L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VORILLON Gilbert



Matricule "46203" à Auschwitz

Gilbert Vorillon est né le 9 juillet 1900 à Vesoul (Haute-Saône). Il est le fils d’Adèle, Pierrette Rousselet, sans profession, et d’Alfred, Joseph Vorillion, chauffeur d’usine son époux, domiciliés au 12, impasse Flavigny.
Gilbert Vorillon habite à Echenoz-la-Méline, près de Vesoul, au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Gilbert Vorillon mesure 1m 71, a les cheveux noirs et les yeux marrons, le front large et le nez droit. Il a le visage « frais ». Au moment du conseil de révision, il travaille comme typographe à Paris 11ème au 3 rue de Crussol (aujourd’hui imprimerie Amelot). Il habite en face au 4 rue de Crussol. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1920, Gilbert Vorillon est « appelé à l’activité » en mars 1920. Il est incorporé au 10ème bataillon de Chasseurs à pieds à Remiremont (Vosges) le 18 mars. Après un mois d’instruction militaire il est envoyé avec son régiment comme « corps d’occupation » à Dantzig du 19 avril 1920 au 30 novembre 1920. La ville est déclarée libre en octobre 1920 et placée sous le contrôle de la SDN. Le 10ème Chasseurs est alors transféré en Haute-Silésie (1). Gilbert Vorillon y participe aux opérations du maintien de l’ordre du 1er décembre 1920 au 4 février 1922.  Au cours de cette campagne, Gilbert Vorillon contracte une tuberculose pulmonaire, qui sera par la suite imputée au service et conduira à sa réforme définitive n° 2 puis n° 1 (commissions de réforme en 1933, 1936, 1938 et janvier 1940) lui accordant une pension à 100 %.
« Passé dans la disponibilité » le 17 mars 1922, « certificat de bonne conduite accordé », il « se retire » au 16 rue de l’Asile Popincourt à Paris 11ème.
En juin 1922, il revient habiter en Haute-Saône, au 36 boulevard de Besançon à Vesoul. En avril 1929 il a déménagé rue des Danvions. En octobre 1930 il habite au 38 rue Saint-Georges.
Il épouse Marie Desingue, le 26 novembre 1932, à Echenoz-la-Méline. Le couple n’a pas d’enfant.
A partir de mars 1934, le couple habite une maison située impasse des Cottets, dans un joli vallon, à Echenoz-la-Méline, aux portes de Vesoul.
Composition typographique © Eric Garault
Typographe, Gilbert Vorillon est employé à l'imprimerie Bon, 27 rue d'Alsace-Lorraine, à Vesoul (elle a été détruite en 2014). Il est membre du Parti communiste (témoignage de Jules Didier).
Pendant l’occupation, il est arrêté le 22 juin 1941 par la police allemande assistée par la police française, dans le cadre de la grande rafle commencée le jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Des militants syndicalistes ou communistes Haut-Saônois, de Vesoul et des environs, sont arrêtés les 22 ou 23 juin 1941. Parmi eux, sont arrêtés en moins de trois heures par la police municipale : Georges Cogniot (universitaire, dirigeant national communiste), Jules Didier (évadé de Compiègne en 1943), Koulikowski et Mlle Weil (institutrice). Cinq autres seront déportés comme lui à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gustave Baveux, Pierre Cordier, Henri Corne, Jean Favret, Zéphyrin Toillon, Gilbert Vorillon. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent ainsi plus de mille communistes ou présumés tels dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Selon sa veuve, il est interné à Compiègne le 22 juin 1941.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gilbert Vorillon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro" 46203". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1280). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération portait la mention «décédé le 30 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 8 mars 1997), ceci étant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Vesoul, place des Allées, et sur le monument commémoratif départemental «La Résistance à ses 687 martyrs 1940-1945», place du 11e Chasseurs à Vesoul.
Son épouse a mentionné Albert Morel (rescapé n° 45896 de Lure) et Eugène Garnier rescapé n°45571, comme camarades de détention l’ayant connu en camp d’internement ou en déportation.
Gilbert Vorillon est cité par le général Bertin dans son ouvrage « Résistance en Haute-Saône ».

Sources
  • Correspondance avec Mme Elizabeth Pastwa, conservateur au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon (septrembre 1991).
  • Correspondances avec Jean Louis Chognard (octobre 1991), professeur à Rioz, auteur d’un travail sur Résistance et Déportation à Rioz.
  • Correspondance de Jean Louis Chognard et Pierre Grosdemange, responsable des FFI de Rioz après septembre 1943 qui a recueilli les souvenirs de Jules Didier (militant communiste arrêté le 22 juin 1941, évadé de Compiègne en février 1943 et qui rejoignit les maquis du Jura).
  • Correspondance avec Maurice Decousse, Fédération des Résistants et Déportés de la Haute-Saône (28 ocobre 1991).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen et Val de Fontenay. Fiche individuelle consultée en juin 1991.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en mai 2011 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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