L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOURNEL Orphée, Aristophane, Bias



Matricule "45695" à Auschwitz

Orphée Journel est né le 6 août 1896 au domicile de ses parents à Allenay (Somme). Il est le fils de Marie, Pascaline, Célestine Delettre, 28 ans, serrurière et d’Edmond, Lépold, Albert Journel, limeur en cuivre, conseiller municipal, 31 ans son époux.
Au moment du conseil de révision, Orphée Journel habite Allenay, chez ses parents. Il travaille comme tourneur sur métaux. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 76, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front large et le nez rectiligne et long, le menton saillant, le visage large. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation (le 8 avril 1915) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le 11 avril au 120ème régiment d’infanterie.
Il est détaché au chantier de Penhoët à Saint-Nazaire le 16 août 1915 : il rentre au dépôt du 120ème RI le 2 décembre 1916. Il passe au 77ème régiment d’infanterie le 26 avril 1916, puis au 264ème régiment d’infanterie, sur le front, le 19 septembre 1916. Son régiment a quitté la Somme et remonte au front dans le secteur de Vic-sur-Aisne. Nouvron et Vingré. 
Croix de Guerre
étoile de bronze
Le 5 novembre 1916, Orphée Journel est cité à l’ordre du régiment (OJ n° 104) «  A défendu avec acharnement un barrage de boyaux, interdisant à l’ennemi toute progression » Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. Le 10 avril 1918, passé dans la réserve de l’armée active, il est maintenu au corps en vertu du décret de mobilisation. Il passe au 91ème régiment d’infanterie le 18 février 1919, puis au 501ème régiment de chars d’assaut le 22 avril 1919.
Il est démobilisé le 30 août 1919, « certificat de bonne conduite » accordé. Il « se retire » à Allenay.
Orphée Journel épouse Marie, Emilienne, Rachel Monard le 25 octobre 1919 à Saint-Quentin-La Motte-Croix au Bailly (Somme).
Le couple aura 9 enfants.

Le 18 avril 1932, père de 7 enfants, il est dégagé de toute obligation militaire.
Il est président de la Société sportive "l'Allenaysienne".
Militant communiste et syndicaliste CGT, Orphée Journel est élu conseiller municipal d'Allenay aux élections partielles de 1926. Il est maire-adjoint, puis élu maire en 1934.
A la suite d'un changement de travail, il s'installe à Cayeux-sur-Mer (Somme) où il est tourneur sur cuivre puis artisan (selon son fils, Argus Journel, il est en liquidation judiciaire à la suite de la guerre). Il est secrétaire de la section communiste de Cayeux-sur-Mer.
Pendant l'Occupation, il est arrêté à son domicile à Cayeux-sur-Mer, le 23 octobre 1941 par les Allemands et un gendarme français de la Brigade de St Valéry-sur-Somme (Somme) lors d’une vague d’arrestations qui touche le département (son fils mentionne parmi les personnes arrêtées M. Thomas de Saint-Quentin-la-Motte-Croix, le père et le fils Hurtelle,  Julien Hesdin et Cléophas Brutelle).
Il est conduit devant le tribunal de la Feldkommandantur 580 siégeant dans une salle de l'Hôtel de Ville d'Abbeville (Somme). Le rapport d'enquête, fourni par la police française, fait état de ses activités politiques depuis 1926, date de son élection à Allenay.
Orphée Journel est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), quelques jours après ceux "du groupe du Vimeu".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45695" selon les registres du camp.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Le 8 juillet 1942
René Maquenhen, que son fils a bien connu, lui a dit que son père "atteint de dysenterie à Auschwitz, a été transporté à l'infirmerie en août,  [puis] on ne l'a jamais revu".
Orphée Journel meurt à Auschmitz le 13 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 530). La mention “Mort en déportation” a été apposée sur son acte de décès (J.O. du 21-10-1994).
Il est homologué "Déporté politique" (services du Colonel Dumoin, d'Amiens). 
La rue principale d'Allenay
porte son nom
La rue principale d'Allenay porte son nom. 
Il est inscrit sur la plaque des monuments aux morts de Cayeux-sur-Mer et d'Allenay. Une plaque du souvenir est apposée au siège de la Société sportive «l'Allenaysienne».
Son 5° fils, Guy, âgé de 16 ans, résistant FTPF du groupe André Pagnou de Mers-les-bains, est arrêté le 14 juin 1944 à Cayeux-sur-Mer. Déporté à Flossenbürg, il y est fusillé le 29 mars 1945.

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par M. Argus Journel, le 4° de ses 9 enfants (22 septembre 1990)
  • Témoignages de René Maquenhen (1945).
  • Liste des décédés à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942, du 18 juillet 1942 au 19 août 1942. Ref ACVG 1/19, liste N°3
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne de la Somme, état civil et registre matricule militaire.
Biographie rédigée en juillet 2011, complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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