L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DADE Maurice, Omer


Matricule "45417" à Auschwitz

Maurice Dadé est né le 9 septembre 1896 à La Belliole (Yonne). Il est le fils d’Amélie Méry, épicière et d’Arthur Dadé, cafetier, son époux. Maurice Dadé habite à Villeneuve-la-Guyard (Yonne), au 11 rue Blanche au moment de son arrestation.
Au moment du conseil de révision, Maurice Dadé habite Vallery comme ses parents et il y travaille comme cultivateur. 
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 74, a les cheveux châtain foncé, les châtain, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale.  Il a un niveau d’instruction n°3 pour l’armée (i.e. sait lire , écrire, compter et possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1916, Maurice Dadé est mobilisé par anticipation le 12 avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le jour même au 1er régiment de cuirassiers (campagnes de Picardie et de Champagne).
Il passe dans la réserve active le 10 avril 1918, mais est maintenu au corps en vertu du décret de mobilisation générale. Le 22 juillet 1919, radié du corps, il passe au 11ème régiment de cuirassiers.
Le 3 septembre 1919 il est nommé soldat de 1ère classe. Il est mis en congé de démobilisation le 24 septembre 1919 par le 8ème Chasseurs (certificat de bonne conduite accordé, il sera titulaire de la médaille de la victoire) et se retire à Bray-sur-Seine, puis à Villiers-Louis.
En janvier 1920, il habite Chigy (Yonne) puis revient à Villiers-Louis en juin
Il se marie à Villeneuve-la-Guyard le 22 avril 1922 avec Lucienne Percheron. Le couple a un enfant et habitera désormais à Villeneuve-la-Guyard.
Le 15 janvier 1938, il est affecté, pour une éventuelle mobilisation, à la 5ème compagnie d’ouvriers à l’atelier de chargement de Saint-Florentin. Il est « rappelé à l’activité » (décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939) et affecté au groupe 81 de la 5ème compagnie d’ouvriers à St Florentin. Il arrive au corps le 5 septembre. Il est classé travailleur militaire le 10 mai 1940 et passe à la compagnie 8-11 du 8ème BOA. Il est démobilisé le 28 août 1940.

Maurice Dadé est communiste (1). Robert Bailly (2), qui a connu Maurice Dadé, n’a pu me donner d’indications précises sur les circonstances de son arrestation. Mais comme la plupart des militants icaunais arrêtés en juin 1941 (3), il avait eu des activités politiques ou syndicales qui l’avaient fait connaître des services de renseignement français, qui , communiqués, à la demande des Allemands, par les services du Préfet de l’Yonne Joseph Bourgeois (4), ont conduit les autorités allemandes à l’arrêter.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Dadé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45417".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Dessin de Franz Reisz (1946)
Maurice Dadé meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 203). Son certificat d'état civil établi en France après la Libération porte toujours la mention «décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les états civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
La mention «Mort pour la France» est apposée sur son acte de décès. La mention «Mort en déportation» y a été apposée (décret du 24 novembre 1987, paru JO du 2 février 1988).
Une rue de Villeneuve-la-Guyard honore sa mémoire « Rue Maurice Dadé, mort pour la France en déportation 1896-1942». Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
  • Note 1 : Claude Delasselle : «Deux communistes internés au camp de Vaudeurs, Norbert Debrie et Pierre Leroy, pris comme otages par les Allemands et envoyés avec deux autres communistes icaunais également pris en otages, Maurice Dadé et George Varenne, au camp d’ Auschwitz». « Les déportés non raciaux de l’Yonne » in Bulletin n° 16 «Yonne Mémoire» de l’Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne.
  • Note 2 : Lettre du 19 février 1991 de Robert Bailly, Résistant icaunais, auteur de : "Les feuilles tombèrent en avril" et "Occupation hitlérienne et Résistance dans l'Yonne".
  • Note 3 : Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom de code «Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
  • Note 4 : «Dès le mois de janvier 1941, le préfet de l’Yonne, dans un rapport à l’ambassadeur délégué général du gouvernement français des territoires occupés à Paris, affirme qu’une répression impitoyable doit «permettre de lutter efficacement contre la gangrène bolchevique». Joël Drogland, dossier consacré au commissaire Grégoire (Bulletin n° 15 «Yonne Mémoire» de l’Association pour la Recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne).
Sources
  • Mairie de Villeneuve-la-Guyard, 25 février 1991.
  • Archives départementales de l’Yonne en ligne, état civil de La Beliole.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires de l'Yonne.
Biographie rédigée en juillet 2011, complétée en novembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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