L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Liste des déportés juifs du convoi (draft)


Ce convoi est composé d’une cinquantaine «d’otages juifs», d’un millier «d’otages communistes» et d’une quinzaine «otages asociaux» (auteurs de délits de droit commun) dont la déportation faisait partie, au nom de la lutte contre le «judéo-bolchevisme», des représailles décidées par Hitler pour porter la terreur parmi les communistes dont des groupes armés s’attaquaient à des officiers et des soldats allemands. Lire dans le blog les biographies des déportés juifs du convoi dont la biographie a été installé dans le blog : Liste des déportés juifs du convoi.

Ces Juifs n’étaient pas les premiers à être déportés. Les cinq premiers convois de Juifs, partis de France en mars, mai et juin 1942 avaient été présentés comme convois de représailles au Commandant militaire en France et au gouvernement de Pétain par les services d’Eichmann, chargés de la déportation et de l’extermination des Juifs.

La liste définitive de convoi du 6 juillet 1942 n’ayant pas été retrouvée, elle a put être reconstituée grâce aux noms et aux matricules trouvés dans les archives ou dans les témoignages des rescapés. Elle avait été établie par les Allemands par l’adjonction de 4 listes alphabétiques successives d’inégale importance. Malgré la poursuite des recherches en archives, il manque encore une dizaine de noms et plusieurs centaines de numéros matricules. Car l’existence des quatre listes alphabétiques ne permet pas de retrouver par simple déduction les matricules manquants.  
Dans une lettre d'Israël Neiman à sa famille, écrite depuis le wagon qui l'emporte vers Auschwitz, il écrit qu’il y avait 54 Juifs dans le convoi.
1 cas : Les 50 Juifs inscrits dans la troisième liste. Cette liste est homogène. Elle rassemble les hommes retirés le 5 juillet 1942 du camp des otages juifs (secteur C) du camp de Compiègne qui ont rejoint dans les blocks de transit leurs compagnons de déportation (les otages du camp des politiques, communistes pour la plupart). Ces hommes ont été déportés en tant qu’otages juifs. Ils ont été arrêtés comme tels sur ordre des autorités allemandes et placés au camp des Juifs ou transférés du camp A des politiques vers le camp C après leur arrestation pour des raisons politiques. Le nom de ces derniers portent une *. 
Les matricules certains se situent entre les numéros 46267 et 46316. Les Juifs dont on ignore le matricule exact ont été indiqués dans cette liste à la place qui semble la plus logique.
Les dates de décès indiquées entre guillemets (par exemple «15/10/1942 ») sont celles de l’état civil français et non celles relevées par les historiens du Musée d’Auschwitz dans les registres du camp. Voir l’article à propos des dates de décès….
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46267 BADASSAS DAVID 28/04/1913 Rescapé
46268 BERNHEIM ARMAND 07/06/1896 mort le 15/08/1942
46269 BLUMENFELD CHAIM SZIGA 08/01/1903 mort le 11/08/1942
46270 B ou C ou D ?
46271 B ou C ou D ?
46272 DRIMER ISRAEL 12/09/1899 mort le 28/07/1942
46273 FEITLOWICZ ISAAC 15/04/1893 mort le 17/08/1942
46274 FERSTLA MAURICE 27/01/1893 mort le 28/07/1942
46275 FRUCHT SAUL 04/05/1901 mort le 10/08/1942
            GAWRON JOSEPH 03/03/1924 date de décès inconnue
46277 GOLDSCHMIDT HARTWIG 27/11/1892 mort le 12/08/1942
GOLDSTEIN ARON 15/10/1892 mort le 20/08/1942
            GOLDSTEIN SAMUEL 18/10/1901 mort le " 15 /10/1942 "
46280 GRUNBERG MARC 21/09/1906 mort le12/08/1942
46281 GRYNBERG JACQUES 22/10/1897 mort le 31/07/1942
46282 HADJADJE CHARLES 10/08/1913 mort le 27/07/1942
46283 HASMANN HENRI 19/06/1890 mort le 27/07/1942
46284 INDICTOR ABRAHAM 17/02/1893 mort le 10/08/1942
46285 JANOS ALBERT 08/01/1894 mort le 10/08/1942
46286 KATZ ARON 14/07/1910 mort le 31/07/1942
46287 KINSBOURG ROGER 22/08/1890 mort le 27/07/1942
            KIRZNER JACOB 22/05/1897 mort le 20/08/1942
46289 KRAMER JULIUS 18/02/1897 07/08/1942
46290 KRONENFELD MENDEL 21/03/1911 14/08/1942
46291 KUPFERMAN ISRAEL MEYER 25/05/1904 04/08/1942
46292 LATMAN SAMUEL 15/11/1902 mort le 10/08/1942
46293 LEHMAN LUCIEN LEOPOLD 16/07/1895 mort le 10/08/1942
46294 LEVILION ROBERT 10/05/1906 mort le 18/07/1942
46295 LEVY JACQUES SALOMON 19/02/1905 22/08/1942
46296 LEVINSKY CHAIM 18/08/1888 mort le 07/08/1942
 LEVINSKY RENE 02/04/1922 mort le 18/10/1942
46298 LUBELSKI ABRAM 20/12/1893 mort le 02/08/1942
46299 MARMELSZTEJN JOSEF 18/06/1899 mort le 27/07/1942
46301 MIASKOVSKY MICHEL 20/03/1896 mort le 19/07/1942
46302 NEIMAN ISRAEL 31/08/1901 mort le " 11 juillet 1942 "
            NOVAK MOISE 23/08/1887 mort le " 24 juillet 1942 "
46304 PECKER RAPHAEL 22/11/1891 mort le 01/08/1942
46305 POLOSECKI JULES 15/06/1909  Rescapé mort en 2001
46306 ROSENBLATT EMMANUEL 18/03/1913. mort le 16/08/1942
46307 ROTSZTAJN JANKIEL (Jacques) 30/07/1894 mort le " 30 octobre 1942 "
46308 SCHARF MAURICE 13/08/1909 mort le 31/07/1942
  SOMMER ROGER 10/05/1922 mort le 31/10/1942 (*)
46310 STURM MOSES 21/10/1899 mort le 01/08/1942
46311 VAJDA ERNEST 13/05/1909 mort le 15/08/1942
46312 WAJSBROT ABRAHAM 18/11/1887 mort le 02/08/1942
46313 WOLF DAWID
46314 WOLFF MARCEL RAPHAEL 09/10/1897 10/08/1942
 WYSZYNSKI MAJER 01/03/1910  mort le "11 juillet1942 "
46316 DOKTOR JEAN 12/06/1910 mort le 28/07/1942

2ème cas : Un déporté Juif figurant sur la quatrième liste (très courte) dont il est difficile de percevoir la logique et qui rassemble probablement les otages inscrits en dernier lieu.

46320 CHOURAQUI WILLIAM 11/04/1909 mort le 31/07/1942

3ème cas : Déportés Juifs communistes dont on ignore le numéro matricule mais qui trouvent une place logique dans la première liste des otages communistes et asociaux..

Matricule inconnu HOFFMANN ISIDORE né le 17/10/1918 mort à une date inconnue
Matricule inconnu MIGDAL HENRI 26/11/1920  mort en " janvier 1943 "
Matricule inconnu MIKLICHANSKY ABRAM (dit Albert) 05/05/1910 mort le 23/08/1942

Ces trois déportés se trouvaient vraisemblablement dans le camp des politiques. D’après plusieurs témoignages, Albert Miklichansky se serait vu enlever à Auschwitz, peu de temps après son arrivée, le triangle rouge des politiques et attribuer une étoile.

Extraits de "Triangles rouges à Auschwitz".
 
La solidarité à Compiègne envers les Juifs du camp C p. 94-95

[La] solidarité ne s'applique pas uniquement aux internés du "camp des politiques". Elle s'exerce aussi en direction des mille Juifs arrivés dans la nuit du 12 au 13 décembre 1941, comme le raconte Jean-Jacques Bernard qui se trouve parmi eux : Les communistes et les Russes (...) furent, les premiers jours, chargés de notre subsistance et marquèrent à notre égard, les uns comme les autres, des sentiments inoubliables. S'il y eut, les premiers temps du moins, des adoucissements à notre sort, c'est à eux que nous les dûmes. Notre ordinaire se composait d'une soupe à midi et nous touchions le soir un quart de boule de pain avec un petit morceau de margarine.(...) Nous eûmes le premier jour cette surprise agréable qui se prolongea une partie de la première semaine. Bien mieux, les communistes, ayant touché suffisamment de légumes, proposèrent de nous envoyer une seconde soupe le soir, comme pour eux-mêmes. Je dois dire que le commandant du camp ne se montra pas inhumain et donna son consentement. Trois jours de suite, nous bénéficiâmes de cette soupe supplémentaire. Puis nous apprîmes qu'elle est supprimée. La Kommandantur de Compiègne, mise au courant, avait interdit cet adoucissement. On entoura notre camp de barbelés. Interdiction de pénétrer chez les politiques et aux politiques de pénétrer chez nous, sauf nécessités de service indispensables. Ces nécessités se firent de plus en plus rares. Notre camp fut transformé peu à peu en camp autonome pour les corvées, pour la cuisine, pour l'infirmerie. (...). Nous perdîmes beaucoup au change ».  

La situation déplorable du camp juif inquiète Georges Cogniot : L'état d'esprit n'y est pas bon ; un climat de peur et de désespoir tendait à y prévaloir (...). Nous fîmes passer quelques vivres, des encouragements, des informations, des témoignages de solidarité. (...) Quand vint le jour de Carnaval, nous organisâmes une grande mascarade, mais, comme par hasard, nous nous arrangeâmes pour qu'elle se déroule au fond de la cour, sous les fenêtres du camp juif. Les détenus de ce camp, d'abord surpris, goûtèrent fort le divertissement ; ils se pressaient aux fenêtres et applaudissaient. Quant aux Allemands, ils mirent une heure avant de s'apercevoir que nous nous jouions d'eux et que nous tournions en dérision l'interdiction d'avoir des rapports avec les Juifs ; quand ils intervinrent pour nous disperser, la fête est finie. Ce défilé est décrit par Maurice Foubert à la date du dimanche 15 mars 1942. Douze jours plus tard, la quasi-totalité des internés juifs est déportée à Auschwitz.

Les Juifs rapidement décimés après leur arrivée à Auschwitz p. 145-146

Les victimes les plus menacées par [les] actions criminelles [des SS et des Kapos] sont en premier lieu les Juifs. Sur les 51 "45 000" morts au cours du premier mois (entre le 8 juillet et le 8 août), 21 étaient des Juifs. Le 18 août au matin, 40 jours après l'arrivée, 34 d'entre eux avaient perdu la vie (soit 68 % de leur nombre total) ; dans le même temps, 142 "45 000", appartenant aux autres catégories d'otages, avaient disparu, soit 13 % d'entre eux. 
La froide éloquence de ces statistiques est confirmée par les récits des « 45000 » rescapés : (Un) malheureux Juif qui, complètement dérouté, ne retrouvait plus sa colonne est jeté à terre par un brusque croche-pied d'un chef de block ; il se relève, tente de fuir et se trouve entravé dans sa course par une pierre lancée à toute volée qui l'atteint en pleine tête. (...) Il s'affaisse, mais (...) sachant qu'il serait achevé s'il tombait, il tente de poursuivre sa route. Son bourreau vivement le rattrape et tout chancelant, il est jeté dans un fossé qui longe le block. Presque mourant, les mains jointes et à genoux, il implore une ultime pitié. Un nouveau coup de pierre, en plein visage, est la réponse à sa lamentable prière. Il s'écroule alors tout sanglant dans le fossé. Nous fûmes alors tous témoins de cette chose inouïe : un de ces sadiques du meurtre prit une énorme pierre et acheva d'écraser la pauvre tête sanglante (Raymond Montégut).
Un soir, (…), le Blockführer du 22 A (au camp principal), d'accord avec le nôtre et (...) avec les deux (détenus) chefs de block, décidèrent de passer tous les Juifs des deux blocks à la bastonnade. Dès l'appel du soir terminé, les malheureux durent se mettre en colonne par un et monter dans une des grandes chambres du grenier. Tous les lits avaient été poussés pour laisser au milieu de la chambre un espace libre de la superficie d'un ring (...). Les portes étaient largement ouvertes et, de chaque côté, les chefs de chambre qui s'emparaient d'un Juif poussaient aussitôt celui-ci vers le ring sur lequel se trouvaient le SS du block et les deux chefs, tous les manches retroussées et le bâton en main. La danse infernale commença : les coups pleuvaient et le malheureux devait sauter ; s'il s'écroulait, il était relevé à coups de pied (...) Nous dûmes quitter la chambre sous l'empire d'un indicible écœurement et d'une colère d'autant plus violente qu'elle était impuissante (Raymond Montégut). 
Au block 8-A, Franck, détenu politique polonais, avait pour distraction favorite de faire revivre les antiques combats de gladiateurs : Les Juifs étaient les éternelles victimes désignées : deux malheureux devaient se battre jusqu'à ce que mort s'en suive. C'étaient de farouches corps-à-corps, poings et dents constituaient les armes. Le sang giclait de tout côté, les cris de souffrance remplissaient la chambre et, chose horrible entre toutes, autour, (...) des hommes riaient et applaudissaient.(..) Le vainqueur recevait en récompense un miski de soupe ou une portion de pain volée à la collectivité. Un pauvre Juif polonais qu'on nommait le "Feldwebel" était un de ces pitoyables héros. Malheur à celui qui aurait refusé le combat, il aurait été battu jusqu'à la mort, séance tenante (Raymond Montégut). 
Des scènes analogues se déroulaient à Birkenau : Le chef du block 5, un bandit allemand interné pour avoir commis plusieurs crimes, était dans les camps depuis 13 ans. Ce n'était plus un homme, mais une véritable bête enragée ne pensant qu'à tuer. Sa voix était déformée et, de sa gorge, ne sortaient que des sons bestiaux. Le matin, il ne voulait pas absorber son petit déjeuner avant d'avoir tué 11 juifs. Oui 11, c'était son chiffre et le soir, il ne se couchait pas avant que 40 hommes ne soient allongés devant son block (Georges Dudal).

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