L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BAHEU Paul, Gustave, Georges




Matricule "45191" à Auschwitz

Paul Baheu est né le 12 septembre 1899 à Beaurainville (Pas-de-Calais). 
Il est le fils de Célinie Magnez et de Gustave Baheu son époux, ébéniste. 
Paul Baheu habite au 47 rue Vion, à Amiens (Somme) au moment de son arrestation. 
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 58, a les cheveux châtain foncé et les yeux gris-bleu, le nez cave. Il est ouvrier agricole au moment de son appel sous les drapeaux.
Conscrit de la classe 1919, il est mobilisé par anticipation (en 1918), comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 23 avril 1918 et incorporé au 1ème Régiment d’Infanterie.
Paul Baheu passe au 68ème RI le 28 août 1918, puis au 171ème le 24 avril 1919. Avec ce régiment il est en occupation de la rive gauche du Rhin depuis le 24 octobre 1919 jusqu’au 20 mars 1921.
Il est démobilisé le 21 mars 1921 avec un « certificat de bonne conduite » (et passe dans la Réserve en avril 1921). Il habite alors Beaurainville. 
Il se marie avec Maria Coquet le 5 novembre 1921 à Boubers-lès-Hesmond (Pas-de-Calais). Il est le père de cinq enfants (dont Noël, et Emile (1) seront du même combat pendant l’Occupation).
Le 20 février 1922, il est cantonnier aux Chemins de fer du Nord à Longueau et à ce titre classé « Affecté spécial » dans la Réserve des Chemins de fer militaires.
En août 1922, le couple habite au 122 rue du Maréchal Foch à Longueau.
Il entre aux chemins de fer du Nord à Longueau en 1922, comme ouvrier menuisier. « Il adhéra au syndicat CGTU et au PCF. Militant actif, il fut délégué du personnel, conseiller municipal à Longueau (…) En septembre 1939, alors que le PCF était interdit, il participa à la distribution de tracts et de journaux clandestins. Résistant de la première heure, à la fin de l’été 1940, il faisait partie de l’OS, qui deviendra plus tard les FTP » (Maîtron).
Paul Baheu est réformé définitivement pour l’Armée en 1933 pour décollement de la rétine.
Le 18 août 1935 il est en poste administratif, rue Nouvelle à Longueau.
Il est secrétaire du syndicat des cheminots d’Amiens. Son ami Jean Catelas, le cheminot d’Amiens devenu en 1936 député communiste, dans une de ses dernières lettres écrite le 22 septembre 1941 à la prison de la Santé, le fait «gardien de sa mémoire et de son passé».
Paul Baheu appartient à la 1ère compagnie des FTPF (corps francs) du 1er mai au 7 mai 1942, date de son arrestation à Amiens (Certificat d’appartenance aux FFI n° 2170 Général Malaguti, 20 janvier 1954).
Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1942, une grue de relevage de 32 tonnes est sabotée au dépôt d’Amiens. La plaque tournante du dépôt d'Amiens saute le 11 mai 1942 (ce qui paralyse pour longtemps le trafic). A titre de représailles, les Allemands arrêteront au total 37 cheminots du dépôt d’Amiens pour ces deux sabotages.

Des policiers allemands (Gestapo) arrêtent Paul Baheu le 7 mai 1942 (8 autres cheminots du dépôt d’Amiens-Longueau sont arrêtés entre le 3 et le 20 mai et seront également déportés à Auschwitz avec lui : Roger Allou, Fernand Charlot, Clovis Dehorter, Fernand Boulanger, Albert Morin, Emile Poyen, Francois Viaud. Lire l’article du blog : Des cheminots d'Amiens-Longueau dans la Résistance. »
Paul Baheu est transféré sans jugement fin mai 1942 de la maison d'arrêt d'Amiens au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Baheu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Il jette un petit mot depuis le convoi (voir la lettre de Noël Baheu ci-dessous). Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45191. 
C’est son fils Jean Baheu (né en octobre 1940), qui informé par André Montagne avant un pèlerinage à Auschwitz, reconnaît en 1992 la photographie d’immatriculation de son père à Auschwitz.
Paul Baheu meurt à Auschwitz d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 40). De nombreux déportés d’Auschwitz (dont 148 «45000») sont déclarés morts à ces mêmes dates à l’état civil d’Auschwitz : il est vraisemblable qu’il sont morts dans les chambres à gaz de Birkenau, gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
La mention « Mort en déportation » a été apposée sur son acte de décès (JO 27 juin 1987).

  • Note 1 : Emile Baheu, né en 1923, est arrêté en janvier 1943 pour l’attentat du restaurant «Le royal » à Amiens ou est installé le Soldatenheim, le foyer de l'armée allemande (au moins 25 allemands sont tués). Déporté à Buchenwald puis à Weimar et Billroda, il est libéré à Buchenwald le 11 avril 1945. Il rentre le 1er mai 1945. Il sera maire communiste de Camon de 1971 à 1982 (il est décédé le 2 décembre 1982, des suites des maladies contractées dans les camps de concentration). (Maîtron).
  • Note 2 : Noël Baheu est au début de l'année 1944 responsable des F.U.J.P. (Forces Unies de la Jeunesse Patriotique) pour la région de la Somme. En avril, à la suite de l'arrestation de plusieurs de ses camarades, il quitte le département de la Somme pour l'Eure et Loir.« Nous n'avons jamais su, nous ne saurons jamais qui a trouvé et transmis la dernière lettre de mon père : quelques phrases écrites sur un morceau de papier d'emballage, jeté du train qui l'emmenait en déportation. Secrétaire du syndicat des cheminots d'Amiens, communiste depuis sa jeunesse, il n'avait cessé de diffuser L'Humanité clandestine, de la Drôle de Guerre à l'occupation. Avec mon frère aîné et lui, nous avons fait partie des premiers groupes armés que l'on appelait l'Organisation spéciale, à l'automne 1940. Lorsque la plaque tournante du dépôt d'Amiens a sauté, le 11 mai 1942 (ce qui paralysait pour longtemps le trafic), mon père a été arrêté, avec une vingtaine de camarades. C'est au départ de Compiègne, sans doute, qu'il a jeté la lettre. Il disait qu'il avait retrouvé là beaucoup de camarades cheminots, et que nous devions avoir courage et confiance. Peu de choses... Mon frère déporté à son tour, j'ai dû plonger dans la clandestinité, et ma mère est restée seule avec les trois plus jeunes, le dernier né en 1940. Déporté en juillet, mon père est mort en septembre. Il nous restait ses derniers mots. Sur ce bout de papier sauvé par des mains amies.» Noël Baheu, (coll. Musée de la Résistance nationale, fonds Les Inconnus de la Résistance).
Sources
  • Lettre de Jean Baheu (5 juillet 1999).
  • Marcelle Viard, fille de Paul Baheu.
  • Lettres de la fille de Claudius Dehorter (2/12 octobre 1990) et de celle de Georges Poiret (10 octobre 1990) .
  • Courriers d’André Lalou, grand résistant amiénois, compagnon d’Emile Baheu, ADIRP d'Amiens, déporté à Dachau. Décédé en décembre 2006.
  • Mme Jacqueline Jovelin, la fille de Clovis Dehorter m’a envoyé en octobre 1990 la photocopie d’une carte postale (manifestation du souvenir, après la guerre : sur la pancarte «Camarades livrés par les traîtres, 1er mai 1942, disparus au camp d’Auschwitz, Poyens, Poiret, Baheu, Dehorter, Charlot, Boulanger, Morin, Allou»).
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir). Item Cheminots. Version « bêta » Internet 2011. Notice Julien Cahon.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste V (N°31632) / Liste S (N°12).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • www.lesmortspourlafrance80.fr/amiens/.../citadelle.htm
  • © CRDP de Créteil et Humanité. Lettre de Noël Baheu.
  • Registre matricule militaire, Etat civil © Archives en ligne du Pas-de-Calais.
Biographie rédigée en juillet 2011, complétée en 2015, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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