L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEBRIE Norbert, Maurice


Norbert Debrie est né le 2 mai 1908 à Montataire (Oise). Fils d’Irma, née en 1885 à Maubeuge, sans profession, et d’Octave Debrie, né en 1884 à Montataire (Oise), manouvrier à l’imprimerie Voirin dans cette ville.
Norbert Debrie habite à Vincelles (Yonne), au moment de son arrestation. Sa sœur aînée, Solange est née à Montataire en 1904.

On sait par René Petijean né à Vincelles et qui a connu Norbert Debrie à Compiègne, que celui-ci est cordonnier (lettre du 8 octobre 1945 à Cécile VARENNE).
Pendant l’Occupation : «dès le mois de janvier 1941, le préfet de l’Yonne, dans un rapport à l’ambassadeur délégué général du gouvernement français des territoires occupés à Paris, affirme qu’une répression impitoyable doit «permettre de lutter efficacement contre la gangrène bolchevique». Le 9 janvier (…), le préfet Bourgeois ouvre le «camp» de Vaudeurs pour y interner des opposants politiques, pas tous communistes » (1).
Norbert Debrie est arrêté le 6 janvier 1941 à Vincelles, interné au Centre d’internement administratif de Vaudeurs (château de Vaudeurs), comme "présumé communiste" avec 23 «autres militants ou sympathisants de l’ex PC» («Le Bourguignon» du 11 janvier 1941).

«Le camp de Vaudeurs ne fut pas un rêve ! C’est surtout par la nourriture que nous avons le plus souffert : par exemple un poireau gros comme le doigt, il en était donné 11 pour 12 personnes. Le régime, supportable au début devint de plus en plus sévère» témoignage de Noël Fossier et Gaston Foix (2). Le «Travailleur» écrit en 1945 : «les internés du camp de Vaudeurs souffraient de la faim, du froid et des sévices du chef Chapron».
Norbert Debrie est autorisé à venir chez lui à Vincelles pour une permission : « il fut sollicité par Danrée pour passer dans la clandestinité. Il refusa, ayant promis de revenir, craignant que ses camarades ne soient inquiétés » (2).

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 27 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. 
On connaît cette date par une lettre de Georges Varenne adressée à sa femme le 29 mai : "avant-hier Debrie et deux camarades de Vaudeurs sont arrivés auprès de nous. Ils vont bien tous trois ainsi que les autres camarades" (on sait également par l’ARORY - bulletin n° 16 - que l’un d’eux est Pierre Leroy qui sera déporté avec eux à Auschwitz).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Norbert Debrie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (1). Le numéro « 45430 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».
orbert Debrie meurt à Birkenau (selon René Petitjean, cf. lettre ci-dessus), le 24 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 217). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (J.O n° 10 du 12 janvier 2008). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995.
Le titre de «Déporté Politique» a été attribué à Norbert Debrie. Une plaque apposée au mur de son domicile rappelle sa mémoire. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Vincelles, au cimetière communal.
  • Note 1 : Joël Drogland, dans le dossier consacré au commissaire Grégoire (Bulletin n° 15 «Yonne Mémoire» de l’ARORY Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne).
  • Note 2 : Robert Bailly, qui l’a bien connu mentionne ce fait dans "Les feuilles tombèrent en avril" (pages 48 et 57), et dans "Occupation hitlérienne et Résistance dans l'Yonne"
Sources
  • Mairie de Vincelles, 27 octobre 1990.
  • Lettre de Robert Bailly, 19 février 1991.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives départementales de l’Oise en ligne, état civil de Montataire (in recensement de 1911)
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Le château de Vaudeurs est devenu un centre de vacances pour les enfants de Malakoff.
Biographie rédigée en juillet 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: