L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FLETCHER John Gordon, dit Jean


Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45544" Auschwitz

Jean Fletcher est né le 12 décembre 1992 à Dundee, Angus (Ecosse), fils de Margaret Robertson et de John Gordon Fletcher.
Il habite au 12 avenue Georges Clémenceau à Albert (Somme) au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Jean Fletcher mesure 1 m 64, a les cheveux châtain et les yeux gris-marron, le front large et le nez assez fort. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision de 1922 (voir plus loin), il travaille comme hôtelier à Albert (Somme) où ses parents habitent. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire).
Né en Ecosse, Jean Fletcher n’a pas été recensé en France avec sa classe d’âge (la 1912). Mais à la déclaration de guerre, il s’engage volontairement le 1er septembre 1914 « pour la durée de la guerre » au deuxième Régiment étranger et il est dirigé sur Bordeaux où il arrive le 6 septembre. Le 16 septembre 1914, il embarque à destination de Fez. Il est engagé dans la campagne du Maroc jusqu’au 10 juin 1915. 
Thirs Intelligence Corps
A cette date son engagement est annulé (10 juin  D.12240 2/1) et il est dirigé sur la base anglaise du Havre. Il sert alors dans l’armée anglaise « jusqu’à la fin des hostilités » au «Third Intelligence Corps» (services de renseignements). Il est démobilisé avec le grade de sergent.

Jean Fletcher est décoré de la médaille militaire (décret octobre 1918), de la médaille coloniale, de la médaille du Maroc et de la Croix de Combattant volontaire de la guerre 14/18 (en 1937). Selon une mention de son registre matricule « l’intéressé semble avoir droit à la carte du combattant, pendant son séjour au 2ème étranger, la 24ème compagnie à laquelle appartenait Fletcher ayant été en zone d’opérations du 6-9-14 au 10-6-1915 ».
Le 24 février 1919 Jean Fletcher épouse Lucia, Aline, Zélie Fontaine, restauratrice, alors domiciliée à Pont-Noyelles (Somme). 
Jean Fletcher est naturalisé par décret du 20 octobre 1921. Il devient donc redevable du service militaire français. Mais « Par décision ministérielle du 24 avril 1922, le ministre de la guerre a décidé que l’intéressé, naturalisé français et régulièrement recensé avec la classe 1922, bénéficiera de l’équivalence de ses services et sera dispensé de la présence sous les drapeaux et porté sur les contrôles de la disponibilité en attendant son passage dans la réserve avec la classe 1922 ».
Pour la réserve de l’armée, il est affecté au 72ème RI, puis réaffecté au 2ème régiment de défense contre avions, puis au 3ème (1923), puis au 1er régiment de DCA, puis au 101ème RA dans le cadre du plan A de mobilisation.
En novembre 1933 et jusqu’en octobre 1936, le couple habite au 30 rue des Bonnes gens à Berck-sur-mer (Pas-de-Calais). Puis au 10 rue Aristide Danvin à Berk-plage.

En novembre 1939, ils habitent au 29 rue Albert Pifre à Albert (Somme), puis déménagent au 19 rue de Beaumont à Albert. 
Le 12 septembre 1939, il est employé (comme gardien) à la société nationale de constructions aéronautiques du Nord (usines «aéroplanes Henri Potez» à Meaulte (près d'Albert) et classé de ce fait pour l’armée comme « Affecté spécial » tableau 3, 2ème région « jusqu’à nouvel ordre ». Il ne sera donc pas de ce fait mobilisé. Henri Potez a créé en 1924 la plus grande usine aéronautique du monde, sur 2,5 hectares (3200 employés en 1930). C'est de là que sortira le Potez 25, avion mythique qui fera les beaux jours de l'Aéropostale. L’usine est nationalisée en 1937 et devient la SNCAN (Société Nationale de Construction Aéronautique du Nord), elle fabriquera le bimoteur Potez 63-11 le plus utilisé par l’armée de l’air en 1939/1940.
Le couple habite au 12 avenue Georges Clémenceau à Albert (Somme) au moment de son arrestation.
Jean Fletcher est arrêté par les autorités allemandes sur son lieu de travail (sans doute à la même date qu'Ernest et René Pignet d'Albert). Les Allemands l’internent le 23 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) sous le matricule n° 5821.
Son épouse a cherché à avoir de ses nouvelles (elle a fait une demande de renseignements à Brinon. L’enquête de police effectuée à la demande de celui-ci le 24 septembre 1943, qui figure dans son dossier au BAVCC mentionne qu'il n'est "ni condamné, ni Juif, ni Franc-maçon, ni politique", sans donner un autre motif d’arrestation). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Fletcher est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
John Fletcher le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45544". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Jean Fletcher aurait été affecté au Block 12 à Birkenau (information portée sur son dossier au BAVCC).
Il meurt à Auschwitz le 29 juillet 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 296). Son épouse a demandé une modification de son état civil et obenu satisfaction le 26 novembre 1946 : il est déclaré « Mort à Auschwitz le 30 juillet 1942».
La mention Mort pour la France lui est attribuée 30 mars 1948. Un arrêté paru au JO du 2 avril 2009 inscrit «mort en déportation» sur son état civil.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Mairie d'Albert (14 mai 1991).
  • M. Lalou, ADIRP Amiens (26 mars 1991).
  • «Death Books from Auschwitz», Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Paris 1995 (basés essentiellement sur les certificats de décès, datés du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, relatifs aux détenus immatriculés au camp d'Auschwitz. Ces registres sont malheureusement fragmentaires.
  • Bureau de la division des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel N° 10182 consulté en 1991).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943. (DAVCC - Caen)
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en juin 2011, complétée en octobre 2016,  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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