L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CREUSET Albert, Louis, Origène




Albert Creuset est né le 9 décembre 1901 à Nibas, fils d'Angélique Himbert, ménagère et de Marie-Alfred Creuset son époux, serrurier.
Il habite à Nibas (par Fressenneville, canton d'Ault, Somme) au moment de son arrestation. 
Au moment du conseil de révision, Albert Creuset habite Mibas où résident ses parents. Il travaille comme serrurier. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 62, a les cheveux châtain foncé, les yeux châtain, le front moyen et le nez « tourné à droite », le visage rond.  Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (i.e. sait lire et écrire).

Conscrit de la classe 1921, Albert Creuset est incorporé le 9 avril 1921 au 507ème régiment de chars basé à Metz, où il arrive le jour même. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 28 avril 1923, et se retire à Mibas.
Albert Creuset épouse Jeanne, Fernande, Léontine Derambure, le 5 juin 1926 à Nibas.
Gilbert Creuset
Ils ont un fils, Gilbert, né le 11 avril 1929 (élu conseiller municipal le 21 mars 1965, il devient maire de Nibas le 19 mars 1983 jusqu’au 15 mars 2008 où il cesse volontairement sa fonction).
Albert Creuset est ajusteur-limeur (tourneur sur cuivre) de profession. 

Albert Creuset est « rappelé à l’activité » en vertu du décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939 et est affecté au 2ème escadron du train auto (compagnie motorisé n° 2) où il arrive le 5 du même mois. Il est démobilisé le 6 septembre 1940.
Après sa démobilisation, revenant de zone libre, il ne retrouve pas d'emploi à l'usine et travaille comme journalier agricole.
Il est membre du Parti communiste. 
Syndicaliste, il est trésorier des syndicats des métaux CGT du Vimeu, dont le siège est à Friville-Escarbotin. Il assume cette responsabilité jusqu'à sa mobilisation, en 1939. "Avant la guerre, le Vimeu avait une vocation industrielle, dont le syndicalisme s'était fortement implanté après la crise de 1934-1936." Ecrit Gilbert Creuset.
Alors âgé de 12 ans, il se souvient de l'arrestation de son père, le 23 octobre 1941 "cette opération fut effectuée par des hommes en uniforme de la Feldgendarmerie, assistés d'un individu en civil de la gestapo et de 2 gendarmes français de la brigade du secteur. Tout ce monde voyageait dans un camion bâché équipé de deux banquettes longitudinales. Le motif invoqué était la nécessité d'un interrogatoire. Après s'être présentés à la maison pour enlever mon père, ces gens là sont allés le chercher sur son lieu de travail. Ce jour-là, il travaillait dans une ferme du village ". Gilbert Creuset pense toujours que cette arrestation eut lieu à la suite "d'une dénonciation indubitable". Mais ses activités antérieures connues le désignent à l'attention des autorités.

Le même jour que lui sont arrêtés d'autres militants connus, LEDUCQ LUCIEN, DESENCLOS LUCIEN , BRIET MARIUS et JOURNEL ORPHEE tous de la même partie du département (la vallée du Vimeu) (1).
Il est conduit rapidement, sans jugement, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), sans doute le 25 octobre, comme Lucien Désenclos et Marius Briet, dont nous connaissons la date d'arrivée à Compiègne). Au début juillet 1942, sa dernière carte annonce à sa famille qu'il part pour une destination inconnue. "Dès lors aucune nouvelle ne nous est parvenue jusqu'à la fin des hostilités".

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Creuset est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro "45413 ? - 46326 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».

Albert Creuset meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 187). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz. Le registre d’état civil de Nibas mentionne « décédé à Auschwitz, Pologne, en octobre 1942 ».
A la libération, son camarade René Maquenhen, rescapé du convoi, a informé la famille de son décès, survenu selon lui à Auschwitz en octobre 1942 ("il est passé par la chambre à gaz et le four crématoire".) C'est cette date qui figurait sur son acte de décès à la Libération. La mention « Mort en déportation » y a été apposée (JO du 2 février 1988). Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995.
Son nom figure au Monument aux Morts cimetière de Nibas. Une plaque a été apposée sur sa maison natale : "Maison natale de Creuset Albert, martyr du camp d'Auschwitz, 1901 - 1942". Une rue de Nibas commémore son nom.
(1) Achille Pruvost qui figure au centre de la carte est arrêté le 21 septembre 1941 à Tuilly, interné à Compiègne, est déporté le 24/01/1943 à Sachsenhausen et meurt le 23/07/1943 à Oranienburg.

Sources
  • Lettre de son fils, Gilbert Creuset, maire de Nibas (2 janvier 1992).
  • Certificat de naissance, portant mention du mariage et du décès.
  • Témoignages de René Maquenhen (1945), de Mme Leroy, soeur de Lucien Desenclos.
  • M. Sommillon, maire de Bethencourt.
  • Mairie de Friville-Escarbotin. M. Grandsire, ancien secrétaire de Mairie de Friville (1991). C'est grâce à leurs lettres que la présence d'Albert Creuset dans le convoi nous a été révélée.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz.
  • 2 cartes postales commémoratives éditées par la section du PCF du Vimeu, qui m'ont été envoyées par M. Gilbert Creuset (16 juillet 2011).
Biographie rédigée en juillet 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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