L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VAISSE Marcel, Désiré



46165

Marcel Vaisse est né le 4 mars 1902 à Paris XXème. Il habite au 10 allée des Frênes à Paray-Vieille Poste (Seine et Oise / Essonne) au moment de son arrestation. Il est le fils d’une blanchisseuse, Marie Floquet et d’un garçon livreur Paul Vaisse son époux.
Il épouse Juliette Victorine Ramel le 7 juillet 1923 à Paris Vème. Le couple a un garçon.
Marcel Vaisse est artisan tôlier fumiste à Paray. «Militant communiste depuis 1925, secrétaire de la cellule de Paray, du 22e rayon (Villeneuve-Saint-Georges) en 1929, il fut élu conseiller municipal en 1928. Réélu en 1935, il devint premier adjoint. Suspendu en octobre 1939, puis déchu de son mandat municipal en 1940 pour appartenance au PC» (Maitron, note de Jacques Médard)
Le 5 octobre 1939 le maire Léon Bertrand et tout le conseil municipal sont suspendus. A partir du 20 novembre 1939 et pendant toute l’Occupation, la commune est «administrée» (délégation spéciale présidée par M. Chrétien, puis par Marcel Souillat jusqu’à la Libération de Paray, le 24 août 1945).
Le maire est arrêté le 24 octobre 1940, par la police française, en même temps que l'ensemble du Conseil municipal (cinq d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Marcel Vaisse, Henri Dugrès, François Malard, Marcel Ouvrier, Eugène Tartasse. Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Marcel Vaisse est interné avec ses camarades, au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt). Le maire Léon Bertand est déporté en Algérie.
Le 27 juin 1942, Marcel Vaisse est remis aux autorités allemandes à leur demande : il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), avec 87 autres internés, dont ses camarades de Paray. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Vaisse est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Marcel Vaisse est enregistré à l’arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro 46165. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi» (Pierre Monjault). Compte tenu de sa profession, Marcel Vaisse est affecté au Block 22A à Auschwitz I.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Georges Gallot (45558) est formel : "Marcel Vaisse a été après la quarantaine au Block 11, au Kommando des Installateurs, Block 15". Il se souvient qu'il avait subi des sévices graves : «Un coup de talon de botte entre les deux yeux : gros dépôt de sang».
Henri Gorgue (45617) a également témoigné de sévices dont il est victime, sans doute en mai, juin ou juillet 1944 (date d’arrivée des convois de Juifs de Hongrie) : «Il vécut un véritable calvaire pour un acte de solidarité qu’il tentait pour secourir une jeune Juive hongroise. Un convoi de femmes Juives venant de Hongrie était réceptionné à Birkenau. Comme d’habitude, elles eurent à se dévêtir en plein air, puis rester ainsi, nues, à la merci des brimades et des ignominies des S.S. Ceux-ci choisissaient parmi elles, les violaient à tour de rôle. Notre camarade Vaisse qui travaillait à son kommando (« installateurs ») dans ce secteur du camp vit une jeune fille aux abois qui tentait de se dissimuler à l’arrière du groupe de femmes ayant déjà subi les outrages de ces messieurs de la « race supérieure ». Il voulut lui venir en aide. Comment Vaisse put-il se procurer une robe rayée, on ne sait, mais il parvint à la faire passer à la jeune hongroise. Pas assez vite sans doute : un S.S. a surpris le geste. Le bourreau tomba à bras raccourcis sur le déporté, lui administra une première raclée. Il fut ensuite puni de 20 coups sur les fesses données sur la place d’appel. Enfin lui furent infligés 15 jours de cachot au Bunker. Il en sortit vivant cette fois». Lire aussi dans le blog L'aide des "45 000" aux femmes de Birkenau.
Le 28 août 1944, Marcel Vaisse est transféré d’Auschwitz avec trente autres "45 000" pour Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944. Puis il est transféré à Dora-Mittelbau (un camp extérieur dépendant du camp de concentration de Buchenwald).

Nordhausen @ Lapi
Le 11 avril 1945, des unités de la IIIe armée américaine libérèrent le camp. Ils y trouvent quelques centaines de prisonniers que les SS n'avaient pas évacués ainsi que 1 200 morts et mourants dans la Boelcke Kaserne de Nordhausen, où les SS avaient ouvert un camp pour les «inaptes au travail». 
Marcel Vaisse meurt dans le centre de rapatriement de Rheine, le 27 avril 1945. Il est inhumé au champ d'honneur des Etrangers d'Eschendorf (rangée 6, tombe 4). Il a été déclaré «Mort pour la France». Marcel Vaisse a été homologué «Déporté politique» en 1954. La mention “Mort en déportation” est apposée sur son acte de décès (J.O. du 23 juin 2001).
Le nom de Marcel Vaisse figure sur le monument aux morts du cimétière ainsi que sur le monument de Paray, place Maxime Védy, avec celui de 12 autres de ses camarades, fusillés ou mort(e)s en déportation. L’ancienne allée des Fresnes où il habitait honore son nom dès octobre 1944, à l’initiative du maire Léon Bertrand revenu de déportation. Sa veuve, Juliette Vaisse y habitait au N° 10 en 1954.

Sources
  • Témoignage d’Henri Gorgue recueilli par Roger Arnould (11 janvier 1973).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Mme Janine Henin professeur d'Histoire : envoi d’informations et d’une partie de la maquette du livre «Paray d'hier et d'aujourd'hui» / Collectif, Henin (J.), coord. Ville de Paray-Vieille-Poste, 1988.
  • FNDIRP Paray (M. Balland 25 octobre 1988)
  • Liste du Mouvement de Libération Nationale: dossier AU2.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin- Juin 2003 - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne, Paris
Biographie rédigée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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