L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOURA Robert, Emile, Léon






Robert Moura est né le 14 novembre 1898 à Paris (XIXème).

Il habite 12 rue Perrin Maréchal à Garges-lès-Gonesse (Seine et Oise - Val d'Oise) au moment de son arrestation. Il est le fils de Mathilde Robinot, sans profession et de Léon Moura, employé de commerce.

Il est chef comptable aux Chemins de fer du Nord, et c’est sur son lieu de travail qu’il fait la connaissance de sa future épouse, elle-même comptable.

Il se marie le 20 juin 1920 avec Charlotte Vasseur, à Paris XXème (photo du mariage. A sa gauche, sa mère, et son père au dessus de sa femme).

Ils ont un garçon, Pierre, né le 27 décembre 1923 à Paris XXème.
Le couple divorce le 9 juin 1938. Robert Moura vit alors avec Marcelle Michel à Garges-lès-Gonesse. On sait qu’il est communiste.
Pendant l’Occupation, Robert Moura est arrêté le 1er novembre 1940 à Garges-lès-Gonesse par des policiers français. Motif : "Communiste" (BAVCC). Il est interné le même jour au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 27 juin 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 832.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Robert Moura est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45910 ?», figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. De plus, la photo du matricule «45910 » est manquante : il est donc impossible de comparer avec une des photos d’avant guerre). Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro, qui ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Robert Moura meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 834). Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre, ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités : il est probable qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie. Les SS indiquaient des causes naturelles fictives sur les registres des infirmeries pour masquer ces assassinats collectifs.
L’arrêté ministériel du 31 juillet 1997 apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès et paru au Journal Officiel du 4 Décembre 1997, porte encore la mention «décédé le 15 février 1943 à Auschwitz (Pologne)». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé une date de décès fictive afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, mais il est regrettable que le ministère ne prenne pas désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu).
Le nom de Robert Moura est inscrit sur le monument aux morts du cimetière de Garges-lès-Gonesse.

Sources
  • Courrier de Pierre Moura, son fils, à André Montagne (3 juin 2002).
  • Courriers et photos que Pierre Moura m'a adressés, juillet 2002.
  • Photocopie de l’avis de décès d’Auschwitz (en polonais), daté du 7 décembre 2000.
  • Témoignages de René Petijean et d’Henri Mathiaud, de Clichy.
  • Mairie de Garges (19 juin 1992).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste V (31900) - Liste S (252)
  • Site «Les plaques commémoratives, sources de mémoire». © Photo.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © The Central Database of Shoah Victims' Names.
  • © Archives en ligne, Paris
Biographie rédigée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

3 commentaires:

R.Moura a dit…

Merci infiniment pour cet hommage à mon arrière grand-père. Je suis très émue. Il n'aura pas pu connaître ses petits-enfants. Mais grâce à vous sa mémoire et celle de ceux qui ont partagé son martyre nous est en quelque sorte rendue. Bravo pour vos recherches et encore merci.
Raphaèle Moura

Charline Moura a dit…

Je me joins à ma sœur afin de vous remercier pour toutes vos recherches si précieuses pour nous...
Notre arrière grand-père est mort le 19 septembre 1942 à Aushwitz, je suis née le 19 septembre 1986, 44 ans après, la mémoire est toujours présente.
Charline Moura.

Elie Guégain a dit…

Et je me joins à mon tour à mes deux cousines pour vous dire merci. Je ne me rappelais plus les dates et certains autres détails de cette histoire que j'avais lu dans "le convoi des 45000" consulté chez mon grand-père (son fils Pierre Moura) maintenant décédé. Aujourd'hui son prénom m'est revenu en mémoire et j'ai été stupéfait de voir cette page, avec les photos et toute l'histoire, en tapant le nom de mon arrière-grand-père sur le net. Grâce à vous notre ancêtre est au top des nouvelles technologies, et sans vous cette histoire était certainement perdue.
Elie Guégain.