L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHARLOT Fernand.



Matricule "45356" à Auschwitz

Fernand Charlot est né le 22 octobre 1896 à Cramant (Marne). Il habite au 30 rue Sire Bernard à Amiens (Somme) au moment de son arrestation, à quelques numéros de son camarade cheminot Georges Poiret (la rue est située près de la gare).
Fernand Charlot est le fils de Rosalie, Lucie, Courty, 24 ans, vigneronne. Il est légitimé par le mariage de sa mère avec Alfred, Augustin Charlot le 20 août 1898.
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé au début 1915 par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est  incorporé au 44è Régiment d'Infanterie.
Libéré du service armé, Fernand Charlot épouse Lucienne, Isabelle Domard le 16 décembre 1919 (ou 1929 date peu lisible), à Amiens.
Emploi réservé comme employé de bureau
Le 11 février 1923, il bénéficie d'un emploi Réservé en tant qu'ex soldat et il est nommé employé de bureau ordinaire de 3è classe auxiliaire au service géographique de l'Armée.
Puis embauché comme cheminot, il est mécanicien de route au dépôt SNCF d'Amiens (n° d'agent SNCF : 40198).
Fernand Charlot est membre du Parti communiste.
Pendant l’Occupation, dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, une grue de relevage de 32 tonnes est sabotée au dépôt d’Amiens. La plaque tournante du dépôt d'Amiens saute le 11 mai 1942 (ce qui paralyse pour longtemps le trafic). 
A titre de représailles, les Allemands arrêteront au total 37 cheminots du dépôt d’Amiens pour ces deux sabotages.
Des policiers allemands (Gestapo) arrêtent Fernand Charlot le 8 mai 1942. Le motif qui figure sur sa fiche établie au BAVCC à partir des archives De Brinon est "Participation présumée aux actes de sabotage d'Amiens du 30 avril".
Témoignage de Raymonde Fallet-Petit de Saint Gratien (1)
« Dans la nuit du 8 mai 1942, une voiture s'arrête au 30 de la rue Sire Bernard à Amiens. Des coups sont frappés à la porte de Madame Lucienne Charlot qui était seule. Son mari, un cheminot, était au travail, elle ne répondit pas. Lorsqu'il revint, il fut prévenu par ses camarades du dépôt d'Amiens que la Gestapo voulait l'arrêter. Après avoir mangé un morceau à son domicile, il prit de nouveau le chemin du dépôt pour « voir ce qu'on lui voulait » Ceci malgré des recommandations lui proposant d'aller se cacher dans un chalet du chemin du halage à Rivery.

Parti avec son épouse, Madame Charlot revint seule... Son mari fut emmené à la prison d'Amiens. On apprit par la suite qu'il avait été dénoncé avec d'autres cheminots, par un ingénieur... Fernand Charlot passa un mois en prison ; sa femme, chaque jour, insérait dans un petit tube en verre, un message qui lui était retourné dans un morceau de pain rendu avec la gamelle de chaque jour ». 
Huit autres cheminots du dépôt d’Amiens-Longueau sont arrêtés entre le 3 et le 20 mai et seront également déportés à Auschwitz avec lui : Roger Allou, Clovis Dehorter, Paul Baheu, Fernand Boulanger, Albert Morin, Emile Poyen, Francois Viaud.
Fernand Charlot est transféré sans jugement fin mai 1942 de la maison d'arrêt d'Amiens au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Fernand Charlot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45 356 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 


Fernand Charlot meurt à l'infirmerie d'Auschwitz Auschwitz le 12 août 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 162). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.
Le nom de Fernand Charlot est inscrit sur la stèle commémorative située dans l'enceinte de l'Etablissement de Maintenance et Traction Haute Picardie au 39 rue Riolan à Amiens et sur le monument aux Morts de la Gare du Nordet sur le Monument aux Morts de la Gare du Nord. Tombe "in memoriam" au cimetière St Acheul d'Amiens.
Sur une stèle du cimetière Saint-Acheul, on peut lire : « Ici devrait reposer Fernand Charlot âgé de 46 ans, déporté à Auschwitz, exterminé le 31 décembre 1942 par les Allemands. ».
  • Note 1l’ABCdaire des victimes du nazisme dans la Métropole d’Amiens (ADIRP de la Somme, 2008), page 18, texte tiré des « Martyrs de la Résistance dans l'Amiénois » de Jacques Lejosne (2001)
Sources
  • Lettres de la fille de Claudius Dehorter (2/12 octobre 1990) et de celle de Georges Poiret (10 octobre 1990).
  • Courriers d’André Lalou, grand résistant amiénois, compagnon d’Emile Baheu, ADIRP d'Amiens, déporté à Dachau. Décédé en décembre 2006.
  • Mme Jacqueline Jovelin, la fille de Clovis Dehorter m’a envoyé en octobre 1990 la photocopie d’une carte postale (manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyen, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»).
  • Liste des décédés à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942, du 18 juillet 1942 au 19 août 1942. Ref ACVG 1/19, dite «liste N°3».
  • Liste des détenus (noms et matricules) ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz du 23 juin au 5 décembre 1942. ACVG, Ref. 3/5 et 3/T3.
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © The Central Database of Shoah Victims' Names
  • Archives en ligne de la Marne, Etat civil.
Biographie rédigée en juillet 2011, complétée en 2015 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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