L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GENOU Cyrus, Maxime, Amédée

Cyrus Genou le 8 juillet 1942

Matricule 45587 à Auschwitz



Cyrus Genou est né le 30 mars 1899 à Neuville-aux-Bois (Loiret). 
Il habite au 70 rue Edouard-Vaillant à Athis-Mons (Seine / Essonne) au moment de son arrestation. Il est le fils d'Eugénie Legrand, 38 ans, sans profession et d'Adelmard Genou, 38 ans , journalier, son époux.
Lors du conseil de révision, Cyrus Genou est pupille de la nation. Son registre matricule militaire indique qu’il habite Orléans et qu’il est cultivateur (il sera plus tard cimentier). Il mesure 1m 57, a les cheveux châtains, les yeux marrons, le front bombé, le nez vexe proéminent et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Bataillon cycliste
Cyrus Genou, conscrit de la classe 1919, s’engage volontairement pour 4 ans à la mairie d’Orléans au titre du 4ème groupe cycliste. Chasseur de deuxième classe, il arrive au corps basé à Verdun le 24 septembre 1917, dépendant du 19ème Bataillon de Chasseurs à Pied rattaché à la 4ème Division de Cavalerie de Sedan (1). Il passe au 1er groupe cycliste dépendant du 26ème BCP le 23 juin 1918. Il passe ensuite dans ce régiment le 24 juin. Après l’armistice, Cyrus Genou est passé au 17ème BCP le 19 février 1920 et est en occupation des Pays Rhénans. Le 21 septembre 1920, il est incarcéré à la prévôté de la 47ème DI. Il est condamné à 8 mois de prison avec sursis par le 3ème Conseil de guerre pour « refus d’obéissance » (les informations concernant les causes de cette condamnation sont soir raturées, soit recouvertes dans le registre matricule). Du 4 février au 6 août 1921, il est avec les troupes d’occupation en Haute Silésie. Puis à nouveau les Pays Rhénans du 7 août au 21 septembre 1921.
Après sa démobilisation il travaille comme cimentier. En septembre 1924 Cyrus Genou habite Chartres au 13 rue des Montvilliers. Il épouse Paulette, Edith, Coralie Lucas à Chartres le 11 octobre 1924. Le couple va alors habiter au 22 rue des Rigoles à Paris 2ème
Le 11 juin 1926, Cyrus Genou habite au 110 rue de Silly à Boulogne-Billancourt.
Devenu veuf, il épouse en secondes noces Mathilde Mignon, le 17 novembre 1928 à Paris 20ème. Celle-ci est domestique, née à La Chapelle d'Anguillon (Cher) et habite Paris, 17 rue Cambacérès. Le couple a trois enfants. 
Ils habitent Athis-Mons en août 1929, au 70 rue Edouard Vaillant et ce jusqu’à son arrestation.
Cyrus Genou est témoin au mariage de sa nièce, Raymonde Duchon (fille de sa sœur, Rose Genou) avec Bernard Courrioux le 11 février 1935 à Pithiviers.
Commissions municipales 27 juin 1936. Document J.C. Courriou
Cyrus Genou est élu conseiller municipal d’Athis-Mons en juin 1936, une ville dont le maire est communiste de 1921 à 1939. 
Signature de Cyrus Genou lors de l'élection du deuxième adjoint
Lors de la séance du 27 juin 1936, Cyrus Genou est désigné à l’unanimité du Conseil municipal comme membre de la Commission  « Travaux », où il siège avec Lucien Midol (2), 1er adjoint au Maire, et de la commission Voirie et hygiène.
Pendant l’Occupation la mairie est le siège de la Kommandantur. 
Cyrus Genou est arrêté le 25 octobre 1940 (arrêté du Préfet de Seine et Oise du 13 octobre 1940 décidant sa résidence forcée au camp d'Aincourt (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt)
Témoignage de la mère de M. Jean-Claude Courrioux, petit neveu de Cyrus Genou : « j’avais un oncle, Cyrus, le frère de maman, qui a été raflé pendant la guerre par la police française, un soir en rentrant du travail, devant sa femme et ses enfants, pour la simple raison qu’il était communiste et conseiller municipal d’Athis-Mons. Puis plus de nouvelles, hormis cette carte postée de Compiègne avec ces simples mots : tout va bien ».
Le camp d'Aincourt @ blog de Roger Colombier
Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables». Il est interné avec ses camarades, au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés.
Après 8 mois d'internement à Aincourt, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci le transfèrent le 27 juin 1941, avec 87 autres internés d'Aincourt, au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Cyrus Genou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 jusqu'à la correspondance reçue de son petit neveu, M. Jean-Claude Courrioux, fin 2014.
En effet M. Gaston Duchon (l'oncle de M. Jean-Claude Courrioux), âgé de 91 ans, a formellement reconnu lors d’une réunion de famille en 2014 la photo tirée du présent blog, que lui présentait son neveu, sans préparation préalable.  « Lui c’est un communiste ». « Tu connaissais bien ton oncle Cyrus ? - Bien sûr que je m’en souviens - Le reconnais-tu sur la photographie ? - C’est bien lui. Il ajoute « il n’était pas si maigre et il a de la barbe ». "C’est bien lui, sauf la barbe " (répété deux fois).
Le 8 juillet 1942, immatriculation
Le numéro « 45587 » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, correspondant au plan alphabétique et à l'âge du déporté semblait correspondre. 
La reconnaissance, par son neveu de son portrait d’immatriculation en fournir la preuve.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Cyrus Genou meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d'’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 343). 
Son certificat d'état civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «décédé en octobre 1943 à Auschwitz (Pologne)» (publication au JO du 14 septembre 1991, à l’occasion de l’apposition de la mention «mort en déportation»). Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les états civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de "Déporté Politique" a été attribué à Cyrus Genou, la carte a été délivrée à Mathilde Genou. Son nom est inscrit près du monument aux morts d’Athis-Mons, situé dans le cimetière communal. Stèle «A la mémoire de nos morts qui ne peuvent reposer en terre française».
  • Note 1 © In Pdf « Nos anciens à travers les temps / Les groupes cyclistes ».
  • Note 2 : Syndicaliste et dirigeant communiste, Lucien Midol est secrétaire de l’Union PLM puis secrétaire général de la Fédération nationale des chemins de fer, membre du comité central (1926-1938) et du bureau politique (1924-1959) du Parti communiste. Député de Seine-et-Oise (1932-1940, 1945-1958), il sera maire d’Athis-Mons de 1944 à 1948. 
Sources
Dossier de JP Courrioux
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en février 1992 (la date de son décès indiquée sur la fiche est le 6 octobre 1943).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin- Juin 2003 - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb, relevé de Bernard Tisserand.
  • Etat civil en ligne du Loiret, accessible depuis 2012.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © The Central Database of Shoah Victims' Names.
  • Lettre de M. Jean Claude Courrioux que je remercie vivement (15 septembre 2014) et envoi postal de janvier 2015, avec de nombreux documents : acte de naissance, actes de mariage, acte de décès d'Arolsen, PV d'installation du conseil municipal (27 juin 1936).
Biographie rédigée en août 2011 (modifiée en janvier 2015) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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