L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUSSEAU André, Gustave


in site internet © draveil-resistance.com
Rescapé
46078


André Rousseau se marie à Draveil avec Pierrette Vigneron le 2 août 1929. Le couple aura cinq enfants qui ont de un mois à douze ans en 1941.André Rousseau est né le 22 juin 1907 à Saint Chéron (Seine et Oise - Essonne). Il est le fils de Julia Cherpion, journalière et de Louis Rousseau (il se sont mariés le 10 août 1908). Il habite au 1 rue Charles Mory à Mainville par Draveil (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.
Il est chauffeur. «En 1932, les Draveillois élirent un député communiste, Lucien Midol. En 1935, c’est «Draveil-la-Rouge», une des premières municipalités communistes» (Martine Garcin).
André Rousseau est mobilisé entre septembre 1939 et mai 1940. Il est membre du Front national de Libération depuis juin 1941 (document M. Mugnier, liquidateur).
Il est arrêté dans la nuit du 13au 14 juillet 1941 à Draveil, par la police française (préfecture de Versailles),"pour le compte de la Feldkommandantur 758", pour distribution de tracts du Front national appelant la population à manifester le 14 juillet (avec Marcel Linard, Robert Moricci et Pierre Bonnot). Malgré ses dénégations «c’est la première fois que je distribue un tract du Parti communiste», les Allemands noteront dans sa fiche d’otage susceptible d'être exécuté (In XLVa.2 n° 128) (1) : "propagandiste actif communite" « membre de la cellule communiste de Mainville dont le chef est Kremer».
André Rousseau est condamné à 6 mois de prison le 29 juillet 1941 par le tribunal de Saint Cloud pour propagande communiste (la fin de sa peine est prévue au 15 janvier 42, comme pour Robert Moricci). André Rousseau est alors interné à la prison du Cherche Midi (juillet-août 1941), puis à Fresnes (d’août à octobre 1941) et à Villeneuve-St-Georges (d’octobre 1941 à janvier 1942).

Le 13 novembre 1941, son nom (ainsi que celui de Marcel Linard) est inscrit sur une liste d'otages (ci-contre).
A l’expiration de sa peine de prison, le 14 janvier 1942, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule «2386». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Rousseau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
André Rousseau est enregistré à son arrivée à Auschwitz I «Stammlager» (camp principal), le 8 juillet 1942 sous le numéro 46078. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet ils sont interrogés sur leurs professions. « Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres (…) nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block» (Pierre Monjault). André Rousseau est de ceux qui restent à Birkenau. Il décharge des wagons : "du bois à mettre en piles sous les coups et les hurlements".
Un soir, le 16 ou le 17 mars 1943, après l’appel, les vingt-cinq «45000» survivants à Birkenau sont rassemblés. Consignés dans un block, André Rousseau et dix-sept d’entre eux sont conduits le lendemain sous escorte au camp principal d’Auschwitz I. Il a travaillé en mai 1943 avec Gustave Remy (déporté du travail puis déporté à Auschwitz pour des lettres écrites à son frère où il écrivait détester les Allemands), qui l'a vu "affaibli par un an de déportation". Pierre Monjault a également témoigné de son état «Je remorquai comme je pouvais des camarades jusqu’au Block. Un jour, le camarade Rousseau, de Vigneux (2) me dit : “Pierrot, je vais crever, c’est fini” et se pencha sur mon épaule. Je lui dis : «Mais mon vieux, nous crèverons tous, allez viens. Et avec bien du mal nous sommes rentrés au Block. Le lendemain il allait mieux».
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, André Rousseau est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Il fait partie des trente six « 45000 » qui restent à Auschwitz jusqu’en janvier 1945. L'évacuation du camp d'Auschwitz, se fait alors en plusieurs directions : douze "45 000" sont dirigés sur Gross-Rosen, deux sur Buchenwald, vingt sur Mauthausen.
André Rousseau est transféré à Mauthausen entre le 18 et le 25 janvier. Il y reçoit le matricule «119 238». Le 15 ou 17 avril 1945, il est évacué à pied sur Ebensee (aménagement d'usines souterraines, province de Salzbourg) où il est libéré le 6 mai 1945.
André Rousseau est rapatrié le 26 mai 1945. Il a été homologué «Déporté Politique» en 1960. La carte de «Déporté résistant» lui a été refusée.
André Rousseau est mort le 30 décembre 1963 à Villeneuve-St-Georges. Il a été déclaré "Mort pour la France".
  • Note 1 : «A l’automne 1941, un «Code des otages» rappelle et formule les règles devant gérer les fusillades et le choix des victimes. Cette période est l’occasion d’une nouvelle radicalisation de la politique répressive des autorités allemandes. Mais dès décembre 1941, alors qu’ Hitler juge insuffisant le nombre d’otages fusillés, le MBF demande également à Berlin d’y ajouter des déportations massives de représailles, considérées plus dissuasives» (S. Klarsfeld, 1979 ; C. Cardon-Hamet, 1997-2000 ; R. Delacor, 2000 ; A. Meyer, 2002 ; J-M. Berlière, F. Liaigre, 2004 ; G. Eismann, 2005). In Thomas Fontaine. © Chronologie : Répression et persécution en France occupée 1940-1944, juin 2010. Lire aussi dans ce blog : Une déportation de répression de la Résistance.
  • Note 2 : Il s’agit bien d’André Rousseau. En effet Vigneux est une ville limitrophe de Draveil, et le seul autre «45000» rescapé nommé Rousseau est Georges Rousseau, maire de Vierzon.
Sources
  • Liste d'otages XLIII.3 , n° 128 de cette liste.
  • Témoignage de Gustave Remy (correspondance en juin 1990).
  • "Quatre années de souffrance pour rester Français", mémoire de 70 pages écrit par Lucie Kerjolon pour Pierre Monjault.
  • © «Caractères draveillois, Résistance et création», dossiers thématiques, témoignages et notices biographiques sur la Résistance à Draveil, site animé par Martine Garcin.
  • Correspondances avec Martine Garcin, animatrice de «Draveil-resistance».
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, fiche individuelle consultée au Val de Fontenay en avril 1992 et dossier individuel consulté à Caen en novembre 1993.
  • © Photo : André Rousseau à son retour de déportation (Collection Roger Payen) sur le remarquable site internet de © draveil-resistance.com (expo).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
Biographie rédigée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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