L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MORIN Albert

Manifestation après guerre. Le nom des déportés figure sur la pancarte

Albert Morin est né le 14 août 1897 à Paris 12ème
Il est le fils de Marie, Juliette Morin, 23 ans, domestique, domiciliée au 2 rue de Cotte.
Albert Morin habite au 22 rue Lapostolle à Amiens (Somme), proche de la gare, au moment de son arrestation.
Il est cheminot, mécanicien de route au dépôt SNCF d’Amiens. 
Il est membre du Parti communiste. Pendant l’Occupation, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, une grue de relevage de 32 tonnes est sabotée au dépôt d’Amiens. La plaque tournante du dépôt d'Amiens saute le 11 mai 1942 (ce qui paralyse pour longtemps le trafic). A titre de représailles, les Allemands arrêteront au total 37 cheminots du dépôt d’Amiens pour ces deux sabotages.
Des policiers allemands (Gestapo) arrêtent Albert Morin le 10 mai 1942. Le motif qui figure sur sa fiche établie au BAVCC à partir des archives De Brinon est "Participation présumée aux actes de sabotage d'Amiens du 30 avril".
Huit autres cheminots du dépôt d’Amiens-Longueau sont arrêtés entre le 3 et le 20 mai et seront également déportés à Auschwitz avec lui : Roger Allou, Clovis Dehorter, Paul Baheu, Fernand Boulanger, Fernand Charlot, Emile Poyen et Francois Viaud. Lire l’article du blog : Des cheminots d'Amiens-Longueau dans la Résistance.
Albert Morin est incarcéré sans jugement du 12 mai 1942 au 16 juin à la maison d'arrêt d'Amiens. Il est alors transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage, où il reçoit le n° matricule 5988. Après des démarches auprès de Brinon (délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés), son fils fera une demande à la Croix rouge allemande le 17 mai 1944, un des camarades de son père ayant donné des nouvelles à sa famille (il s’agit certainement de Francois Viaud, seul cheminot rescapé d’Amiens). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Morin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45902 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure donc plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Albert Morin meurt à l'infirmerie d'Auschwitz Auschwitz le 7 octobre 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 829).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 30 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)» qui correspond à la déclaration que Georges Peiffer a fait à la Libérationil est mort fin 1942 »). Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 14 décembre 1997). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Il est déclaré «Mort pour la France» le 3 avril 1948. Il est homologué «Déporté politique».
Le nom d’Albert Morin est inscrit sur la stèle commémorative située dans l'enceinte de l'Etablissement de Maintenance et Traction Haute Picardie au 39 rue Riolan à Amiens et sur le monument aux Morts de la Gare du Nord.

Sources
  • Lettres de Mme Jacqueline Jovelin, de Claudius Dehorter (2/12 octobre 1990) et de la fille de Georges Poiret (10 octobre 1990).
  • Mme Jacqueline Jovelin m’a envoyé en octobre 1990 la photocopie d’une carte postale (manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyen, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»).
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en février 1993.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © The Central Database of Shoah Victims' Names
Biographie rédigée en juillet 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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