L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUGRES Henri, Arthur



Matricule "45501" à Auschwitz

Henri Dugrès est né le 11 octobre 1891 à Sailly-le-Sec devenu Sailly-Flibeaucourt (Somme) en 1906. Sa mère Ernestine Wargnier est ménagère, son père Antoine Dugrès est serrurier. Il a quatre frères. Henri Dugrès habite au 8 rue des genêts à Paray-Vieille Poste (Seine-et-Oise / Essonne) au moment de son arrestation.
Il est sellier aux ateliers des chemins de fer du Nord du Landy (gare du Nord). 
Conscrit de la classe 1911 Henri Dugrès  est incorporé au 17ème Régiment d’artillerie le 9 octobre 1912. Il est nommé « premier canonnier servant » en octobre 1913.
La déclaration de guerre le mobilise dans son régiment. Il est « aux armées » jusqu’au 28 septembre 1918 date à laquelle il est blessé au cou par un éclat d’obus pendant des combats devant Tahure (au nord de Perthes-les-Hurlus, dans la Marne). Il est évacué sur l’hôpital temporaire du Lycée Michelet à Vanves, puis à celui de Montpellier. 
Henri Dugrès est cité à l’ordre du jour du 17ème régiment d’artillerie (n° 101 du 25/10/1918) « excellent canonnier ayant donné de nombreuses preuves de courage. Blessé a conduit quand même sa voiture jusqu’à la position de batterie ». Il reçoit la croix de guerre avec étoile de bronze. Le 6 novembre 1918, il rejoint son unité après 15 jours de permission. Il passe au 21ème Régiment d’artillerie le 7 décembre 1918. Il est démobilisé le 7 août 1919 et se retire à Sailly-Flibeaucourt.

Cheminot, il est classé « affecté spécial » au titre de la réserve de l’armée comme « employé permanent aux chemins de fer du Nord (…) »
Il reprend son travail aux chemins de fer du Nord, mais il est révoqué après les grèves de 1920 (1) et trouve alors du travail comme sellier chez Citroën. Il est marié, père d’une fille Renée.
Militant communiste, il est élu conseiller municipal et devient maire-adjoint de Paray Vieille Poste.
Le 11 avril 1936, il est classé pour la réserve de l’armée comme « affecté spécial classe III à la société André Citroën, 143 quai de Javel à Paris 15ème , comme sellier ».
Henri Dugrès est réintégré à la SNCF, juste avant 1939 selon sa fille.
Le 5 octobre 1939 le maire Léon Bertrand et tout le conseil municipal sont suspendus : à partir du 20 novembre 1939 et pendant toute l’Occupation, la commune est «administrée» (délégation spéciale présidée par M. Chrétien, puis par Marcel Souillat jusqu’à la Libération de Paray, le 24 août 1945).
Le maire est arrêté le 24 octobre 1940, par la police française, en même temps que l'ensemble du Conseil municipal (cinq d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Henri Dugrès (arrêté à son domicile), François Malard, Marcel Ouvrier, Eugène Tartasse, Marcel Vaisse. Ces arrestations ont lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables».
Henri Dugrès est interné avec ses camarades, au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. Le maire Léon Bertand est déporté en Algérie).
En février 1942, selon sa fille, il est remis aux autorités allemandes à leur demande - en réalité il fait partie - avec ses camarades de Paray - d'un groupe de 88 militants transférés le 27 juin 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Dugrès est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Henri Dugrès est enregistré à l’arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule 45501. Il meurt à Auschwitz le 7 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 245). Néanmoins, son certificat d'état civil établi en France le 23 septembre 1946 porte toujours la mention «décédé le 30 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne». Si la mention «Mort en déportation» y a été apposée (arrêté du 14 février 1989/ JO du 24 mars 1989), il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les états civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le nom d’Henri Dugrès figure sur le monument aux morts du cimetière de Paray, ainsi que sur le monument «Aux Héros de la Résistance 1940-1945», place Maxime Védy, avec celui de 12 autres de ses camarades, fusillés ou mort(e)s en déportation. A l’initiative du maire Léon Bertrand revenu de déportation en Algérie, la rue de l’école Jules Ferry (occupée par les Allemands en 1944), porte son nom depuis la Libération.
  • Note 1 : les grèves dans les chemins de fer et les mines du Nord en février-mars 1920 sont brisées par le gouvernement Millerand qui fait voter par le parlement une loi permettant la mobilisation de certains secteurs des réseaux de chemin de fer. La grève des cheminots, dans la première moitié du XXème siècle, est un délit passible de la correctionnelle.
Sources
  • Courriers de sa fille Renée Samson-Dugrès (octobre 1978).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Mme Janine Henin professeur d'Histoire : envoi d’informations et d’une partie de la maquette du livre «Paray d'hier et d'aujourd'hui» / Collectif, Henin (J.), coord. Ville de Paray-Vieille-Poste, 1988.
  • Liste du Mouvement de Libération Nationale: dossier AU2.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. "Premier camp d'internement des communistes en zone occupée", Dir. C Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne de la Somme, état civil et registres matricules militaires.
Biographie rédigée en août 2011 et complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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