L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESENCLOS Lucien, Zéphir





45463

Lucien Desenclos est né le 8 janvier 1920 à Béthencourt-sur-Mer (Somme).
Célibataire, il habite à Friville-Escarbotin au moment de son arrestation. Il secondait son père dans une petite entreprise de robinetterie dans cette commune.
Il est membre du Parti communiste. Sa sœur, Jacqueline Leroy, pense qu'il était aussi membre des "Amis de l'URSS". On sait également par le Maîtron, qu'Olive Desenclos (il peut s'agir de son grand-père), "militant du Parti SFIO, puis du Parti communiste, était, en 1934, secrétaire du comité des Vieux Travailleurs de Friville-Escarbotin (Somme), organisation dirigée par des militants du PC".
Après l'évacuation de la famille dans le Tarn (le 20 mai 1940), Lucien Desenclos est appelé à Castres en «chantier de jeunesse» à Castres (1). Il regagne Friville-Escarbotin fin 1940. "J'ai su - écrit sa soeur - qu'avec quelques jeunes de son âge, il faisait de la Résistance, mais j'ignore les détails".

Lucien Desenclos est arrêté le 23 octobre 1941, à son domicile de Friville-Escarbotin, par des policiers français et allemands, en même temps que son père. Le même jour que lui sont arrêtés d'autres militants connus : CREUSET ALBERT , LEDUCQ LUCIEN, BRIET MARIUS et JOURNEL ORPHEE, tous de la même partie du département (la vallée du Vimeu (2) et (3). René Maquenhen est arrêté le lendemain.
Il est conduit rapidement, sans jugement, au camp allemand de Royallieu au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 25 octobre, comme Marius Briet, dont nous connaissons également la date d'arrivée à Compiègne. Ils sont tous dans le même bâtiment (le 8). Il reçoit le matricule n°1939.
La mère et la soeur de Lucien furent autorisées à les voir, et revinrent chargées de lettres pour les familles de ses compagnons. Le nom de Lucien Desenclos figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne pouvant être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). A Compiègne, son père se lie d'amitié avec Marius Friveaux, Maire de Rosny par Buxy (Saône et Loire) qui n'a pas été déporté et libéré a participé à de nombreuses opérations de résistance avec son fils dans le maquis de Buxy. "nos familles sont restées étroitement unies depuis 1945 et nous nous voyons beaucoup".
"j'aimerais vous conter ce que le maire d'Escarbotin, mis en place par Vichy, a fait subir à ma mère un jour de 1942. Après l'avoir convoquée à la Mairie, il lui a dit brutalement qu'il avait conscience de ce qu'avait de douloureux son cas : 2 hommes arrêtés et internés. Il pouvait bien essayer de faire quelque chose mais pour un, pas pour deux. Et enfin "lequel choisissez-vous ?" Ma mère s'est levée sans répondre et elle est sortie"."Peut-être a-t-il fait "quelque chose" pour mon père, puisqu'il est rentré, ou alors est-ce le hasard ?".
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Desenclos est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45463.
Entré à l'infirmerie d'Auschwitz le 3 août 1942, Lucien Desenclos y meurt le 10 août 1942 selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942, indiquant généralement la date de décès au camp, établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Selon René Maquenhen, rescapé, "son état de santé était déplorable : entérite contractée pendant le trajet" .

Lucien Desenclos est homologué "Déporté politique", reconnu "Mort pour la France".
Son nom est inscrit sur le monument aux Morts et sur la stèle commémorative de la commune de Friville-Escarbotin : «Don des habitants de la commune aux Martyrs de la liberté assassinés dans les bagnes nazis - Peuple, souviens-toi, ils sont morts pour que vive la France».
Une rue de Friville-Escarbotin porte son nom. La FNDIRP a envoyé à sa famille un diplôme du Souvenir (1965)
A la Libération, la municipalité unanime a engagé des poursuites "contre les dénonciateurs" (demande d'enquête adressée au Préfet fin 1945).
  • Note 1 : L’armistice du 22 juin 1940 supprime le service militaire obligatoire : les «chantiers de jeunesse» créés le 30 juillet 1940 font obligation au jeunes hommes de la zone libre en âge (20 ans) d'accomplir leurs obligations militaires d’y effectuer un stage de six mois. Ils sont encadrés par des officiers d'active et de réserve démobilisés.
  • Note 2 : Le Vimeu industriel regroupe encore aujourd’hui les 2/3 des entreprises industrielles de la Picardie Maritime dont les activités sont principalement axées autour de la métallurgie légère.
  • Note 3 : Achille Pruvost qui figure au centre de la carte est arrêté le 21 septembre 1941 à Tuilly, interné à Compiègne, est déporté le 24/01/1943 à Sachsenhausen et meurt le 23/07/1943 à Oranienburg.
Sources
  • M. Lalou (ADIRP d'Amiens, (septembre 91) se met en rapport avec la soeur de Lucien Desenclos, Mme Jacqueline Leroy, à qui j'ai envoyé un questionnaire le 29 octobre 1991. Sa correspondance m'a permis d'identifier deux "45000" jusque là inconnus: Marius Briet et Albert Creuset, arrêtés le même jour que son frère.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des décédés à Auschwitz, convoi du 6 juillet 1942, du 18 juillet 1942 au 19 août 1942. Ref ACVG 1/19, liste N°3
  • Liste des détenus (noms et matricules) ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz ACVG, Ref. 3/5 et 3/T3
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé François Bronnec.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Portrait tiré d’une carte postale commémorative éditée par la section du PCF du Vimeu, qui m'a été envoyée par M. Gilbert Creuset, ancien maire de Nibas (16 juillet 2011).
Biographie rédigée en juin 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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