
C'est un militant communiste connu.
Son affectation dans la Réserve militaire comme personnel de renforcement chez Gnome et Rhône (1927) est transformée en passage d’office au bureau central de recrutement de la Seine, bureau mobilisateur, le 20 janvier 1939 (1). 
Gaston Bocquillon est arrêté le 13 octobre 1940, pour "activités politiques", à Juvisy. Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables». Gaston Bocquillon est interné le jour même au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt).
Le 27 juin 1941, Gaston Bocquillon est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) qui ouvre à cette date en tant que camp allemand. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
A Compiègne, il reçoit le matricule 819. C'est par le biais de l'épouse d'Eugène Bocquillon, que Georges Neiman pourra recevoir des colis de sa famille. Depuis le train qui les emporte vers Auschwitz, il lance un "papier griffonné". Tu peux écrire à Madame Boquillon que son mari est aussi parti avec le même train que nous".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gaston Bocquillon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45261. (Sa fille, Mme Huguette Henri a reconnu lors d’une visite du camp d‘Auschwitz-Birkenau avec son mari, dans la baraque d’exposition consacrée aux déportés de France, la photo de son père portant le matricule "45261").
Cette photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Gaston Bocquillon meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 109).
Son acte de décès portait la mention "décédé le 10 juillet 1942" à Compiègne. Après des recherches infructueuses à Arolsen en 1960-61 ses deux filles ont obtenu un certificat d'Arolsen qui confirme sa date de décès au 4 novembre 1942. Louise Bocquillon est tuée lors d’un bombardement et ses deux filles sont devenues orphelines.  
Gaston Bocquillon est homologué "Déporté politique". La rue des Rosiers à Juvisy où habitait Gaston Bocquillon porte son nom. Celui-ci est également inscrit sur le monument aux morts de la commune, au cimetière rue Petit.
  • Note 1 : La plupart des « Affectés spéciaux » ou « en renforcement » connus comme syndicalistes ou communistes, sont « réintégré » dans leur arme d’origine pour la réserve militaire, et rappelés sous les drapeaux après la mobilisation générale du 2 septembre 1939.
Sources
  • Correspondance avec sa fille aînée, Mme Hughette Henri (1993).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé principalement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d'internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé Bernard Tisserand.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site Memorial and Museum Auschwitz-Bikenau www.auschwitz.org.pl
  • © Archives en ligne de la Meuse. Etat civil de Sampigny.
  • Registre matricule militaire de la Meuse, matricule 371 classe 1912.
Biographie rédigée en septembre 2011 (complétée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: