L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MENIENS Alfred


Matricule "45869" à Auschwitz

Alfred Meniens est né le 10 octobre 1899 à Aslonnes (Vienne). Il habite au 35 rue de Rochereuil à Poitiers (Vienne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Métayer, 24 ans, couturière, domiciliée chez son père (Jean Métayer, 59 ans, scieur de long) au village de Laverré. Alfred Métayer est légitimé par le mariage de Marie Métayer et de François Méniens le 2 octobre 1905 à Iteuil (Vienne).
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Iteuil, où il travaille d’abord comme cultivateur, puis chauffeur de chaudière. Il sera par la suite électricien. Il mesure 1m 67, a les cheveux châtains, les yeux marrons, le front fuyant, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Le cuirassé Paris © Wikipédia
Conscrit de la classe 1919, Alfred Meniens est mobilisé par anticipation au début de 1918, comme tous les jeunes gens de sa classe, depuis la déclaration de guerre. Le 17 avril 1918, il est incorporé au 3ème dépôt des équipages de la Flotte à Lorient. Du 12 juillet 1918 au 23 octobre 1919, il est affecté sur le cuirassé "Paris", alors en couverture au barrage d’Otrante (blocus visant à interdire à un accès à la marine austro-hongroise en Méditerranée et à la cantonner en Adriatique, d’après Wikipédia). 
Après l’Armistice, il est toujours sur le "Paris" du 24 octobre 1919 au 21 mars 1921.
Alfred Meniens est nommé matelot de 2ème classe-chauffeur le 1er septembre 1920.
le 21 mars 1921 il est renvoyé dans ses foyers, certificat de bonne conduite accordé, démobilisé le 11 avril 1921 par le 4ème dépôt des équipages de la Flotte à Rochefort.
Célibataire, il vit avec sa mère, Marie Métayer, veuve sans ressources et âgée (elle est née en 1875).
En 1923, embauché aux chemins de fer du Nord comme chauffeur de chaudière, il habite Cambrai au dépôt de la gare. En 1924, il est revenu à Poitiers au 62 côte de Montbernage.
Du 6 juin 1928 au 1er juillet 1929, il est embauché comme agent de secteur stagiaire de la Régie Intercommunale d’Electricité du département de la Vienne, 11 rue des Grandes écoles à Poitiers. Le 1er mars 1930, il devient titulaire puis chef de secteur.
En 1934, la Commission de réforme de Poitiers le classe dans le service auxiliaire de l’armée de réserve pour séquelles de fracture ouverte des deux os de la jambe gauche et raideur tibio-tarsienne et l’affecte comme réserviste en service auxiliaire à la poudrerie nationale d’Angoulème.
En décembre 1934, il habite au 37, rue de la Tranchée à Poitiers. En mars 1936, il habite chemin de la Cueille-Aigüe (quartier Montbernage).
En 1939, il est nommé surveillant d’atelier, puis chef d’équipe. A ce titre il est classé « affecté spécial » pour 3 mois au titre du tableau III, pour la réserve de l’armée en cas de mobilisation (mai 1939).  Il habite alors au 13 rue des Carmélites à Poitiers.
Membre du Parti communiste et connu comme tel, il distribue les tracts et vends l’Humanité. En septembre 1939, à l’interdiction du Parti communiste, Alfred Méniens et Alphonse Rousseau distribuent des tracts pour dénoncer la «drôle de guerre» et la «cinquième colonne»(1).
Le 27 janvier 1940, il est « rayé » de l’Affectation Spéciale par décision du général commandant de la 9ème région militaire (Indre, Indre et Loire, Maine et Loire, Deux-sèvres et Vienne), comme la quasi-totalité des « affectés spéciaux » connus comme syndicalistes ou communistes ou soupçonnés d’appartenance au Parti communiste. Le lendemain, il est affecté au dépôt d’infanterie n° 95. Mais, le 15 mars suivant, la commission de réforme de Brive le déclare « réformé définitif n° 2 pour fracture ancienne des deux os de la jambe gauche à la partie moyenne, péroné consolidé en baguette, pas ostéite, pas séquestre, pas coquille. Raccourcissement : 2 cm ».

Alfred Meniens est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile par des policiers français et des soldats allemands, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich ». Lire dans le blog l’article « L'Aktion Theoderich dans la Vienne », sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne. Liste et récits des internements à Poitiers et à Compiègne.
Il est d’abord interné au camp allemand de la Chauvinerie-Poitiers (Denise Amand écrit - 25 janvier 1973 - l'y avoir vu en même temps que Sallier, Couradeau et Boisson, lorsqu'elle eut l'autorisation de rendre visite à son mari René Amand), puis au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), administré par la Wehrmacht, à partir du 11 juillet. Raymond Montégut, dans sa description du départ du convoi de Compiègne vers Auschwitz des futurs « 45000 », écrit qu'Alfred Méniens avait réussi à cacher "en dépit de la fouille du départ une petite égoïne, qui lui servit par la suite" dans l'intention de s'évader. Mais il constate que le plancher est trop épais. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alfred Meniens est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45869".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Alfred Méniens meurt à Auschwitz le 22 novembre 1942 (liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau). Raymond Montégut pensait l’avoir vu au Revier en 1943 (d’où la date fictive du 1er janvier 1943 retenue par l’état civil des ACVG). Sa mère est décédée peu après la Libération. Il n’y a pas eu de démarches pour l’obtention d’un titre de déporté.

Sources
  • 1. Selon le témoignage d'Aristide Pouilloux, instituteur à Châtellerault, arrêté le 23 juin 1941. Déporté à Sachsenhausen, rescapé.
  • Cf. toutes les notes de l’article sur l’arrestation des 33 militant-e-s communistes et syndicalistes de la Vienne.
  • Correspondance de Raymond Jamain et Roger Arnould (1972-1989).
  • Témoignages d’Emile Lecointre (23 février 1989), Maurice Rideau (2 octobre 1971). Raymond Montégut (novembre 1972), recueillis par Michel Bloch.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Allemands à Poitiers @ photo Gérard Simmat, bibliothèque François Mitterrand.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires de la Vienne en ligne.
Biographie rédigée en 2001 (complétée en 2016) à l’occasion de l’exposition organisée en octobre 2001 par l’AFMD de la Vienne à Châtellerault, et complétée en mai 2011, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942", Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »," éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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