L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CERCEAU Louis, Edmond, Célestin



Matricule "45347" à Auschwitz

Rescapé

Louis Cerceau est né à Parthenay (Deux-Sèvres) le 29 août 1908, fils de Louis Achille Cerceau, serrurier. Il habite au 12 rue de Châtellerault à Domine, commune de Naintré (Vienne) au moment de son arrestation.
l'usine Duteil (Domine)
Il s'est marié à Parthenay le 21 septembre 1931 avec Eugénie Sicot. Sabotier de profession, il travaille ensuite à l'usine Duteil de Domine (initialement coutellerie Pagé, qui en 1930 dévient les Etablissements «Duteil réunis» avec plus de 400 salariés). 
Il est le responsable du Parti communiste pour Domine, dont la cellule est rattachée à Châtellerault. Il milite également à la CGT dans son entreprise.
Lors de l'Occupation, "il fait partie de la Résistance" (témoignage d'Eugénie Cerceau). Louis Cerceau est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par un gendarme français, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne. Il est d'abord interné au camp allemand de la caserne de la Chauvinerie-Poitiers, puis transféré au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 11 juillet 1941. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Cerceau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Louis Cerceau est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45347".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il est dans le même kommando (serrurerie) que Maurice Rideau, mais pas dans le même Block : "nous nous voyions presque journellement". Louis Cerceau est atteint de tuberculose. On le met à l'isolement, et il aurait servi de cobaye «Versuchspersonen» («sujet d'essai»), évidemment non consentant, selon le témoignage de son ami Maurice Rideau. « Il suffisait que quelqu'un voie la possibilité d'utiliser des détenus comme cobayes pour tester un sérum, vérifier une hypothèse ou résoudre quelque autre problème pour que soit lancée une série d'expériences. Raul Hilberg(1)
Comme on ne connaît pas la durée et les dates de cet isolement, on ignore donc s’il fut en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants (entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943). Son épouse n’a pas pu répondre à cette question en 1989. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944, Louis Cerceau est transféré avec 29 autres «45000» au camp de Gross-Rosen. Il y reçoit le matricule 40982. Après leur quarantaine, ils sont répartis dans divers kommandos (une dizaine d’entre eux sont affectés aux usines Siemens).
Le 8 février 1945 le camp de Gross-Rosen est évacué devant l’avancée des armées soviétiques (les déportés entendent les canonnades. L’évacuation des 30064 survivants durera jusqu’au 26 mars en convois échelonnés). Ces évacuations durent de 4 à 5 jours et provoquent une hécatombe : les déportés affaiblis par les coups et les privations, sans nourriture, dans des wagons sans toit, sous des températures atteignant 25 o à 30o sous zéro.
Louis Cerceau est transféré avec 14 autres «45000» à Dora-Mittelbau : il y reçoit le matricule 116860.
Le 11 avril 1945, le camp de Dora est évacué à son tour devant l’avancée des troupes anglaises : le 14 avril, Himmler donne l'ordre de faire disparaître les déportés avant l'arrivée des Alliés. Louis Cerceau, Marcel Cimier et Georges Gaudray sont transféré en train à Neuengamme, puis évacués à pied vers Lübeck.
Le Cap Arcona en flammes
Au port de Lübek, Louis Cerceau et Georges Gaudray sont embarqués avec 6500 déportés de Neuengamme et 600 gardes sur le navire allemand «Cap Arcona», où ils survivent dans des conditions atroces. Le «Cap Arcona» est bombardé et coulé par la RAF(2). Louis Cerceau et Georges Gaudray échappent à la mort et sont recueillis par une vedette anglaise ce 3 mai 1945. Louis Cerceau est hospitalisé en Suède jusqu'au 22 mai 1945, date de son rapatriement.
Après 29 mois d'hospitalisation, il continue de souffrir de son poumon. "Il doit rester constamment en pneumologie sous oxygène, plus de côtes, ni de plèvre", témoigne Maurice Rideau. Sa femme a décrit sa plaie "jamais refermée par laquelle on voyait son poumon".
Il est homologué «Déporté politique».
Louis Cerceau meurt le 6 avril 1979 à Poitiers.
  • Note 1 : Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, édité chez Fayard.
  • Note 2 : En application des ordres de Himmler, l'officier SS Gehrig donne l’ordre à des sous-marins allemands de couler le "Cap Arcona" au large, ainsi que le Thielbek, l'Athen, et le Deutschland, afin de ne laisser aucun déporté vivant. Le 3 mai 1945, des chars anglais pénètrent dans le port et un avion de reconnaissance repère les navires. Deux officiers britanniques sont informés par la Croix-Rouge de la présence des déportés à bord et promettent d'agir, mais il est trop tard pour détourner l'attaque lancée par la RAF. Trois des bateaux-prison sont bombardés et coulés par l'aviation britannique. Environ 7 000 à 8 000 déportés périssent noyés et les survivants qui nagent dans la Baltique glaciale sont mitraillés par les avions anglais, puis par les SS à leur arrivée sur la plage. Il n’y aura que 316 survivants.
Sources
  • Le questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches en 1987, a été rempli par madame Ferger, au Foyer Elsa Triolet de Naintré, sous la dictée d’Eugénie Cerceau, le 27 juin 1989.
  • Recherches de Paul-Raymond Jamain, de l’ADIR de la Vienne, arrêté le 23 juin 1941 à Nantes, déporté à Sachsenhausen (1973).
  • Souvenirs de Maurice Rideau, 46.056.
  • Etat civil de Parthenay, 24 mai 1994.
  • © Site "VRID" Vienne Résistance, Internement, Déportation.
  • © Photo coutellerie Pagé, inventaire général/ M. Deneyer
  • © André Laroze, les « Oubliés du "Cap Arcona". Saint-Sever, 2005.
  • Franck Mazoyer, Alain Vancauwenberghe, et André Migdal, la Tragédie du Cap Arcona, in Le Monde diplomatique, août 2005
  • © photo du bombardement du «Cap Arcona» in Wikipedia.
Biographie rédigée à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, et complétée en 2011 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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