L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOULANGER René, Georges, Edouard




René, Georges, Fernand Boulanger est né le 25 février 1897 au domicile de son grand père à Saint-Sauveur  les Amiens (Somme). Il est le fils d’Isabelle, Noémie, Marie Clémence Carpentier, 37 ans, couturière et d’Edouard, Auguste Boulanger, 30 ans, chauffeur aux chemins de fer du Nord, son époux. Il habite au 2 Grande rue de Thuison, à Abbeville (Somme) au moment de son arrestation. Au moment du conseil de révision, René Boulanger habite Abbeville (Somme), où il travaille comme mécanicien. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 62, a les cheveux blonds foncé, les yeux bleu foncé, le front petit vertical et le nez rectiligne, le visage long.  

Conscrit de la classe 1917, René Boulanger est mobilisé par anticipation (le 8 janvier 1916) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le lendemain au 120ème régiment d’infanterie.
Il est classé « service auxiliaire » par la commission de réforme d’Ancenis le 13 mai 1916 pour des problèmes de vue (myopie, astigmatisme). Le 30 mai, il est détaché « jusqu’à nouvel ordre » comme tourneur à la Manufacture d’armes de Châtellerault. Ce détachement est confirmé en septembre. Mais le 6 novembre 1916 il est affecté au service auto du 13ème régiment d’artillerie. Le 30 décembre 1916, il passe au 20ème escadron du Train. Le 5 septembre 1918, il passe au 16ème escadron du Train, puis au 4ème escadron du Train le 2 septembre 1918. Il passe dans la réserve de l’armée active le 7 janvier 1919, mais est maintenu au corps en raison du décret de mobilisation générale. Il est démobilisé le 8 septembre 1919 (certificat de bonne conduite accordé) et se retire à Abbeville.
René Boulanger se marie le 23 juillet 1921 à Abbeville avec Victorine, Clémentine, Joséphine Deloubrière.
Il a été embauché comme employé permanent à la compagnie des chemins de fer du Nord, équipe d’Abbeville, 36 chaussé d’Hocquet. Il sera ensuite facteur aux écritures aux chemins de fer du Nord à Abbeville (il fait le relevé de la taille et du poids des wagons).
Cheminot, il est classé dans l’« affectation spéciale » en janvier 1923 pour la réserve de l’armée active comme « employé permanent aux chemins de fer du Nord (…) »

Comme la majorité des « affectés spéciaux » (en particulier les cheminots) connus comme communistes ou syndicalistes, il est rayé de l’affectation spéciale (décision du général commandant la région militaire de Paris le 22 février 1940) et affecté le 19 mars 1940 au dépôt du 19ème régiment du Train.
René Boulanger est membre du Parti communiste.
On ignore sa date d’arrestation. On peut simplement souligner que les arrestations des 8 cheminots d’Amiens déportés à Auschwitz ont lieu en mai 1942, après le sabotage d’une grue de relevage, et que tous les autres Picards de la vallée du Vimeu sont arrêtés en octobre 1941, dont René Maquenhen, cheminot au dépôt du Tréport. Il est vraisemblable que René Boulanger est arrêté à l’une de ces deux dates.
René Boulanger est conduit à la prison d’Abbeville, puis à celle de la citadelle d’Amiens. De là, il est interné sans jugement, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Appel à témoignage
René Boulanger est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 très vraisemblablement sous le matricule "45284". 
Ce numéro figurait comme incertain(1) dans les deux premières éditions de mon livre sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000). 
La publication récente sur le site Internet «Genweb» (A.D. Amiens 22.J.90, fonds Vasselle) d’une photo de René Boulanger soldat, me permet d'avancer le visage d'un déporté dont l'âge et les traits correspondent à ce numéro, sans pouvoir toutefois trancher.
René Boulanger meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 123).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 20 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 21 novembre 2009). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Le nom de René Boulanger est inscrit sur le monument commémoratif de l'école des Poulies et du Pilori d'Abbeville (aux "Déportés - Fusillés" 1939/1945 place du Pilori "A nos patriotes, Martyrs, Déportés, Fusillés Victimes de la barbarie Nazie", ainsi que sur les plaques commémoratives de la Gare d'Abbeville. Site «Les plaques commémoratives, sources de mémoire» © Photo Jacques Fouré.
Note (1) Ces numéros matricules avec un point d’interrogation correspondaient à ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il y a eu 3 déportés du convoi nommés Boulanger, dont 2 sont cheminots !

Sources
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Photo de René Boulanger militaire X DR.
  • © Site Internet « Rail et mémoire ».
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © The Central Database of Shoah Victims' Names
  • Archives en ligne de la Somme, état civil et registre matricule militaire
Biographie rédigée en juillet 2011, complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. .

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