L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SANCHEZ Thomas


Thomas Sanchez est né le 7 mars 1921 à La Plaine St Denis (Seine / Seine St Denis). Il est le fils de Célédona Ramos et de Marcelino Sanchez, son époux.
Il habite au 13 avenue des Erables à Morsang-sur-Orge (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation. Auparavant il a habité à Paris XIXème et à Pantin. Il s’est marié avec Rose Marthe Maillot. Thomas Sanchez est manœuvre.
Membre du Parti communiste, il est arrêté le 19 août 1940. Sa fiche au BAVCC mentionne simplement Paris en face de cette date.
Il est jugé et condamné le 8 février 1941 à quatre mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (décret-loi Daladier prononçant la dissolution du Parti communiste). Le 10 février 1941 Thomas Sanchez est incarcéré à la prison de la Santé. Il est ensuite interné à la Maison centrale de Clairvaux puis après un retour à la Santé le 31 mars 1941 il est placé au camp de séjour surveillé de Gaillon. 
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon

Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Tomas Sanchez, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 19 août 1940 pour distribution de tracts et condamné le 8 février 1941 par la 15ème chambre, à 6 mois de prison ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 4 mai 1942 il est transféré de Gaillon au camp de séjour surveillé de Voves avec 58 autres internés. Le 20 mai 1942, avec 28 autres internés (dont 19 seront déportés avec lui à Auschwitz), il est remis aux autorités allemandes à leur demande : celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Thomas Sanchez est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46095 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. De plus, la photo du matricule est manquante «46095». Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Thomas Sanchez meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 1064). Un arrêté ministériel du 24 février 1998 a porté apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès (Journal Officiel du 19 mai 1998), lequel daté du 24 décembre 1946, reprend l’heure fictive portée par les SS («mort à l'infirmerie d'Auschwitz le 21 septembre 1942, à 7h 5 minutes»).
Thomas Sanchez a été reconnu «Mort pour la France» le 31 décembre 1946, et homologué «Déporté politique». Son nom figure sur le monument aux Morts de Morsang-sur-Orge, situé rue de Montlhéry.

Sources
  • Etat civil de Morsang : acte de décès (24 juillet 1992).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin et juillet 1992.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC, Archives du ministère de la Défense Caen).
  •  "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste V et liste S, n° 312.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai 1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande communiste clandestine ».
Biographie rédigée en août 2011 (complétée en juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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