L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOREL Albert, Eugène

Carnet de Roger Abada à Dora.
Avec Eugène Garnier Albert Morel
est chargé de l’aide aux déportées françaises


Matricule "45895" à Auschwitz

Rescapé

Albert Morel est né le 12 avril 1897 à Fougerolles (Haute-Saône).
Il est le fils de Marie Duchène, boulangère et de Jules Morel, boulanger, son époux. Albert Morel habite au 70 rue des Ecoles à Lure (Haute-Saône) au moment de son arrestation.
Lors du conseil de révision, Albert Morel habite à Fougerolles. 
Il y travaille comme livreur, puis vannier. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 64, a les cheveux châtain, les yeux bleus, le front rond, le nez rectiligne et le visage long. Il a le menton saillant. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il a le permis de conduire les « véhicules automobiles » (tourisme en 1931).
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation en janvier 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est incorporé le 8 janvier 1916 au 107ème régiment d’artillerie lourde, où il arrive le même jour. Il monte au front le 5 novembre de la même année.
Il passe au 115ème régiment d’artillerie lourde le 11 mai 1919. Puis le 1er août 1919 au 278ème régiment d’artillerie de campagne.
Il est mis en congé illimité de démobilisation le 25 septembre 1919 et se retire 8 rue Charton à Fougerolles.
Démobilisé, il est embauché aux chemins de fer de l’Est.
Le 5 août 1920 il est classé comme « Affecté spécial » au titre de la réserve militaire comme employé permanent aux chemins de fer de l’Est.
Albert Morel épouse Lydie Tisserand le 14 juin 1921. 
Le vendeur de Caïffa
Il est « rayé de l’affectation spéciale » le 1er janvier 1923. Ce qui signifie qu’il n’est plus cheminot à cette date. Selon André Montagne qui l'a côtoyé à Auschwitz, il était devenu "vendeur de Caïffa" (colporteur ambulant vendant café, épices, levures, farines et autres spécialités vendues directement sous la marque » Caïffa »).
En 1931 il habite rue Pasteur à Lure, puis rue des Ecoles en 1935 et 1937.
Le 26 août 1939 Albert Morel est mobilisé au 403ème DCA (175ème batterie). Il est « renvoyé dans ses foyers » le 18 novembre 1939, placé dans la position « affectation réservée » au dépôt d’artillerie 420.
Le 27 mai 1940, démobilisé, il est domicilié à l’hôtel du Nivernais situé à Varennes-Vauzelles (banlieue de Nevers).
C’est un militant actif du Parti communiste. Sous l’Occupation allemande, des Feldgendarmen l'arrêtent à son domicile le 22 juin 1941, à 21 h 30. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Des militants syndicalistes ou communistes Haut-Saônois, de Vesoul et des environs, sont arrêtés les 22 ou 23 juin 1941.
A Vesoul, en moins de trois heures, la police municipale arrête Georges Cogniot (universitaire, dirigeant national communiste), Jules Didier (évadé de Compiègne en 1943), le libraire Koulikowski et Mademoiselle Weil (institutrice).
Six autres Haut-Saônois seront déportés comme Albert Morel à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gustave Baveux, Pierre Cordier, Henri Corne, Jean Favret, Zéphyrin Toillon, Gilbert Vorillon. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent ainsi plus de mille communistes ou présumés tels dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord emprisonné à Lure, puis à Vesoul (et peut-être Chaumont) le lendemain, Albert Morel est interné le 27 juin 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Morel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942, dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45895". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes comme lui dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Albert Morel est affecté à Auschwitz I au Block 16. En janvier 1943, il est affecté à Birkenau avec René Demerseman et Henri Marti. Affecté au kommando Jardin, il est l'un de ceux qui secondent Eugène Garnier (1) que le Comité de Résistance du camp charge d'aider les déportées françaises de Raisko, avec lesquelles sa tâche le met en contact (C.f. document en haut de cette biographie : la page du carnet de Roger Abada, où il a noté, dès la libération du camp de Dora, les noms et responsabilités des membres français de la Résistance. Lire dans le blog, l’article : La Résistance dans les camps nazis. Albert Morel est ramené à Auschwitz I en mars 1943 avec 17 autres « 45.000 ».
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Il fait "popote" commune avec Antoine Vanin , avec lequel il partage ses colis.
Le 3 août 1944, Albert Morel est à nouveau placé en quarantaine, au Block 10, quarantaine préalable à un transfert. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Albert Morel est transféré avec trente autres « 45.000 » le 28 août 1944 à Flossenburg, où il est immatriculé le 31 août (n° 19 885). Le 14 septembre 1944, il est transféré avec Mario Ripa au Kommando de Dresde (aux ateliers des voies ferrées, un des kommandos de Flossenbürg). Ils y sont libérés le 7 mai 1945.

Albert Morel est rapatrié le 28 mai 1945, via Nancy
Comme la plupart des rescapés, Albert Morel a témoigné auprès des veuves ou parents de déportés. C’est ainsi qu’il a raconté la mort d’Antoine Laurent (jardinier à l'Ecole normale de Commercy) mort à l’infirmerie « il ne pesait plus que 38 kg alors qu'il en pesait 80 avant son arrestation ». 
Comme Eugène Garnier et Marcel Cimier, il a donné le chiffre de 1175 déportés pour leur convoi du 6 juillet 1942.
 Conseiller général de Lure en 1945 (BNF Gallica)
A la libération, Albert Morel est élu Conseiller général de Lure sous l’appellation «Union républicaine et résistante» (liste soutenue par le PCF) de 1945 à 1949. 
Il est employé à l’hôpital de Lure (in Wikipédia et témoignages de mesdames Germaine Corne, veuve d’Henri Corne, déporté de Vesoul, et la mère de Jean Favret, déporté de Passavant. En effet elles le mentionnent toutes deux - avec ce statut d’élu haut-saônais -, parmi les camarades de détention de leur époux et fils qui peuvent affirmer leur qualité de déportés politiques (démarches pour l’obtention de la carte officielle de Déporté politique faite par l’intermédiaire de la FNDIRP). 
Sa lettre à propos d'Albert Stoltz
Albert Morel, dès son retour des camps, a répondu aux sollicitations des familles de ses camarades déportés décédés à Auschwitz. Dans la lettre ci-contre, il répond à Mme Mathiez, belle-sœur d'Albert Stoltz que celui-ci est resté à Birkenau le 13 juillet 1942, alors que lui était ramené à Auschwitz 1. 
Albert Morel est mort à Lure le 16 août 1955.
Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.
Sources
  • Témoignages : André Montagne "c'était un homme merveilleux".
  • ACVG, janvier 1992 - novembre 1993.
  • Mairie de Fougerolles, Etat-civil, 8 mars 1994.
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de Haute-Saône.
Biographie rédigée en mai 2011 et complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .  

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