L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MORICCI Robert, Alphonse



Robert Moricci lors d'une quête pour le peuple espagnol montage (Collection Images Mémoire draveilloise).

Robert Moricci est né le 22 janvier 1922 à Paris XIVème (Seine). Il habite au 48 rue Victor Hugo à Draveil (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.

A Draveil, il est ami avec Maurice Le Berre (né en 1921), arrivé à 10 ans dans cette ville : «il jouait au SOI (1), venait le jeudi, le dimanche, aux colonies de vacances, et tous ces jeunes jouaient ensemble.Il est coupeur de bois, garçon de café. On sait par sa fiche d'otage qu'il est marié, sans enfant.

C’est là que Le Berre a pris les premiers contacts qui se sont solidifiés au «Camp de la Paix», notamment avec Pierre Georges, le futur Colonel Fabien (…). D'autres gamins du SOI deviendront des résistants (…) Très vite, le terrain de Mainville est investi par de nombreux groupes SOI de toute la Région parisienne puis du monde entier. Il sera connu sous le nom de «Camp de la Paix». De fortes amitiés se nouent au Camp de la Paix dans les années d’avant-guerre. Elles allaient devenir décisives lorsqu’il a fallu former les premiers groupes de résistance, trouver des partenaires sûrs et solides» (Martine Garcin).
Robert Moricci est membre de la Fédération des Jeunesses communistes et participe aux activités de celle-ci.
Il a 17 ans en 1939.Il est arrêté dans la nuit du 13 au 14 juillet 1941 par la Police française (Commissariat de Montgeron, préfecture de Versailles), "pour le compte de la Feldkommandantur 758", pour une distribution de tracts du Front National préparant la manifestation du 14 juillet (avec Marcel Linard, André Rousseau et Pierre Bonnot).
Il est condamné le 21 juillet 1941 à 6 mois de prison par le tribunal de Saint Cloud pour propagande communiste (la fin de sa peine est fixée au 15 janvier 42, comme pour André Rousseau). Il est alors interné à Fresnes puis au Cherche-Midi (le 2 août 1941), et au fort de Villeneuve-St-Georges (André Rousseau y est également interné d’octobre à janvier 1942).

Robert Moricci figure sur une première liste d'otages XLV -29 (ci-contre) en date du 13 novembre 1941.
Son nom est ensuite inscrit sur une liste d’otages susceptibles d’être exécutés - XLV a2 / n°2 de la liste - (2) et à l’expiration de sa peine de prison, le 14 ou le 15 janvier 1942, il est donc remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Robert Moricci est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45 897 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. De plus, la photo de ce matricule est manquante. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
Robert Moricci meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 829). Cent quarante huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre, ainsi qu’un nombre important de détenus d’autres nationalités : il est probable qu’ils sont tous morts gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie. Les SS indiquaient des causes naturelles fictives sur les registres des infirmeries pour masquer ces assassinats collectifs : Pour Robert Moricci, comme pour d’autres, la mention portée est «maladie du coeur, échec de circulation sanguine».
Robert Moricci a été homologué «Déporté Politique». La mention «Mort pour la France» est portée sur son acte de décès, ainsi que la mention «Mort en déportation» (JO du 14 décembre 1997). Son nom est inscrit sur le monument aux morts du cimetière de Sénart (relevé Christian Dussaussoy).
  • Note 1 : Secours Ouvrier International : «Le SOI est le premier groupe qui se soit occupé d’enfance à côté du curé de Draveil» (Roger Payen, in «SOI et Camp de la Paix de Mainville, pépinières de résistants», © «Caractère Draveillois».
  • Note 2 : «A l’automne 1941, un «Code des otages» rappelle et formule les règles devant gérer les fusillades et le choix des victimes. Cette période est l’occasion d’une nouvelle radicalisation de la politique répressive des autorités allemandes. Mais dès décembre 1941, alors qu’ Hitler juge insuffisant le nombre d’otages fusillés, le MBF demande également à Berlin d’y ajouter des déportations massives de représailles, considérées plus dissuasives» (S. Klarsfeld, 1979 ; C. Cardon-Hamet, 1997-2000 ; R. Delacor, 2000 ; A. Meyer, 2002 ; J-M. Berlière, F. Liaigre, 2004 ; G. Eismann, 2005). In Thomas Fontaine. © Chronologie : Répression et persécution en France occupée 1940-1944, juin 2010. Lire aussi dans ce blog : Une déportation de répression de la Résistance.
Sources
  • Liste d’otages XLV a2 (pages 156 et 157).
  • Attestation d'appartenance au Front National de lutte dès sa création (Munier, Liquidateur).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste V n° 31516, liste S n°249.(«troubles cardiaques»
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site Mémorial Genweb
  •  © Site "Caractères draveillois, Résistance et création" http://draveil-resistance.com
Biographie rédigée en août 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

1 commentaire:

Martine Garcin a dit…

Pour replacer Robert Moricci dans le contexte de la résistance draveilloise et compléter les "Sources", voir le site
"Caractères draveillois, Résistance et création"
http://draveil-resistance.com